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Yulka: «Les livres pour enfants sont la boussole qui te guide dans la bonne direction.»

Ricochet est allé à la rencontre de Julia Spiridonova dite Yulka, son nom d’artiste. Récompensée à plusieurs reprises pour son œuvre de qualité, cette autrice jeunesse bulgare est très engagée pour l’égalité des chances des enfants. À travers ses livres, elle souhaite leur transmettre «soutien, consolation, magie, amour et la foi que le bien triomphe toujours.»

Virginie Bays
17 août 2023
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Julia Spiridonova, alias Yulka: une des autrices pour la jeunesse les plus connues de Bulgarie (© Lynda Alexandriiska)

Virginie Bays: Bonjour Julia Spiridonova! Vous signez vos livres du pseudonyme «Yulka», un prénom bulgare. Pourquoi ce choix? Pourriez-vous vous présenter et nous dire qui est Yulka?
Yulka: Mon premier livre, Гугулетата [Les Gougoulets]*, était hors normes, drôle, déjanté et, de plus, illustré (une fois n’est pas coutume) par l’autrice elle-même. J’avais l‘impression que le nom de Julia Spiridonova se prenait trop au sérieux et seyait davantage à une professeure de maths. Influencée par Janosch – auteur que j’adore! –, j’ai décidé de prendre un pseudonyme artistique. Mes proches m’appellent Yulka – ce nom était donc tout désigné.

Yulka ressemble à ses livres – autant déjantée que profonde. Timide autant que rebelle. Un peu vintage et en même temps autrice qui comprend, aime et respecte les enfants d’aujourd’hui. Je suis si heureuse que cet amour soit réciproque!

Avez-vous toujours été attirée par la littérature jeunesse? Quand avez-vous décidé de vous lancer et d’écrire à votre tour vos propres livres jeunesse?
Les livres m’ont sauvé la vie. Mon enfance n’a pas été des plus paisibles. J’avais 6 ans quand le régime totalitaire communiste en place a décidé d’exclure du système mes parents, qui étaient artistes. Encore aujourd’hui, lorsque je traverse une passe difficile, j’ai besoin de m’immerger dans les livres pour enfants.

Petite, je rêvais en secret de devenir autrice jeunesse, sans m’imaginer que ce rêve puisse un jour devenir réalité. Nos invités (les amis de mes parents) étaient de véritables écrivains – et je trouvais que je ne leur ressemblais pas du tout! J’ai osé me lancer dans l’écriture à l’université. Mon premier récit a gagné un concours de l’Unesco (en 1996, Утешителят, [Le Consolant]), puis a paru dans des anthologies en anglais et en français. Je me suis dit: «Il y a de l’espoir, je serais peut-être bien autrice un jour, pour de vrai!» J’ai écrit beaucoup d’autres récits, j’ai commencé un roman, qui, soi-disant destiné à un public adulte, semblait davantage s’adresser aux enfants. J’ai relu mes récits et constaté que tous mes personnages étaient en réalité des enfants! J’ai passé en revue mes livres préférés – pour un livre «adulte» je pouvais citer trois livres pour enfants. Puis, Les Gougoulets sont  arrivés… et voilà où j’en suis à présent!

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Гугулетата, Les Gougoulets, de mignons petits personnages imaginés par l'autrice (© Yulka)

Désormais adulte et écrivaine, que souhaitez-vous transmettre aux jeunes générations à travers vos ouvrages?
Je voudrais leur transmettre ce que moi, enfant, j’en ai reçu: soutien, consolation, magie, amour et la foi que le bien triomphe toujours.

Vous écrivez à la fois des livres pour enfants sous la forme d’albums et pour des jeunes adolescents (et jeunes adultes) sous la forme de romans. Comment décririez-vous l’univers de vos albums et de vos romans? Faites-vous une différence dans les thèmes que vous abordez en fonction de l’âge de vos lecteur·ice·s?
Mes livres sont assez variés et abordent des thèmes différents: des livres de contes, une histoire de Noël, une trilogie fantasy, une trilogie policière, même un livre d’après un opéra de Mozart. Mes ouvrages destinés aux plus jeunes sont plus imaginatifs et plus allégoriques, tandis que ceux destinés aux adolescents campent le décor dans des univers plus réalistes. Je classe à part mes romans YA. Ma spécialité, ce sont les histoires amusantes et déjantées que les enfants prendraient plaisir à lire. Mes romans sont un peu tragi-comiques, tout en abordant des sujets difficiles et délicats, voire graves. Un de mes personnages, Kronos (du roman éponyme) est un drogué de 16 ans. Et dans mon dernier roman Сянката на щуреца [L’Ombre du grillon], il est question de la façon dont les terroristes enrôlent des enfants sur le net.

Certains de vos textes se présentent comme des contes (Бъди ми приятел [Sois mon ami]*, Приказка за вълшебната флейта [Le Conte de la flûte enchantée], Ножицата [Les Ciseaux]). Est-ce pour vous l’une des formes les plus adaptées pour introduire la lecture chez les enfants?
Le personnage principal est, pour moi, essentiel. Il donne le «la». De lui dépendent le commencement et le déroulement de l’histoire, c’est à lui que je confère le devoir de prendre le lecteur par la main et de l’accompagner à travers mon univers. Mes personnages principaux sont de toutes les sortes – un petit crapaud, un détective privé raté, l’héritier du trône du pays des rêves, une adolescente persuadée d’être la réincarnation d’une comtesse de Transylvanie. Et même une antique paire de ciseaux!

Voyage dans la Terre d’en bas et Sois mon ami sont vos deux premiers livres à être traduits en français et publiés en France aux éditions Élitchka. Est-ce important pour vous d’être traduite et de faire découvrir des histoires «bulgares» au reste du monde? Lequel de vos autres livres aimeriez-vous faire découvrir à votre public francophone?
C’est un honneur et une grande joie pour moi de voir les enfants francophones voyager avec Baptiste dans toute la Terre d’en bas ou chercher de nouveaux amis à Petit Crapaud. Les illustrations de SeL pour Sois mon ami me ravissent et j’espère qu’elle illustrera les deux autres livres de la trilogie.

Tout auteur rêve que ses histoires touchent le plus d’enfants possible, surtout si elles transmettent des messages importants.

Pour ce qui est de faire découvrir un de mes livres, je souhaiterais présenter aux adolescents francophones L’Ombre du grillon. Le livre est inspiré d’une histoire vraie: un ado est enrôlé dans une organisation terroriste à cause d’Internet. Le thème des dangers qui guettent les enfants sur le net m’obsède depuis longtemps, et j’entends par là non seulement les fraudes, le harcèlement, les défis dangereux, mais aussi l’influence que certaines personnes mal intentionnées pourraient exercer sur la pensée et l’âme des enfants, jusqu’à modifier leur perception même du monde.

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«Sois mon ami», le dernier livre de Yulka paru en français, et «L'Ombre du grillon», un roman que l'autrice aimerait faire découvrir à son public francophone (© Elitchka / © Кръгозор)

Dans Voyage dans la Terre d’en bas, le personnage principal se rend dans la Terre d’en bas afin de libérer les contes qui y sont emprisonnés, pour la fête de Noël. Là-bas, il fait la rencontre de nombreuses créatures effrayantes tout droit sorties de contes, de légendes, et de récits mythologiques provenant de différents pays (Hansel et Gretel, trolls, etc.), notamment de la Bulgarie («Khala», «Roussalka», «Zmey», «Samovili»). D’où vous est venue l’idée d’organiser la rencontre de tous ces personnages légendaires dans une seule et même histoire? Pourquoi n’avoir pas seulement évoqué des personnages issus de la culture bulgare?
Je me rappelle combien j’avais été enchantée de découvrir, enfant, les personnages du folklore suédois grâce à Ronya, fille de brigand, d’Astrid Lindgren. C’est sans doute l’une des raisons qui m’ont poussée à inviter dans mon tout premier roman jeunesse des personnages des contes et des légendes bulgares. L’autre raison est que les enfants bulgares connaissent mal le folklore de leur pays. Puis, j’ai écrit Sois mon ami où tous les personnages, sauf le principal, sont des créatures mythologiques. D’autres êtres de contrées lointaines sont arrivés – il semblerait que la globalisation se soit étendue sur toute la Terre d’en bas! Dans les premières aventures de Baptiste (Voyage dans la Terre d’en bas), le lecteur ne rencontre que la sorcière du conte Hansel et Gretel en plus de quelques trolls. Mais dans le deuxième volet des aventures, le détective privé sillonne toute la Terre d’Europe d’en bas. Dans le dernier volume, Baptiste se retrouve dans le Royaume-Uni de la Terre d’en bas et n’est plus détective privé mais «chevalier privé».

C’est étrange, des créatures du folklore se glissent même dans mes romans YA, comme dans Kronos où apparaît l’Archange Michel, issu des croyances populaires!

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«Voyage dans la Terre d'en bas»: un livre qui fait la part belle au folklore (© Elitchka)

Côté illustration, vous travaillez souvent avec des artistes bulgares. Est-ce important pour vous de montrer le talent et la diversité artistique de votre pays? Y a-t-il un style graphique qui vous plait particulièrement pour accompagner vos textes?
J’ai la chance de travailler avec les meilleurs artistes et j’en suis très heureuse. Mes livres sont très différents les uns des autres, tout comme les artistes qui les ont illustrés. J’avoue que je suis particulièrement fière de mon projet avec le grand peintre bulgare Damian Damianov – Ножицата [Les Ciseaux]. L’histoire de cette paire de ciseaux commence dans l’Égypte ancienne, traverse la Renaissance puis continue au sein de l’Empire ottoman; l’objet est transmis de génération en génération, tout comme les souvenirs des évènements historiques vécus par la famille. Toutes ces aventures sont racontées à la fois par le texte et par les 50 illustrations exceptionnelles. Et sans hésiter je dirais que Damian Damianov a créé un chef-d’œuvre.

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«Les Ciseaux»: un livre en collaboration avec l'artiste Damian Damianov (© Сиела)

Avez-vous de futurs projets d’écriture à nous livrer? Quel(s) genre(s) littéraire(s) et quel(s) thème(s) aimeriez-vous explorer dans un futur ouvrage?
Aussitôt rentrée de mes pérégrinations avec Les Ciseaux, je prépare mes malles pour un nouveau voyage dans le passé lointain de l’Orient, plein de mystères et d’aventures.

Pour finir sur une note encourageante, que voudriez-vous dire aux enfants pour qui la lecture est difficile?
Les livres pour enfants sont la boussole qui te guide dans la bonne direction. Ils sont la bouée de sauvetage qui t’empêchera de te noyer. Ils sont le cerf-volant qui t’élève vers haut, très haut, afin que tu puisses embrasser tout ce monde de merveilles!


Traductions du et en bulgare: Eli.
*Les titres des livres entre crochets ont été traduits par Virginie Bays dans les questions et Eli dans les réponses.

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