Entretien avec Alain Korkos


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Mis en ligne en septembre 2000
>- Ricochet : Pouvez-vous vous présenter ?

A. Korkos : Heu... 45 ans, père de famille (un fils), écrivain, illustrateur, autodidacte.


>- Ricochet : A quel âge avez-vous su que c'était le métier que vous vouliez faire ?

A. Korkos : Illustrateur : vers l'âge de 6 ou 7 ans, quand un gamin de la classe a peint, en cours de dessin, une bougie allumée bien plus jolie que la mienne. Dès cet instant je me suis dit qu'il fallait que j'arrive à faire mieux que lui, que je serais dessinateur professionnel.
Ecrivain : à 13 ans en 5ème, quand j'ai fait une rédaction qui n'était qu'un tissu de mensonges et qui fut très bien notée...


>- Ricochet : Combien d'années et quelles expériences séparent vos premières envies de dessiner de votre premier livre ?

A. Korkos : Mes toutes premières illustrations rétribuées sont parues dans la presse, dans un mensuel qui s'appelait "La Vie des Bêtes". J'avais alors 18 ou 19 ans. Mon premier livre illustré, à l'âge de 24 ans, je préfère l'oublier...
Mes premiers textes publiés furent des scénarios de BD dans la revue (A Suivre) des Ed. Casterman. J'avais 26 ans. J'en étais également l'illustrateur.


>- Ricochet : Quels sont les personnes ou les personnages qui vont ont donné envie de faire de l'illustration ?

A. Korkos : Des personnages m'ont fait rêver, m'ont conforté dans ce désir d'en créer moi-même : "Alice au Pays des Merveilles" de Lewis Carroll, illustré par Sir John Tenniel ;"Draoui le petit Marocain" de Jean des Vallières, illustré par le célèbre affichiste Hervé Morvan (1953) ; "Le Géant Egoïste" d'Oscar Wilde, illustré par Maraja (1959).
Plus tard, des illustrateurs m'ont souvent donné envie d'abandonner (!) : Arthur Rackham, Ralph Steadman, Roberto Innocenti, Etienne Delessert, Carl Larsson, Moebius et d'autres...
J'étais désespéré devant une telle somme d'intelligence et de talent.


>- Ricochet : Plus jeune, fréquentiez-vous plutôt des lieux comme les bibliothèques, les librairies, les jardins ou les piscines ?

A. Korkos : La bibliothèque publique du XVIIIème arrondissement de Paris, et certaines libraires du quartier. J'évitais les piscines, l'humidité c'est pas bon pour les livres !


>- Ricochet : Dans la vie, quels détails, petits ou anonymes, vous font le plus plaisir ?

A. Korkos : J'aime observer les gens dans le bus, le métro ou aux terrasses des cafés.
Leurs gestes sont plus parlants que leurs mots.


>- Ricochet : Avez-vous des admirations, cachées ou secrètes ?

A. Korkos : J'adore le travail d'Alexandre Trauner, superbe peintre et dessinateur, décorateur, entre autres, des films de Prévert et Carné. J'aurais aimé faire ce qu'il a fait.


>- Ricochet : Avez-vous besoin de renouveler votre regard en allant voir des expositions de peinture ou d'art contemporain, ou bien en allant au cinéma ou au théâtre ?

A. Korkos : Non. La contemplation de mes contemporains suffit à me plonger dans des abîmes de réflexion et me force à renouveler mon regard en permanence.
Cela dit, quand je vais voir un film, une pièce ou une expo, c'est uniquement par plaisir.


>- Ricochet : Qu'est-ce qui vous inspire le plus, ou en premier, pour réaliser un livre pour enfants ?

A. Korkos : En tant qu'illustrateur, ce sont les images suggérées par les mots de l'auteur que je dois servir (je n'illustre jamais mes propres histoires).
Surtout les descriptions de lieux. Mais parfois, j'aime aussi qu'il y en ait peu. Ainsi, j'ai le champ libre.
En tant qu'auteur (j'écris plutôt des livres pour adolescents), c'est le caractère des personnages. Comment vont-ils réagir face à une situation donnée ?


>- Ricochet : Au commencement d'un livre, est-ce l'histoire ou une série d'images, qui donne le ton général de l'ouvrage ?

A. Korkos : Le ton général d'un ouvrage est tout entier résumé dans le titre et l'illustration de couverture. D'où l'importance de l'illustrateur...


>- Ricochet : Vous sentez-vous encore enfant lorsque vous dessinez pour les enfants ?

A. Korkos : Non, parce qu'il y a trop de techniques à mettre en oeuvre. Dans ces conditions, on ne peut pas faire semblant d'avoir 8 ans. Mais je n'oublie jamais que je dessine ou écris pour des enfants ou des ados, que je m'empresse d'aller rencontrer dès qu'on me le demande.


>- Ricochet : Quelle est la question la plus dérangeante qu'un enfant vous ait posée sur votre travail ?

A. Korkos : En tant qu'illustrateur, aucune question ne m'a jamais dérangé ou surpris. En tant qu'auteur, j'ai été assez embarrassé la première fois qu'un ado m'a demandé si mon roman "la Maladie bleue" (NDLR : Roman traitant d'une enfance gâchée par un père psychopathe) était autobiographique.


>- Ricochet : Trouver un titre est-il un moteur important pour illustrer ?

A. Korkos : Bien sûr, mais il faut se méfier du titre et ne pas forcément baser son illustration de couverture sur celui-ci. Pour la simple raison qu'il peut changer, entre le moment où on réalise l'illustration et le moment de la parution ! Dans ce domaine, l'éditeur est roi.


>- Ricochet : Combien faites-vous de livres par an ?

A. Korkos : C'est très variable, que ce soit en tant qu'auteur ou illustrateur. Impossible de répondre à cette question !


>- Ricochet : Est-ce que vous travaillez un livre à la fois ou plusieurs en même temps ?

A. Korkos : Je réalise principalement des couvertures de romans, et il peut m'arriver d'en faire deux ou trois en même temps. Là-dessus viennent se greffer d'autres travaux pour la presse, la communication d'entreprise, etc. C'est parfois un peu la bousculade !
Et puis il y a les livres que j'écris. J'ai toujours trois ou quatre textes en cours mais il vient toujours un moment où l'un d'entre eux "m'appelle" un peu plus bruyamment que les autres.


>- Ricochet : Quels sont les livres dans votre production qui représentent des étapes importantes ou des paliers ?

A. Korkos : En illustration, J'aime toujours autant la couverture de :
- "Rendez-vous en enfer" de Hervé Frontanières (Rageot Ed., coll. Cascade Fantastique, 1997) ;
- celle de "Comme à la télé" de Betsy Byars (Ed. Flammarion, coll. Castor Poche, 1999) où j'ai pour la première fois dessiné mon fils ;
- "Introducing Camus (Icon Books, Grande-Bretagne, 1999). Ce livre, destiné aux étudiants, comporte pas moins de 175 pages d'illustrations. Un an de travail. Traduit dans plusieurs pays, il est toujours inédit en France.
En tant qu'auteur, mon premier roman, "En attendant Eliane", a été décisif.
Je peux dire sans exagérer que ma vie a changé à partir de ce moment.


>- Ricochet : Quel est le rôle de votre (vos) éditeur (s) dans l'aspect visuel de vos livres ?

A. Korkos : Les couvertures de livres ont une maquette pré-déterminée, dans laquelle il faut se glisser. Il faut s'adapter à un moule, et les contraintes sont toujours enrichissantes.


>- Ricochet : Quelles sont vos publications les plus récentes ?

A. Korkos : En illustration, des couvertures de poche adulte et la couverture de "Libre sur paroles" de Michel Le Bourhis (Rageot Ed., coll. Cascade Pluriel, 2000).
En écriture, "la Maladie bleue" (Ed. du Seuil, coll. Fiction, 2000)


>- Ricochet : Lorsque vous publiez un livre, comment réagit votre jeune public ? Avez-vous des lettres, des remarques, des confidences de la part de vos lecteurs ?

A. Korkos : Des lettres, rarement. Sauf une fois où j'en ai reçu une bonne centaine après la publication de mes illustrations pour "Les Yeux d'Antoine" de Jean Guilloré dans un "Je Bouquine". Sinon, je rencontre beaucoup d'enfants et d'ados dans les écoles et les salons et oui, on me pose beaucoup de questions, on me soumet parfois des textes, des dessins.


>- Ricochet : A quoi doit-on penser d'abord lorsqu'on fait un dessin à l'intention des enfants ?

A. Korkos : Au plaisir. Si le plaisir disparaît pour laisser place à la routine, il faut s'arrêter et réfléchir...


>- Ricochet : Vous réalisez plusieurs croquis avant le dessin final ?

A. Korkos : Des tas !


>- Ricochet : Quelles techniques utilisez-vous pour réaliser une illustration et quelle est celle qui a votre préférence ?

A. Korkos : Je dessine au crayon, puis j'encre au stylo tubulaire (Rotring), enfin je réalise les couleurs à l'aquarelle.


>- Ricochet : Est-ce qu'il y a des thèmes qui ont votre préférence ?

A. Korkos : J'ai une passion pour l'architecture et tout ce qui est urbain m'intéresse (je préfère dessiner une facade de boutique ou une locomotive qu'un champ de blé et des papillons..)


>- Ricochet : Chacun de vos dessins est une pièce unique, un dessin original, mais parmi tous les dessins que vous avez faits, lequel a votre préférence ?

A. Korkos : D'une manière générale, j'évite de regarder mes dessins et ne fais pas de classement par ordre de préférence parce qu'ils ont tous quelque chose qui cloche, qui mériterait d'être refait.


>- Ricochet : Et si vous pensez à des choses que vous ne pourriez absolument pas illustrer, ce serait quoi ?

A. Korkos : Comme je disais précédemment, la nature ne m'inspire guère. J'ai besoin de dessiner des gens dans la ville, quelle que soit le lieu ou l'époque.


>- Ricochet : Est-ce que le livre de jeunesse, et particulièrement l'album, est "encore" un média privilégié et pourquoi ?

A. Korkos : Les enfants ont à leur disposition toute une panoplie de jeux et de jouets électroniques. Pourtant, l'on vend toujours autant de livres pour la jeunesse et d'albums pour enfants. Parce qu'ils sont plus porteurs de rêves qu'une console et qu'un écran. Oui, le livre reste un média privilégié. Indispensable, indétrônable.


>- Ricochet : Si vous l'utilisez, que change pour vous le travail sur ordinateur ?
(l'illustration, l'aspect du livre, les thèmes ?) Quels sont les avantages et les inconvénients ?

A. Korkos : En tant qu'écrivain, l'ordinateur a des avantages indéniables : rapidité, propreté, capacités de stockage, etc.
En tant qu'illustrateur, je ne m'en sers que très rarement et dans un seul objectif : il m'arrive de scanner un dessin et de faire des essais de mise en couleurs à l'écran. C'est rapide et on ne se tache pas les doigts :-)


>- Ricochet : Avez-vous beaucoup d'échanges avec des auteurs ou des illustrateurs jeunesse ?

A. Korkos : Bien que ma "carrière" d'auteur soit plus récente que celle d'illustrateur, je connais bien plus d'auteurs. Je ne m'explique pas la raison de cet état de fait.


>- Ricochet : Qu'est ce qui fait pour vous le lien entre tous vos ouvrages ?

A. Korkos : En illustration, je ne sais pas trop.
En écriture, il y a, je crois, un univers cohérent. Avec des personnages et des lieux que l'on retrouve souvent d'un livre à l'autre.


>- Ricochet : Est-ce que vous rêvez à la publication de vos oeuvres complètes ?

A. Korkos : Surtout pas !


>- Ricochet : Voudriez-vous réaliser d'autres choses avec d'autres moyens de création ?

A. Korkos : Oui : des décors de cinéma et de théâtre.


>- Ricochet : Que faites-vous en ce moment ?

A. Korkos : Aujourd'hui 8 septembre 2000, j'écris un roman pour adolescents et je lis un roman policier adulte pour lequel je dois faire la couverture.
Voir aussi : La biographie de Alain Korkos sur Ricochet
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