Entretien avec Davide Cali


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Davide Cali est un jeune auteur italien né en 1972 en Suisse. La bande dessinée est à Davide Cali ce que la potion magique est à Obélix : il baigne dedans dès son plus jeune âge. Il est publié aux éditions Sarbacane en France depuis 2004. Aurélie Lacroix, étudiante en Licence professionnelle « métiers de l’édition » à IUT Paris Descartes l'a interrogé.
Mis en ligne en décembre 2007
J’aimerais savoir ce qui vous a amené à l’écriture de livres pour enfants ? Etait-ce justement un rêve d’enfant ?
Dans ma enfance, il n’y avait pas beaucoup de livres d’histoires. J’avais surtout des livres sur les animaux et des BD. Je passais tout le temps à dessiner et en fait mon rêve c’était de faire des BD ou des cartoons.
A 22 ans, j’ai commencé à travailler comme auteur/dessinateur BD pour la revue mensuelle italienne LINUS (c’est un peu comme Charlie en France, mais LINUS est née avant!).
Au début je ne voulais que faire des BD, mais après j’ai compris que il y avait dans ma tête des histoires qui n’étaient pas faites pour la BD. Je me suis dit : « Si ça n’est pas une BD c’est quoi alors ? Peut-être un album jeunesse? »
J’avais déjà croisé le monde de la littérature et des albums jeunesse plusieurs fois : j’ai fait mon service civil dans une bibliothèque spécialisée des livres pour enfants et j’ai travaillé quelque mois pour une revue mensuelle spécialisée en littérature jeunesse. A ce moment là, j’avais lu une dizaine d’albums et je connaissais les collections et les auteurs.
J’ai commencé alors à imaginer des albums proches de ceux que j’aimais, mais sans jamais oublier la BD. Dans tous mes livres, je pense, on peut voir que la BD est mon premier amour, mais il n’est pas resté le seul : je travaille encore pour LINUS depuis 14 ans (www.linus.net), mais entre temps j’ai fait plein d’autres choses.




Quel a été votre parcours et comment êtes vous arrivé aux Editions Sarbacane ?
J’ai découvert les éditions françaises illustrées pour les enfants grâce à une exposition dans ma ville, organisée par le centre de culture française. C’était en 1994 ou 1995. Cette année là, j’ai vu aussi beaucoup des cartoons français (j’avais pas encore trop boulot et je passais mes après-midi avec les copains… les beaux temps !)
Après les premiers albums publiés en Italie, je ne trouvais plus d’éditeurs en Italie pour mon boulot, mais je connaissais désormais très bien les catalogues des éditeurs français et j’ai commencé à leur montrer mes projets à la foire de Bologne. Pour le contact avec Sarbacane je dois remercier Anna Laura Cantone : je l’avais appelée pour lui proposer des textes et elle m’a proposé que l’on montre quelque chose ensemble à ce nouvel éditeur français avec lequel elle avait un contact. J’ai envoyé à Emmanuelle Beulque une dizaine d’histoires, traduites dans mon français imparfait… Avec beaucoup de patience elle a tout lu et choisi les premières à publier.


Comment se passe votre collaboration avec les illustrateurs? Qui est à l’initiative du projet et comment cela s’organise-t-il ?
Ça dépend. Quelque fois (comme avec Anna Laura) je propose le projet à l’illustrateur et après on montre le projet à l’éditeur. Mais le plus souvent c’est l’éditeur qui me propose un illustrateur après avoir lu l’histoire. Souvent j’ai proposé des illustrateurs mais ce n’est pas toujours possible de travailler avec quelqu’un que tu as choisi, parce que s’il est très bien connu, il faut réserver un illustrateur avec un ou plusieurs ans d’avance. Si on ne veut pas attendre il faut être ouvert à différentes possibilités.
Chez Sarbacane, j’ai travaillé toujours (sauf avec Anna Laura) avec des illustrateurs proposés par l’éditeur, mais ils ne m’ont jamais rien imposé : Emmanuelle me fait voir toujours les planches en avance, pour parler et réfléchir avant de choisir. Quand j’ai travaillé avec Serge Bloch ou Bénédicte Guettier je connaissais déjà leur boulot ; dans d’autres cas, comme pour Eric Heliot ou des jeunes illustrateurs comme Clotilde Perrin, je n’avais rien vu avant, mais j’ai découvert des vrais talents.
Puis tout se passe au niveau de l’éditeur : en fait j’ai rencontré la première fois Eric alors qu’il avait déjà donné les planches pour notre quatrième album ensemble. Tout s’est passé très vite cette année là, mais en tout cas on a fait quatre albums sans se voir, sans jamais se parler ou s’écrire. Pareil avec Serge : on s’est rencontrés la première fois alors que Moi, j’attends était dejà imprimé.
Après nous sommes devenus amis avec Serge et Eric… avec autres on s’est rencontré juste une fois ou rien. Avec Anna Laura c’est encore différent : on s’écrit par e-mail presque tous les jours.


Vous avez travaillé plusieurs fois avec les mêmes illustrateurs, cela offre-t-il une plus grande liberté de créativité ?
Plus de liberté peut être pas non, pas exactement. Mais connaître en avance l’illustrateur que illustrera une histoire aide à l’imaginer mieux. Chaque illustrateur a sa façon de dessiner et de mettre les image en page, si tu le connais, tu peux écrire l’histoire, et la changer aussi, pour la rendre plus adaptable à ton illustrateur. Même si je ne dessine plus mes albums jeunesse, je reste un dessinateur et donc pour presque chaque album je propose à l’éditeur pas seulement le texte mais aussi le storyboard complet que j’ai crayonné. Donc si j’écris une histoire pour Anna Laura Cantone je l’écris et je la crayonne dans le storyboard déjà avec son style.



Y’a-t-il une grande différence entre l’écriture d’un album et l’écriture d’une BD telles que celles de la collection Sapajou chez Sarbacane ?
Les livres que j’ai faits sont tous un peu différents, mais à peu de choses près, le parcours de création est le même, sauf pour les Sapajou comme Pas de crotte pour moi, Le costume du Père Noël ou le dernier Il faut sauver le sapin Marcel : ce sont des BD et donc écrits et storyboardés comme BD.
Maintenant j’écris un peu plus, mes histoires sont plus longues, plus proches du roman illustré, mais en tout cas ça ne change pas vraiment le méthode d’écriture, je crois.


Pouvez-vous me dire un mot sur la fameuse aventure de Moi, j’attends... ?
Je ne sais pas quoi dire… C’est un livre important pour moi parce que c’est un de ceux que j’appelle livres-collection, c’est à dire un livre sans une vraie histoire, un genre que j’aime beaucoup et que ce n’est pas toujours possible de les publier (parce que les éditeurs demandent toujours un livre avec une histoire !). J’avais déjà écrit des livres-collection rigolos, mais un livre sur ce thème, c’était très difficile. Au début on avait aussi pensé de le faire sans la mort, mais après Sarbacane m’a dit, non, on fera le projet original.
J’en suis content. A ce moment là, j’avais besoin de raconter la vie et la mort et le courage de l’éditeur a été récompensé par les ventes, les prix et les éditions étrangères.
Si tu veux savoir comment est arrivé le livre : je faisais la queue au bureau postal et j’ai commencé à penser à tous les choses que l’on attend dans la vie. Quand je suis rentré chez moi j’ai réalisé que peut être j’avais l’idée pour un nouveau album : je me suis assis à l’ordinateur et j’ai écrit une liste. Puis j’ai donné un ordre à cette liste, à partir de ce qu’on attend dans l’enfance et j’ai continué. Quand je suis arrivé à la mort, j’ai compris que c’était le livre que j’avais besoin d’écrire depuis longtemps.


Parmi tous les livres à qui vous avez donné vie, qui est l’élu de votre coeur ?
C’est difficile… Ce que je préfère c’est toujours le prochain ! Mais si je dois choisir parmi les publiés… J’aime beaucoup Juste à ce moment là, parce que c’est le premier publié en France, et Moi j’attends parce qu’il m’a donné la possibilité de faire un album très spécial, et Bernard et Moi parce qu’il parle un peu de moi et ma femme... Et après les BD et.. Bon, tu vois? Trop difficile de choisir !


Pouvez-vous me parler un peu de J’aime t’embrasser qui sort en janvier, histoire de me mettre l’eau à la bouche... ?
Sarbacane voulait faire un autre livre avec Serge (et moi aussi!) mais après Moi, j’attends qui parle du sens de la vie et L’ennemi qui parle de la guerre, il fallait trouver un sujet différent, plus tendre ou rigolo. J’ai proposé cette collection de bisous et cela a convenu.
J’aime parler des petites choses de la vie, alors pourquoi pas un livre sur les bisous les plus célèbres que j’ai donnés à ma fiancée? En fait, je pense que chacun peut y reconnaître les bisous qu’il donne ou a donnés à sa femme (ou son homme).


Cette interview a été réalisée par mail le 4 décembre 2007.

Aurélie Lacroix, Licence professionnelle « métiers de l’édition »,
IUT Paris Descartes, promotion 2007-2008



Pour aller plus loin :
www.davidecali.com
www.editions-sarbacane.com
Voir aussi : La biographie de Davide Cali sur Ricochet
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