Entretien avec Brigitte Coppin


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Le troisième tome du château des Poulfenc, trilogie médiévale, sort ce mois de septembre aux éditions Flammarion. Brigitte Coppin, auteur de la trilogie, nous évoque cette série commencée en 2008.
Mis en ligne en juin 2010
>> Ce mois d'août paraît le troisième et dernier tome du château des Poulfenc. Que va-t-il arriver à Thomas, le dernier héritier de la famille des Poulfenc ? Que pouvez-vous nous dévoiler ?
Le moins possible ! Afin que les secrets qui planent ne soient révélés qu’au moment opportun ! Mais je peux tout de même vous confier qu’Alix, la jeune fille mystérieuse que Thomas aime sans le savoir vraiment… Alix est prisonnière. Il faut la délivrer. Mais où est-elle ? Pourquoi l’a-t-on capturée ? Et qui a osé ?
Pendant cette longue quête qui le mènera jusqu’à elle, Thomas de Poulfenc aura mille choses à découvrir, vous l’imaginez bien.

>> Sur quels ingrédients joue cette trilogie ? Est-ce un policier historique ? S'appuie-t-elle sur des faits historiques ? Essayez-vous d'apporter des éléments sur la vie des château et des monastères de cette époque? Tous les aspects historiques sont-ils véridiques?
La série des Poulfenc, trois romans d’aventure et de suspense plus que romans policiers, est en effet basée sur des éléments historiques. Véridiques ? Oui, pour autant que je sache. Plus j’avance en histoire et plus les choses me paraissent complexes. Ce que nous savons sur ces vies d’il y a 800 ans a tant de limites ! Bref, le Château des Poulfenc est né d’une rencontre intérieure entre l’historienne et la romancière. L’historienne voulait apporter aux lecteurs un regard un peu différent sur le monde de la chevalerie, en commençant par un enfant « oblat », c’est-à-dire offert au monastère par ses parents, sans son consentement, puisqu’il est le cadet d’une famille noble qui transmettra l’héritage paternel au frère aîné. Des milliers de querelles familiales, jusqu’à la mort parfois, ont eu lieu aux XIIe et XIIIe siècles pour ces questions d’héritage. Nous sommes donc dans l’histoire, et pourtant le roman a déjà commencé car Thomas, dans son monastère à la vie bien réglée, fait chaque nuit le même cauchemar… Un roman historique est d’abord un roman. L’histoire le sert, nourrit son intrigue sans jamais devoir l’écraser. C’est le but que je me suis fixé, pour cette série en particulier. Un sacré défi qui m’a donné quelques cheveux blancs supplémentaires, mais aussi des heures de grande émotion.

>> Comment est né le projet de cette série ? Avez-vous eu carte blanche de votre éditeur ?
Auteur de nombreux documentaires sur le monde des châteaux forts et des chevaliers, il était grand temps que j’y pose un roman. Le premier tome de la série des Poulfenc a longtemps germé avant que je n’y trempe ma plume. L’éditeur, auquel j’avais déjà confié d’autres romans, des contes et documentaires, m’a en effet laissé carte blanche et s’est engagé sur les deux tomes suivants en toute confiance.

>> L'histoire, et plus particulièrement l'époque médiévale, semble vous passionner.
Pourquoi ? Qu'est-ce qui vous plait dans cette période ?

J’étais encore petite fille, sachant tout juste lire, lorsque le Moyen Âge m’a enchantée. Je l’ai découvert par les contes, les rois et reines, les leçons d’histoire en classe primaire où la maîtresse nous montrait de grandes images accrochées au tableau noir. C’était un monde merveilleux qui remplissait mon imagination à une époque sans TV où le cinéma était loin, et encore rares, les livres pour enfants. Et puis, dans ma Normandie natale, il y avait des abbayes splendides, des châteaux prestigieux, des ducs renommés. Ma famille était elle-même nourrie de tout cela. Aujourd’hui, après des études universitaires (maîtrise d’architecture médiévale) et trente ans de documentation, je reste séduite par les entrelacs d’une enluminure, par le costume des femmes vers 1400, les chants de la Troba (chants des troubadours), la poignante crudité de Tristan et Yseut, et les images de pierre à la porte des églises romanes…


>> Vous êtes à la fois auteur de fiction et de documentaire. Comment procédez-vous pour chaque approche? Adoptez-vous des postures différentes, une écriture, un autre regard sur l’histoire en fonction du genre documentaire ou fiction?
Dans ma recherche, c’est le même regard sur l’histoire, le même souci d’aborder « le vivant d’avant » dans sa complexité, mais ce sont deux manières différentes de l’exprimer : en documentaire, l’écriture est plus distanciée, elle se doit d’être claire et précise, et l’information qu’elle apporte est au service d’un contexte général. Les cas particuliers y ont peu place, de manière anecdotique, en tant qu’exemples ou contrexemples. Dans le roman, habité par des personnages que j’espère bien vivants, le documentaire devient toile de fond presque invisible, décor de scène. Les personnages vivent, ressentent… et leurs émotions empoignent le lecteur. La question la plus lourde, à laquelle je ne peux répondre, est la suivante : comment des personnages nés de l’imagination d’une auteure vers l’an 2000 peuvent-ils témoigner avec justesse des mentalités, des aspirations, des peurs, de l’amour…, ressentis par ceux qui vivaient il y a des siècles ?
L’histoire des mentalités, de l’intime, des gestes quotidiens, est encore balbutiante et me semble la plus difficile qui soit...

>> Est-ce important pour vous de transmettre l'histoire ? Quelle est votre perception du passé ?
À chaque fois que je visite un nouveau lieu, je cherche à comprendre comment c’était avant. Même lors d’un voyage aux États-Unis (où l’histoire m’a beaucoup manqué !) j’ai cherché les pueblos indiens et la trace des chariots qui traversaient vers le Far West. C’est une manière de « voir » que je ne peux faire taire. Une fois que j’ai « vu », le présent prend un sens plus fin, plus profond, plus passionnant. Il me semble que cette attitude vaut pour la vie tout entière, les gens, les mots, les paysages, les sociétés etc. En bref, avoir un lien avec le passé me paraît important pour se poser dans le présent.

>> Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
J’aimerais que l’année soit fructueuse, alors je travaille beaucoup : un roman pour les 8 ans, un livre animé, un documentaire. Et puis j’ai en projet un nouveau roman, fort, envoûtant si j’y parviens. Il me faudra plus d’un an, c’est sûr.

>> Où peut-on découvrir votre travail ?
Le moyen plus direct est sans doute d’aller voir mon site : brigitte-coppin.fr
Les internautes me trouveront également sur la charte des auteurs, ricochet, la maison des écrivains et de la littérature, le centre régional des lettres de Midi-Pyrénées...
Il y a aussi les médiathèques, bibliothèques et librairies, pour avoir les livres entre les mains, et puis les lire.

Biographie

Après des études de langue (anglais, allemand) et une maîtrise d'histoire de l'art à la Sorbonne, Brigitte Coppin a commencé à écrire pour l’édition Jeunesse vers 1985. Spécialisée dans l’histoire du Moyen Âge et de la Renaissance, elle a publié près de quatre-vingt livres. Des documentaires, des traductions, des docu-fictions, des récits adaptés de lointaines légendes et des romans historiques. Elle participe à de nombreuses rencontres et animations en milieu scolaire et en bibliothèques. Depuis 2006, elle habite en Midi-Pyrénées.
Voir aussi : La biographie de Brigitte Coppin sur Ricochet
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