Entretien avec Michael Morpurgo


Tous les entretiens
Mis en ligne en septembre 2000
Réalisé en partenariat avec


1. Votre recueil d’histoire courtes, From Hereabout Hill, porte le nom d’un poème écrit par un de vos amis, Sean Rafferty. C’est un charmant petit texte sur l’arrivée du printemps. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet ami qui l’a écrit ?
Sean était un très bon ami, un grand poète, un auteur dramatique et un jardinier. Il a vécu avec nous à la ferme jusqu'à sa mort en 1993. Tout comme Ted Hughes, il était en quelque sorte mon mentor. Son travail a été publié à titre postume par Carcanet Press.



2. Ce même recueil d’histoires est dédicacé à Miriam Hodgson, rédactrice chez Egmont. Etait-ce votre rédactrice en chef tout au long de votre association avec cet éditeur (anciennement Heinemann), association qui remonte à vos premiers livres?
Non, ce n’était pas ma rédactrice en chef, mais j’aurais aimé qu’elle le soit. Elle m’a demandé d’écrire plusieurs histoires courtes et en a publié certaines.



3. Vous avez mentionné dans un autre interview les encouragements que vous avez reçus très tôt dans votre carrière de la part de Aidan Chambers, le gagnant du prix Carnegie cette année. De quelle forme étaient ces encouragements ?
Aidan a publié mon premier livre « à succès », Friend Or Foe. C’était le premier rédacteur à dire des choses positives à propos de mon travail. Je l’en remercie encore !

4. Revenons un moment sur votre série d’histoires courtes - dans l’avant-propos vous vous décrivez comme une sorte de "mineur d’histoire impatient", toujours prêt à passer à un autre filon. Et pourtant il y a une qualité 'Morpurgo' identifiable dans votre travail, la plus évidente étant ce que j’appelle « l’autorité morale » avec laquelle vous évrivez invariablement. Est-ce quelque chose dont vous êtes conscient ? D’où pensez-vous que cela vienne ?
Non, je n’en suis pas conscient. Quand j’écris, c’est surtout avec ma voix, mais en utilisant plusieurs voix cela permet de prendre du recul par rapport à la fiction et la séparer des faits. En tout cas je ne fais jamais semblant. Donc quand je me sens sérieux, j’écris sur des sujets sérieux, et quand je me sens plus léger, je fais des trucs légers.



5. Je crois que les autres traits caractéristiques auxquels je pense sont thématiques. Malgré votre impatience avouée, vous écrivez constamment sur les relations entre les jeunes personnages et les plus vieux, et entre la nature et les humains. J’imagine qu’un psychologue qui regarderait votre milieu familial dirait, A-hah, Morpurgo n’a jamais connu son vrai père, ce n’est pas étonnant qu’il écrive toujours sur les relations entre enfants et adultes. Est-ce qu’il n’y aurait pas un peu de ça ?
Les relations entre adultes et enfants ont toujours fait partie de ma vie. Certes, j’ai eu une enfance un peu bizzare. Et après avoir été un enfant, je suis devenu professeur, puis papa, et maintenant un grand-père, j’ai donc vécu de nombreuses relations enfant/adulte.


6. Est-ce que la façon dont vous écrivez sur les animaux et la nature a quelque chose à voir avec votre amitié avec Ted Hughes? Bien que vous ne soyez jamais aussi cru que Hughes peut l’être, vous n’êtes certainement pas du tout sentimental. Votre nouvel album, The Silver Swan, illustré par Christian Birmingham, parle de la précarité des prédateurs du monde animal, avec une honnêteté à vous arracher le coeur. A propos, avez-vous personnellement entendu un chant de la mort d'un cygne?
Non, mais je crois qu'il y a un fond de vérité dans toutes ces légendes. Pour ce qui est des animaux, je vis avec eux. Je suis agriculteur. Il y a peu de place pour les sentiments, mais plein de place pour l'empathie, le respect, et pour se rappeler que tous les animaux, comme nous-même, sont sensibles.




7. On ne peut mentionner Hughes sans parler du poste de Children's Laureate. Si j'ai bien compris, c'était votre idée, et Hughes vous a supporté durant tout le processus d'acceptation et d'établissement du poste. Maintenant qu'il est en place, avec Quentin Blake dans sa seconde et dernière année dans ce rôle, quels sont vos sentiments ? Aimeriez-vous à votre tour être le Children's Laureate un jour ?
Quentin Blake a fait un excellent travail en tant que Children's Laureate; grandiose même. Sans lui, tout ceci se serait peut-être écroulé. Il ne sera pas facile à remplacer. En ce qui me concerne, si un jour les gens pensent vraiment que je le mérite, alors oui, j'adorerais le faire. Mais il y a énormément de grands écrivains et illustrateurs qui le méritent au moins autant et feraient de grands Children's Laureates.

8. Vous avez travaillé quelque temps comme professeur d'école. Mais dans presque tous vos livres l'apprentissage vraiment important vient des rapports entre les personnages. En piochant presque au hasard - dans King Of The Cloud Forests, Ashley dit, "j'ai plus appris avec Lin que pendant toutes ces années d'école" , on voit clairement que l'apprentissage dans le Kensuke's Kingdom, entre le garçon et le Japonais, est immense. Quel est votre point de vue sur l'apprentissage formel que dispense l'école ?
L'apprentissage le plus important, je pense, est celui de la vie. Pour que l'éducation soit complète et épanouissante, elle doit certes être dispensée par l'école, mais il ne faut pas oublier l'école de la vie.



9. Vous pensez qu'il est important pour un écrivain de lire énormément.Qu'avez-vous lu cette année ?
Beaucoup de livre pour enfant, parce que je suis juge pour le Whitbread Prize cette année. En fait, ça a été une année de lecture pour moi. J'ai lu plein de poèmes, les plus mémorables que je pouvais trouver, parce que je suis en train de rassembler les éléments d'une anthologie pour Faber pour l'année prochaine. En plus de cela, j'ai relu plein d'histoires de garçons -- Huck Finn, Oliver Twist, Pinnochio et bien d'autres -- pour une anthologie Classic Boys Stories, publiée par Kingfisher en October.

10. Il y a une tendance actuellement à raccourcir les chapitres, les paragraphes et les phrases dans les fictions pour enfant. Je suis intéressé par le fait que vous écrivez votre premier jet dans des cahiers de brouillon sans aucun paragraphe. Vous n'y pensez pas lorsque vous écrivez ? Faites-vous des sortes de remarques pour indiquer les changements de paragraphes ? Est-ce que la mise en paragraphes n'intervient qu'à un stade ultérieur ?
Quand j'écris mon histoire pour la première fois, j'ai tendance à la raconter, plutôt qu'à l'écrire, simplement pour la laisser sortir de moi. Tout ce qui est paragraphe n'intervient que plus tard. Mais j'ai quand même une idée de la structure avant de commencer. Par exemple, mon nouveau livre, Dear Olly, je l'ai écrit en trois mouvements plutôt qu'en chapitres parce que j'ai pensé que cela servait mieux l'histoire. Et dans Billy The Kid, un autre nouveau livre, j'ai écrit un monologue sans aucun chapitre. Donc l'histoire vient en premier, avec sa structure attachée, et je la raconte à travers mes bras, jusque dans mes doigts puis sur la page.



11. Bien que vous n'ayez pas encore 60 ans, vous êtes déjà grand-père (vous vous êtes marrié et avez eu un enfant très tôt). De quelle manière cela vous a-t-il influencé/vous influence encore en tant qu'écrivain ?
J'ai toujours eu la chance soit être jeune moi-même, soit d'être entouré de jeunes enfants. J'ai eu mon premier enfant, Sebastian, quand j'avais 20 ans, et ma première petite fille Lea alors que j'avais 43 ans. Je n'ai donc jamais été sans enfant autour de moi. En plus j'ai été professeur, donc durant toute ma vie d'adulte les enfants ont vraiment été au centre de mon existence. Je suis très chanceux en cela.

12. Nous avons fait illusion à votre nouvel album, et votre développement comme écrivain d'albums a été un des aspects majeurs de votre développement en tant qu'auteur durant ces dernières années. Que préférez-vous dans le travail sur un album ?
Tout d'abord, j'adore travailler avec des artistes. L'écriture est un travail solitaire, et j'aime la compagnie des gens. Donc j'aime travailler sur des films et des albums parce que cela me permet de travailler avec des gens merveilleusement créatifs. Au niveau de l'écriture pour les albums, j'ai du être plus succint, plus intense dans mon écriture, sans y perdre en poésie.

13. Vous étiez plutôt sportif quand vous étiez écolier (dans Telling Tales il y a 2 photos d'une équipe de rugby), néanmoins d'après mes souvenirs, vous n'avez guère écrit sur le sport. Pourquoi ? Ou est-ce que je me trompe ?
Oui, j'étais assez sportif. J'ai utilisé mon expérience de rugby à l'école dans The War Of Jenkin's Ear, mais juste un peu. Récemment, dans Billy The Kid, j'ai écrit tout un livre qui s'articule autour du football. Pour faire cela , vu que je ne suis pas vraiment fan de foot, je me suis inspiré de l'amour de Michael Foreman pour le foot - ce qu'il appelle le 'beautiful game'.



14. Une autre photo a retenu mon attention dans ce livre - celle de vous en professeur en 1970, une canadienne sur le dos, et les cheveux sur les oreilles. Quel contraste avec celle 2 pages avant, le fringuant capitaine de la King's School de Canterbury, portant le parapluie de la Reine-Mère. Ce contraste appelle une question - comment étaient les années 60 pour vous ?
Rapides! J'ai grandi rapidement lors de cette décennie, et j'ai beaucoup changé. J'ai été écolier, officier/cadet, mari, étudiant, père et professeur. De nombreuses manières, c'est la décennie qui m'a fait grandir - non pas que j'ai totalement fini de grandir maintenant, ni même que je le veuille. Et avec tout ça il y avait Les Beatles, et toute cette vie et cette croyance que tout était possible, que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

15. Vous avez expliqué comment le nom dans Kensuke's Kingdom vous a été donné par des bribes de conversations avec un garçon à une séance de dédicace. Est-ce que d'autres noms de personnages, ou des idées de développement sur certains points, trouvent leurs origines dans ce genre de rencontres fortuites ?
Oui, dans Kensuke's Kingdom le nom du chien m'a été suggéré par une fille qui est venue à notre ferme. Elle m'a demandé le nom de notre chien. Bercelet je lui ai dit. Et elle a dit , 'J'ai un chien qui s'appelle Stella Artois'. Dans Dear Olly, toute l'idée du livre m'a été suggéré par un terrible accident qui est arrivé à l'un de mes amis. C'est un jeune homme de 23 ans maintenant, mais il y a 2 ans il a été impliqué dans un accident de voiture en Australie. Il a perdu sa jambe. J'ai pu être témoin de son courage, de son humour, de son combat, comment il a accepté tout ça. En fait, je dirais que toutes mes intrigues sans exception me sont suggérées par les gens avec qui je parle, par tout ce que j'ai vécu, et par les histoires que j'ai entendues - des histoires vraies de la vie.


Voir aussi :
la version originale de cet entretien sur Achuka
Voir aussi : La biographie de Michael Morpurgo sur Ricochet
new