Entretien avec Robert Swindells


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Mis en ligne en janvier 2001
Réalisé en partenariat avec


1. Votre dernière nouvelle, A WISH FOR WINGS, parle d'une fille qui rêve de prendre l'avion et de son frère qui tombe sous l'influence d'un mauvais sort. L'histoire se termine par 2 paragraphes agréablement cadencés qui servent d'épigraphe à l'histoire principale. Bien qu'ils mentionnent 2 morts, une par paragraphe, le ton est clairement positif. Vous préférez terminer un livre sur une note optimiste ?
Bien sûr, sauf quand le sujet rend cette note optimiste inappropriée, comme lorsque l'on décrit les conséquences d'un holocauste nucléaire ou la vie des enfants des mines au 19eme siècle.



2. J'ai lu quelque part que vous écriviez un chapitre par jour. A WISH FOR WINGS compte 72 chapitres. Est-ce que cela signifie que vous avez mis entre 2 et 3 mois pour l'écrire ?
Ça serait le cas si j'écrivais tous les jours. Mais en fait je n'écris que 2 jours sur 3. Il me faut à peu près 4 mois pour écrire un livre comme A WISH FOR WINGS.

3. The Chocolate War, par le regretté Robert Cormier, parle de ce qui se passe quand des gens justes et bons laissent le mal les envahir. DOSH raconte l'histoire inverse d'une manière très particulière, et, fait remarquable, c'est une nouvelle sans personnage central. Je suppose que vous avez structuré le livre comme vous l'avez fait pour mettre en valeur le thème de l'action collective (la résistance du groupe met fin à un racket et à l'engagement d'un petit truand dans un réseau pédophile), mais étiez-vous conscient que c'était assez audacieux, pas évident à réaliser?
Non, mon intention était que Maisie Malin émerge comme personnage central : ce n'est finalement pas le cas, mais c'est accidentel. J'aimerais pouvoir dire que je savais que je tentais quelque chose d'audacieux, mais hélas je ne peux pas. Si ça marche c'est de la chance.

4. Par contre, la fin de votre nouvelle ABOMINATION, quoique que rédemptrice, n'est pas punitive. A mon avis, ce que vous réussissez très bien dans ce livre c'est à attirer l'attention sur le comportement des personnages adultes, autant que sur les 2 principaux adolescents. Les parents de Scott ne savent pas s'ils doivent intervenir; les parents de Martha voient la cruauté aveugle et bornée de leurs vies réduite à une suite d'actions rédemptrices. Le fait qu'il n'y ait pas de châtiment prononcé par un tribunal amènera certains lecteurs à se demander, "Est-ce qu'ils ont eu ce qu'ils méritaient ?" C'est un livre qui a du être réécrit complètement suite aux retours de l'éditeur. Il serait très intéressant de vous entendre raconter comment était la nouvelle originale.
En fait c'est UNBELIEVER qui a du être réécrit. Je l'avais pensé comme une attaque du fondamentalisme chrétien, mais dans sa première forme il semblait attaquer le christianisme dans son ensemble. La réécriture a corrigé cela. Quant à la question de savoir si les parents de Martha ont eu "ce qu'ils méritaient" dans ABOMINATION, je crois réellement que la punition, le châtiment, la revanche, quelle que soit la façon dont on l'appelle, est inutile une fois que le délit a été commis, sauf s'il est probable que le délinquant recommence, ou si l'on peut prouver que punir le délinquant aura un effet dissuasif sur les autres. De toute évidence, les parents de Martha ne recommenceront pas, ce qui a d'ailleurs de terribles conséquences pour eux. C'est comme lancer une attaque nucléaire dont la seule conséquence serait la destruction de la planète entière au lieu de la moitié : un acte criminel inutile.




5. Vous vivez dans un village du Yorkshire, et vous écrivez chaque jour dans un grenier, mais il n'y vraiment rien qui tienne de la tour d'ivoire dans votre travail. Les personnages de vos nouvelles font des choses ordinaires, comme aller acheter Flight Simulator chez PC World. Votre nouveau livre est dédicacé à vos petits-enfants. Est-ce grâce à eux que vous réussissez à rester si bien en contact avec le style de vie et le langage de vos jeunes personnages ?
Oui, maintenant que j'ai arrêté d'intervenir comme écrivain dans les écoles, mes petits-enfants sont une source de renseignements irremplaçable sur la vie et les préoccupations des plus jeunes aujourd'hui.

6. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le livre que vous êtes en train d'écrire ? A quel chapitre en êtes-vous, par exemple ?
BLITZED, destiné au enfants entre 9 et 13 ans, parle de Georgie, 10 ans, passionné par la Deuxième Guerre Mondiale, qui aurait voulu être un garçon dans le Londres de 1940. Alors qu'il visite le Musée de la Deuxième Guerre Mondiale de Eden Camp (qui existe réellement) avec ses camarades de classe, il passe à travers une faille temporelle et son vœu se réalise, apprenant ainsi à ses dépends que nous devons être prudents avec ce que nous souhaitons.



Les questions suivantes ont été posées à la fois à Melvin Burgess et à Robert Swindells (l'autre invité spécial de Achuka pour Février 2001). Vous retrouverez la traduction de l'entretien avec Melvin Burgess le mois prochain sur Ricochet.

7. Pensez-vous que les livres pour les jeunes adolescents pourraient être " mieux " commercialisés, et si oui comment ?
Je ne pense pas à l'aspect marketing. Je me dis que mes éditeurs font de leur mieux et je n'ai pas à me plaindre.

8. Quelle à été l'influence éditoriale la plus significative dans votre travail ces dernières années ?
Jane Nissen, chez Hamish Hamilton. C'est une rédactrice difficile à satisfaire mais qui sait ce qu'elle veut.


9. Si vous étiez aujourd'hui un garçon de 13 ou 14 ans, que liriez-vous ?
Je lirais Melvin Burgess, Malorie Blackman, Pete Johnson, Anne Fine, David Almond...
Et aussi Charles Dickens, J.D. Salinger, Jack London...

10. Comment les films et la télévision vous influencent-ils ?
Pas du tout - consciemment du moins. J'aime le cinéma, particulièrement les films Anglais et Australiens. Je pense que la télévision a perdu beaucoup de sa qualité, bien que Channel Four ait réalisé de bonnes choses pour le grand écran.



11. Vos styles sont très différents. Dans le cas de Melvin le récit est conduit par une voix interne, souvent (comme dans JUNK) sous différents points de vue. Dans les livres de Bob, on voie souvent les choses d'un point de vue plus éloigné. Etes-vous conscient de cette différence dans votre travail ?
Je ne suis pas conscient du fait que mes lecteurs voient les choses d'un point de vue éloigné : j'espère que ce sont mes personnages centraux qui racontent l'histoire. Un certain nombre de mes livres sont écrit à la première personne. Peut-être que j'ai mal compris la question.

12. En tant qu'écrivain pour de jeunes lecteurs, quels efforts faites-vous pour rester en contact avec la culture " jeune ", et pensez-vous que cela ne soit pas nécessaire ?
C'est bien sûr nécessaire. J'observe mes petits-enfants, et j'ai des contacts " jeunes " que je peux consulter sur des aspects particuliers de la culture " jeune " qui m'échappent, comme c'est le cas de plus en plus souvent. Je ne me renseigne même pas sur Eminem ou les Pokemons parce que ça ne m'intéresse pas.

13. Avez-vous besoin d'un public de lecteurs adultes en plus du groupe de critiques, d'enseignants et de bibliothécaires qui lisent et aiment certainement vos livres ?
Je ne veux pas d'un public de lecteurs adulte. Voyez ma réponse à la question 16.

14. Y a-t-il dans la littérature de jeunesse des tabous que vous hésitez à briser ?
Je crois que les plus important sont tombés dans les années 60/70. Ça m'énerve un peu quand quelqu'un écrit à mon éditeur parce qu'il a trouvé une expression familière dans un de mes livres. Où étaient donc ces gens-là les 30 dernières années?

15. Vous avez tous deux écrit récemment sur l'invisibilité, Melvin dans THE GHOST BEHIND THE WALL et Robert dans INVISIBLE. Qui a-t-il dans ce thème de l'invisibilité qui vous a poussé à écrire ces histoires ? Et Robert, est-ce vrai que vous croyez au contes de fées?
J'aurais bien aimé être invisible quand j'étais enfant. Et voler comme Peter Pan. J'imagine que c'était le désir d'un moyen de s'échapper. Je pense que les enfants ont toujours ce genre de rêves, alors j'écris sur ce thème.
Quant aux contes de fées, je crois à ceux de Cottingley : l'argument décisive pour moi a été quand les photos ont été examinées par la NASA, qui a dit qu'elles étaient authentiques. Je crois que la "confession" du photographe sur ses vieux jours n'est pas à prendre en compte.



16. Cette dernière question n'en est pas vraiment une, plutôt une invitation à dire quelque chose sur la façon dont vous pensez que la lecture aide les enfants ou les adolescents à comprendre le monde des adultes, à comprendre ce que c'est que grandir. The Ghost Behind The Wall est une étude fascinante de la vieillesse, tout comme, dans un registre plus léger, A WISH FOR WINGS. (Pour le personnage de Melvin le résultat est une perte de mémoire, alors que pour celui de Bob c'est une dépression suite à la mort d'un proche.)
Je peux seulement parler de ma propre expérience. Les livres que j'ai lu étant enfant/adolescent m'ont ouvert des fenêtres sur toutes sortes de mondes, y compris celui des adultes. En fait, il m'est impossible d'imaginer ce que je serais devenu, quel genre de personne je serais devenu, si je n'avais pas été lecteur. Je ne serais certainement pas écrivain à l'heure actuelle.
J'espère que mon travail contribuera à ouvrir quelques fenêtres pour les jeunes lecteurs d'aujourd'hui. C'est pour cela que je ne suis pas intéressé par un public de lecteurs adultes: les fenêtres qui sont fermées dans leur vie le restent généralement.

la version originale de cet entretien
Voir aussi : La biographie de Robert Swindells sur Ricochet
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