Entretien avec Christophe Alline


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Mis en ligne en novembre 2001

Illustrateur, peintre, sculpteur, décorateur, Christophe Alline vient d'exposer les originaux de son album En moins d'une dans la lune (sur un texte de Michel Piquemal) paru aux éditions Didier Jeunesse, à l'Espace Enfance du Centre International d'Etudes en Littérature de Jeunesse. L'occasion de connaître un peu plus ce jeune illustrateur, au graphisme passionnant.




Ricochet : Christophe Alline, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Christophe Alline : Je suis graphiste, illustrateur et décorateur. J'ai été formé à l'Ecole des Beaux-Arts d'Angers et je vis actuellement à Angers.

Ricochet : Depuis quand avez-vous choisi de devenir illustrateur de livres pour enfants ?

Christophe Alline : Cela fait à peu près trois ou quatre ans que j'ai publié mon premier album ( Dans Paris chez Didier Jeunesse en 1998). Mais je me sens avant tout plasticien... et ce depuis que je suis tout petit. Depuis la maternelle, j'ai toujours voulu travailler dans le monde de l'image, c'était ma vocation. Que ce soit de la sculpture, que ce soit de la peinture, j'ai essayé de toucher un peu à toutes les techniques depuis très longtemps.
Je suis tombé dans les arts graphiques quand j'étais petit, en fait.
Mon père voulait déjà être peintre décorateur. A l'époque, ses parents n'avaient pas les moyens financiers de l'inscrire dans un école d'art. Il s'est retrouvé peintre en bâtiment. Et j'ai repris un peu de flambeau. Je crois que ça lui fait plaisir aujourd'hui que je sois illustrateur et que je fasse des albums pour la jeunesse.


Ricochet : Y-a-t-il des albums qui vous ont marqué durant votre enfance ?

Christophe Alline : Comme beaucoup de gens de ma génération, ce sont les albums de Tomi Ungerer, comme Les trois brigands, de Maurice Sendak, avec Max et les Maximonstres. Mais la personne qui m'a vraiment donné l'envie de faire des albums pour la jeunesse, c'est Kveta Pacovska. Ses albums m'ont donné l'impression qu'il était possible de réaliser des albums jeunesse différents.

Ricochet : Justement, est-ce que vous avez des origines des pays de l'Est ?

Christophe Alline : Pas du tout, en fait j'ai des origines bretonnes. En revanche, je suis fasciné depuis longtemps par toutes les images qui viennent des pays de l'Est, que ce soit les graphistes polonais, qui m'ont beaucoup influencés, tout ces mouvements artistiques et d'avant-garde, comme le constructivisme, le dadaïsme, les peintres surréalistes, toute cette période un peu "géométrique" dans le graphisme. Si l'on revient à Pacovska, j'y vois comme une continuité.
D'autres influences marquent également mon travail, comme les pères de l'art contemporain, par exemple Marcel Duchamp, pour tout ce qui concerne le travail autour de l'objet, Kurt Schwitters (ça rejoint le dadaïsme). Le cinéma influence aussi mes réalisations, Melies bien sûr et les films surréalistes.

Ricochet : Avec quels matériaux, travaillez-vous ?

Christophe Alline : Je n'ai pas de limite au niveau des matériaux. J'utilise tout ce qui peut m'émouvoir, ça peut être un morceau de bois comme un morceau de papier ou un bout de ressort. J'aime aussi détourner une image, la découper, la tourner dans tous les sens. J'aime surtout m'amuser avec les objets. En assemblant, en cherchant d'autres significations, on arrive tout de suite vers de nouveaux horizons, ça ouvre forcément d'autres portes, et cela devient illimité.

Ricochet : Qu'avez-vous fait comme autres métiers, avant de devenir illustrateur ?

Christophe Alline : Avant d'être illustrateur, j'étais, entre autre, animateur dans un centre d'art contemporain, dans les Deux-Sèvres. Le matin je faisais visiter la collection permanente, et l'après-midi je faisais des ateliers avec les enfants. J'étais étonné par l'ouverture d'esprit des enfants. Souvent les adultes sont choqués par l'art contemporain, alors que les enfants n'avaient pas d'a-priori. Ils ont cette liberté. Pour un enfant, un simple objet peut évoquer beaucoup de choses. Si on dit qu'une chaise peut se transformer en cheval ou en girafe, l'enfant le verra presque tout de suite, alors que l'adulte aura beaucoup de mal à l'imaginer. Peut-être qu'avec le temps les adultes perdent un peu de cette spontanéïté, de cette imagination. Ce que j'aime dans le travail de l'illustration jeunesse, c'est que l'on a toutes ces libertés.


Ricochet : Quelles sont vos lectures préférées ?

Christophe Alline : En vacances, ce sont les romans. Durant l'année, je ne sors pas trop de mon milieu, j'aime bien les livres d'artistes. Les livres d'art me passionnent, ça me nourrit et m'ouvre d'autres perspectives. Des artistes de tous les styles, des classiques au plus contemporains. En ce moment, je suis en train de lire en ouvrage sur Matisse et sur ses collages.

Ricochet : Avez-vous des projets d'édition ?

Christophe Alline : Le projet pour l'instant c'est un album chez Didier jeunesse dans la collection Guinguette (mais rien n'est encore signé). Et puis un album avec François Braud sur les histoires d'un amour impossible entre un glaçon et une bouillotte. Ce sont les projets dans l'immédiat.
De toute façon, j'ai toujours plein de projets en cours, plein d'idées. Le tout c'est de trouver le temps pour les réaliser. Car, comme je ne suis pas uniquement illustrateur, entre tous les métiers, le décor et la scénographie me prennent beaucoup de temps. Même sur une affiche, j'aime bien prendre du temps, je peux mettre énormément de temps pour faire une image.

Ricochet : Utilisez-vous du matériel informatique pour réaliser vos images ?

Christophe Alline : Récemment, je me suis éuipé d'un G4 Mac, suffisament puissant pour pouvoir travailler les images. Justement le projet de cette amour impossible entre un glaçon et une bouillotte, je compte le réaliser en infographie. Mais il faut que je m'équipe encore d'un appareil photo numérique. J'espère que c'est pour bientôt et dès que je l'ai, je me lance.

Voir aussi : La biographie de Christophe Alline sur Ricochet
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