Entretien avec Magali Bonniol


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Mis en ligne en janvier 2008
- Quand avez-vous su que vous feriez ce métier ? Comment avez-vous commencé votre carrière ?
J'ai aimé les livres assez tôt je crois, et petite fille, je jouais à "faire l'écrivain": je notais mes histoires dans des cahiers quadrillés, j'enfilais une grande robe de chambre de ma mère pour faire plus sérieux...J'essayais d'écrire des histoires qui ressemblaient à mes livres préférés, Tom Sawyer, L'île au trésor, etc...
C'est vers seize ou dix-sept ans que j'ai pensé à créer des livres d'images, pour les enfants. Finalement j'ai envoyé les projets de "Pipi dans l'herbe" et "Rien faire" à l'Ecole des loisirs, qui les a acceptés, c'était en 1999...

- Comment organisez-vous votre travail, est- ce que l’image vous apporte le texte ou contraire ?
Le texte et l'image pour moi avancent ensemble: j'ai besoin d'une image suffisamment forte et riche en possibilités pour développer une histoire, mais j'ai aussi besoin d'une histoire cohérente pour créer un album. C'est donc un jeu incessant de l'un à l'autre. Disons qu'au départ, avant que l'histoire se construise, il y a toujours une image dans mon esprit, et que je la "ramifie" ensuite...

- Tout vos livres (sauf « Caillou-bijou ») sont publiés par une seule maison d’édition, est-ce que l’éditeur qui vous propose les collaborations avec d’autres auteurs ou illustrateurs ? Comment ça se passe ?
A l'Ecole des loisirs, je suis l'auteur et l'illustratrice de la plupart de mes livres. Parfois l'éditeur me propose d'illustrer de petits romans dans la collection Mouche. Ce ne sont pas des albums, et l'image est surtout là pour aérer un peu le texte, lui apporter une "couleur" supplémentaire. Il ne s'agit pas d'une collaboration dans ce cas puisque je ne connais pas l'auteur.
J'ai par contre collaboré avec Pierre Bertrand, un ami conteur, sur plusieurs albums (Cornebidouille, Rousse, Tropèl Grignotte...) Là nous travaillons ensemble, à partir de ses histoires: après une première lecture, j'amène quelques suggestions pour que le texte et l'image puissent fonctionner ensemble, je fais quelques croquis. Puis je fais une première maquette rapide, pour avoir l'avis de Pierre et de l'éditeur sur le découpage de l'histoire, le nombre de pages, etc...C'est très intéressant pour moi d'être ainsi "invitée" dans l'univers de quelqu'un d'autre, surtout quand Pierre imagine une histoire en pensant aux images:c'est alors comme un puzzle à reconstituer!

- Votre livre « Caillou-bijou » destiné aux enfants non et malvoyants est épuisé. Est-ce que vous allez continuer d’écrire pour ces enfants ? Où publiez-vous vos livres déjà existants, chez des éditeurs spécialisés ?
"Caillou-Bijou" a été une aventure un peu particulière: je vivais à Dijon il y a quelques années, et j'y ai rencontré l'éditeur des "Doigts qui rêvent". J'ai adoré leur travail! J'avais un projet d'album qui me paraissait adaptable: pour les enfants non et mal voyants il fallait développer une autre conception de l'image, faire appel à d'autres sensations, le toucher bien sûr, les rapports entre vide et plein, doux et rêche, et puis le son: j'ai beaucoup aimé leur idée du papier qui craque pour évoquer la tortue qui s'éloigne dans les feuilles mortes...J'ai trouvé le résultat magnifique, un vrai livre-objet! C'est mon seul livre actuellement destiné aux enfants non voyants. J'aimerais maintenant imaginer une histoire en pensant à ces enfants, essayer de pénétrer un peu dans leur univers, pas seulement faire une adaptation. Disons une histoire à caresser, à respirer, à écouter?

- Où puisez-vous votre inspiration ? Souvenirs de votre enfance... ?
Mes histoires ne sont pas forcément liées à des souvenirs d'enfance: j'ai tendance à grappiller des idées un peu partout. En fait il y a souvent une image au départ, comme pour "Pipi dans l'herbe" avec des croquis de petite fille, ou "Soleil tombé" qui est un véritable ours en peluche, trouvé sur un marché. Un voyage en Mongolie m'a inspiré "Naadam", et j'ai un peu chipé l'horrible directeur du cirque de "Petite Lina" à David Lynch...

- Magali j’ai apprit que « Moumine le Troll » de Tove Jansson a imprégné votre enfance. Peut-être depuis, avez-vous d’autres livres « adoré(s) », des histoires qui vous touchent et qui vous inspirent ?
"Moumine le troll" a été en effet un livre adoré, aujourd'hui encore je me retiens de relire toute la série, j'en garde un peu pour après...Tove Jansson posait sur la vie et les gens un regard indulgent, un peu ironique, mais jamais amer: c'est un immense cadeau qu'elle a fait à ses lecteurs!
De là aussi peut être mon goût pour le noir et blanc: j'ai toujours un serrement de coeur au moment de poser la couleur sur mes dessins, comme une petite trahison...
Plus tôt dans l'enfance il y a eu "l'arbre, le loir et les oiseaux", d'Iela et Enzo Mari, les dessins de Philippe Dumas avec leur belle lumière, "Hulul" de Lobel.
Ceux qui m'enthousiasment le plus finalement maintenant, ce sont toujours les dessinateurs: Gabrielle Vincent, François Place, Sempé bien sûr, et la grande Gerda Muller! Un type qui me rend dingue de jalousie avec ses dessins c'est Benjamin Chaud, le papa de "Pomelo"chez Albin Michel. J'aime aussi certains livres singuliers comme "Gisèle de verre" de Béatrice Alemagna, "Dans la nuit noire" de Munari, et puis tout Komagata, surtout le dernier avec les nuages découpés!

- Quelle(s) technique(s) utilisez-vous pour vos dessins ?
Je varie assez peu ma technique d'un livre à l'autre, je n'utilise jamais le collage par exemple. Ce que j'aime, c'est le dessin, au crayon, à la plume ou au pinceau. Pour la couleur je mixe parfois l'aquarelle avec du pastel ou du crayon.

- Avez-vous déjà arrêté un projet en cours de réalisation ?
Il m'est arrivé plusieurs fois de renoncer à des projets qui n'étaient pas vraiment bons. J'ai aussi sur ma table un très beau texte d'un ami marionnettiste, pour lequel j'ai fait des dessins. L'histoire aborde quelques sujets difficiles, comme la mort et la filiation: j'espère ne pas devoir abandonner faute de trouver un éditeur!

- « Pipi dans l’herbe » et « Rien faire » sont le commencement d’une collection, pourquoi avoir arrêté l’histoire de cette petite fille ?
"Pipi dans l'herbe" et "Rien faire" étaient effectivement un projet de série, j'avais envoyé trois histoires à l'Ecole des Loisirs, qui en a retenu deux. La troisième était moins intéressante, c'est pourquoi il n'y a jamais eu de suite.

- Vous vivez en Grèce a présent, est-ce que certains de vos livres sont publiés dans ce pays ? Ici en Grèce, seul "Un goûter de Noël" a été traduit par l'éditeur Sokolis. Il y a des idées, des projets, mais la production de livres pour enfants n'est pas aussi riche en Grèce qu'en France: nos petits Français sont gâtés!

Propos recueillis par Natalia Dobiecka, licence professionnelle Métiers de l'édition, IUT Paris Descartes, promotion 2007-2008
Voir aussi : La biographie de Magali Bonniol sur Ricochet
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