Entretien avec Melvin Burgess


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Mis en ligne en janvier 2001
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1. Vous venez juste de terminer l'adaptation de Billy Elliot en nouvelle (publié par The Chicken House en Avril pour coïncider avec la sortie du film en vidéo). Qu'avez-vous pensé du processus de" novélisation" du film et croyez-vous que cette expérience influencera votre travail en tant qu'écrivain de fiction ?
En fait, je suis encore dessus - j'ai finit le premier jet avant Noël, et maintenant nous travaillons aux réécritures. Tout a dû être fait en un temps ridiculement court, en seulement quelques mois, puis a été interrompu par Noël, par une tournée pour lancer la version poche de Bloodtide et par d'autres obligations. On m'a demandé ça début décembre et j'ai écrit plus de mots par jour que je ne l'avais jamais fait - 40 000 en 3 semaines. La folie me guettait, j'étais complètement épuisé. Ça a été possible parce que tout avait vraiment été bien préparé - les personnages, les situations, le drame, l'histoire, tout était près. J'ai juste eu à choisir un personnage et me laisser guider. J'ai beaucoup utilisé la première personne narrative, comme dans Junk et Bloodtide, car il me semble que c'est la meilleure façon de montrer un certain coté des choses inaccessible à travers un film. Ça m'a vraiment fait prendre conscience combien les films "montrent " les choses sans proposer d'ouverture sur d'autres. Tout ce qui concerne les personnages, les mobiles, les sentiments, les pensées, etc... est sous-entendu. Dans ce sens, le film est une forme d'écriture très minimaliste - bizarre pour un médium qui utilise tellement de ressources pour sa production. Je suis maintenant mieux conscient de la façon dont le spectateur déduit des choses, sans même parfois en être conscient. Le processus d'écrire ce qu'un personnage est en train de se dire ou de ressentir révèle seulement combien le scénario a été construit et pensé avec soin. [...] J'ai été en contact avec Lee Hall, le rédacteur du script, qui m'a un peu éclairé sur ce processus qui finit dans la salle de montage et je crois que j'y vois plus clair maintenant. Je ne sais pas à quel point cela m'influencera. J'ai lu un bon nombre de scripts avant, y compris Bladerunner, qui visuellement a influencé Bloodtide. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai envie d'essayer par moi-même.


2. Bloodtide vient juste de sortir en livre de poche, avec ce type de couverture qui devrait encourager les librairies à le présenter à côté des titres pour adultes. Pour l'instant, il n'a pas reçu les mêmes honneurs que cette nouvelle à succès sur la dépendance. Vous avez fait remarquer que Bloodtide est une tragédie et que la tragédie n'est pas très populaire, surtout de nos jours. Néanmoins le livre, intentionnellement et avec succès, imite les jeux d'action sur ordinateur et les aventures de comics, tout en étant basé sur une saga Norse. Donc ce sont juste les chroniqueurs adultes et les différents jurys qui l'ont mal lu? Avez-vous eu des réactions d'adolescents qui avait lu Junk avant ?
Ces types de livres souffrent vraiment du fait que les librairies ne savent pas dans quoi les classer. Bloodtide est violent et explicite, avec ces grands thèmes de l'amour, la revanche, la haine, la passion, etc..., et il n'est pas évident de le mettre dans les rayons enfants. Il a reçu de très bonnes critiques - je crois que ce sont les meilleures critiques que je n'ai jamais eues - mais les gens n'achète des livres à couverture cartonnée que dans certaines occasions, donc nous devons attendre et voir ce que donne la version poche. Penguin m'a vraiment soutenu et s'est beaucoup investi dedans, donc j'y crois vraiment. Un des espoirs que j'ai pour ce livre, c'est que, en tant que fantasy, il puisse plaire aussi bien à des jeunes qu'à des adultes. Les rayons fantasy et science-fiction sont les seuls où les jeunes et les plus vieux se côtoient. Pour ce qui est des critiques adultes, personne n'en à parler, bien qu'il ait été mentionné dans la section Nouvelle Fiction du Times ce samedi. Ce refus de regarder ce qui se passe du côté des livres pour les jeunes montre bien le snobisme général du monde du livre pour adulte. Les gens pensent que les livres pour enfants ne sont destinés qu'aux enfants, mais je crois que beaucoup d'entre eux sont simplement snobs, un point c'est tout ! Les jurys des différents prix - je déteste ce genre de questions parce que je dois sous-entendre que mon livre méritait une nomination, et ce n'est pas à moi de juger. Si Bloodtide est suffisamment bon pour être nominé, je ne sais pas - il y a eu des commentaires très variés de différentes personnes disant qu'il aurait du l'être. Avec les années, mes livres exploraient des domaines de plus en plus " extrêmes ", et j'ai trouvé que le jury Carnegie en particulier m'avait suivi jusqu'au bout, souvent à ma grande surprise. Mon travail tend vraiment à diviser les comités - il y a en général quelques fans inconditionnels, et pas mal de détracteurs. Bloodtide est rempli de choses que l'on n'approuve pas forcément, alors peut-être que mes détracteurs ont gagné ce jour-là. A vrai dire, je ne suis pas tout à fait sur que ce soit une mauvaise chose. Je veux faire des fictions que les gens désapprouvent. Une des meilleures choses dites à propos de Junk l'a été par Nina Bawden, qui a dit que c'était exactement le genre de chose qu'elle aurait détesté que sa mère lui lise. Les réactions des gens qui ont lu Junk sont généralement bonnes. Bloodtide est un livre que vous adorez ou que vous détestez. J'ai rencontré des personnes qui ont détesté Junk mais qui pensent que Bloodtide est un grand livre. J'ai rencontré des personnes qui ont été choquées et qui l'aiment pour cela. Comme c'est un livre relié, on l'a surtout trouvé dans les écoles et les bibliothèques, et j'attends plus de retour dans les mois à venir. La grande question pour l'instant c'est - est-ce que je dois faire un Bloodtide 2 et 3 ? J'aimerais que les gens me disent ce qu'ils en pensent. Ecrire un livre comme celui-ci est un énorme engagement - ça m'a pris 3 ans.


3. Votre dernier livre relié de chez Andersen, The Ghost Behind The Wall, est (malgré la couverture trompeuse qui suggère plutôt une histoire pour les garçons) une histoire dérangeante sur la démence sénile. [...]Il y a une question sur la vieillesse un peu plus tard, donc celle-ci porte plus sur la représentation des personnages de garçon dans les fictions pour enfants. J'ai l'impression que vous pensez que c'est trop noir et blanc - le gentil est trop gentil, le méchant trop méchant, etc. Avez-vous un commentaire là-dessus?
Eh bien, j'aime avoir un bon méchant, et un bon gentil si l'histoire le justifie. Le fantasy traditionnel est un combat entre le bien et le mal et c'est très amusant, il y a un côté dramatique très important là-dedans. Mais si vous voulez que vos livres expriment de vrais sentiments, de vrais gens, de vraies décisions - même dans une mise en scène fantastique - alors vous devez chercher le côté dramatique ailleurs que dans un affrontement direct. J'ai pris beaucoup de plaisir à dénicher le bon chez le méchant et le méchant chez le bon. Bien souvent ils ne sont pas ce qu'ils semblent, et il y a un côté dramatique dans ce genre d'histoire qui me semble être au cœur de toute bonne fiction. Ça n'a pas besoin d'être vrai dans la vie - vous pouvez très bien avoir un dragon ou un magicien qui combattent pour montrer leur loyauté dans une situation difficile, et ça nous parle directement de nous-même.

4. Dans la passionnante discussion que vous avez eue l'été dernier avec Robert Cormier, vous avez dit que ce que vous vouliez faire dans un prochain livre était écrire une nouvelle pour adolescents qui reconnaisse pleinement le pouvoir du désir sexuel. Avez-vous déjà commencé ? Vous mentionnez également que votre livre Loving April a essayé de faire cela mais que les garçons ne l'ont pas lu, en partie à cause de la couverture ( celle du livre de poche d'origine - elle montrait une aquarelle mélancolique de cette fille sourd-muette, mais pas de garçon) et en partie à cause du titre (en plaisantant, vous avez dit que vous auriez du l'appeler Shagging April).
Oui, Shagging April est maintenant bien en route. Le désir sexuel, la luxure, l'amour et même souvent la simple amitié sont étroitement liés et il me semble que personne n'ait vraiment traité ce sujet. J'en ai une paire en route en ce moment - Lady sort cet automne, j'espère. Je peaufine les derniers changements en attendant que mon éditeur, Penguin, qui est très occupé, revienne vers moi. Lady est un livre étrange. Il y a ce thème des animaux qui s'est inséré dans mon travail est cela le rend un peu plus Kafka-esque qu'auparavant. C'est également une comédie, ce qui est nouveau pour moi. Le thème central c'est une fille qui est transformée en chien - une vraie chienne qui bave et renifle. Elle rentre à la maison - ses parents ne la reconnaissent pas, ce qui est typique. Elle doit se sauver et se cacher. Bientôt elle rencontre d'autres chiens qui essaient de la convaincre que la vie de chien est meilleure. Pas de responsabilité, pas d'enfant, pas de travail. OK, tu ne vis que quelques années, mais pendant ce temps, le trottoir est vivant, plein d'odeurs, il y a du sang chaud entre tes dents, et chaque envie n'a qu'à être ressentie pour être suivie. Le livre retrace ses jours de chien, avec des flashbacks sur sa vie de fille - par exemple, elle est en chaleur et cours avec une paire d'amis chiens jusqu'au cimetière pour faire ça comme des chiens, encore et encore, et se rappelle quand, adolescente, elle a perdu sa virginité. Elle parle de son petit ami, ses amies, ses parents etc., et à la fin elle doit décider si elle préfère être un chien ou une fille. L'autre, toujours en cours, (le titre pourrait être Grope, Feel ou Knobster - qui sait?) parle des garçons. Les livres où un garçon rencontre une fille sont souvent des livres de filles, mais pas celui-ci. Deno (il faudra que je change son nom) est le centre de ce groupe de garçons bien connu de toute l'école. Ce ne sont peut-être pas les plus intelligents, les plus spirituals, ni les meilleurs, ni même ceux qui ont la plus fière allure, mais c'est comme ça. Il sort avec la plus jolie fille de l'école, qui refuse de le laisser passer la nuit avec elle. Ça le rend fou - elle a déjà eu un petit ami avant, avec qui elle passait la nuit, alors pourquoi pas lui ? La réponse bien sûr c'est qu'il est trop idiot et arrogant, mais il est vraiment sexy, elle ne peut pas s'en empêcher. Il y a un autre de ces garçons qui a une histoire avec un professeur - désolé, il fallait que j'en parle - un autre qui sort avec une fille que ses amis trouvent moche... et ainsi de suite. Je veux que cela soit sexy et érotique, plein de ces hormones d'adolescents, mais en même temps réaliste en terme de sentiments et de rapports humains. Je trouve cela très difficile, principalement je pense parce que ce n'est pas mon domaine habituel. J'ai essayé au début de faire le récit de façon narrative, mais ça ne marchait pas. Je veux que ce soit excitant, mais plutôt sinueux, pas en ligne droite. Mais ça avance - j'espère l'avoir terminé dans quelque mois.


5. Cormier a consacré sa vie d'écrivain à son audience spécifique - les adolescents. Je sens que vous pensez que c'est votre audience principale également. J'ai toujours pensé que la raison pour laquelle Junk a touché un point sensible, ce n'est pas parce que ça parle de drogues, (bien que c'est pour cela qu'il ait été si vivement abordé dans certains quartiers) mais parce que c'est en fait quelque chose de bien plus " saignant " que ce que nous croyons - une authentique nouvelle d'adolescent. Oui, je suis d'accord. Quand j'ai commencé à écrire, on m'a dit que je faisais des fictions pour adolescents, mais j'ai vite réalisé que ce que les gens voulaient dire c'est que c'était une fiction pour les gens n'ayant pas plus de 14 ans, 15 à la limite. Les livres vraiment écrits pour de jeunes adultes sont rares - c'est malheureux, parce que je pense que c'est justement à cet âge-là que les livres peuvent vraiment vous aider à vous définir, ou même vous divertir. Je suppose que c'est difficile - la culture pour les adolescents est souvent effrontée, forte, colorée et dangereuse, et s'intègre assez mal sur les étagères. C'est de la littérature de jeunesse, pour adulte ou quoi? Je me souviens quand Junk a été adapté en film TV, la compagnie de production a dit qu'ils aimeraient l'adapter mais que s'ils faisaient ça, ça serait un film pour les plus de 18 ans et le public auquel il était destiné ne pourrait pas le voir. Bon, ça semble être un bon point au début, mais en fait c'est irréel -les enfants vont voir des films au cinéma dès 14 ans. S'ils ne peuvent pas les voir là-bas, ils les voient un peu plus tard quand ils sortent en vidéo. Il y a donc une vraie hypocrisie dans notre société à propos de ce que les jeunes peuvent voir ou ne pas voir. Je pense qu'une vraie littérature pour les adolescents ou les jeunes adultes a besoin d'ignorer ces conventions et aller vers ce que nous savons que les gens de cet âge savent.

6. Ceci dit, votre album The Birdman était un des plus fascinants de l'année dernière. Dans votre travail, étiez-vous très proche de l'illustrateur Ruth Brown pour créer la séduisante série de questions textuelles/visuelles comme 'Pourquoi l'homme est-il masqué? Est-ce exprès si le garçon a une chemise rouge, la même couleur que la poitrine de l'oiseau ?
Ruth m'a demandé il y a des années de faire une histoire.. "et je ferai les images ..." J'ai essayé encore et encore mais je n'y arrivais pas. The Birdman est en quelque sorte un accident. Mes enfants vivaient en Allemagne et je leur envoyait une histoire à peu près chaque semaine. Parmi ces histoires, il y avait The Birdman. Environ un an plus tard, Ruth - pour la Xème fois - m'a demandé si je pouvais écrire une histoire, alors je lui aie envoyé quelques-unes de celles que j'avais écrites, et à mon grand plaisir elle a choisi celle-ci. J'ai donc fait une histoire pour un album mais je ne sais toujours pas comment on fait une histoire pour un album. J'ai choisi de suivre les décisions de Ruth pour l'édition du texte. Il y avait plusieurs parties ou détails qu'elle voulait laisser tomber, parce qu'elle l'exprimait en images. L'idée de l'histoire se passant lors d'un carnaval italien lui est venue après en avoir vu un en vacances. La veste rouge du garçon, le masque de l'homme, toutes ces idées viennent d'elle. A l'origine, The Birdman avait des cornes sous son chapeau au commencement et des ailes à la fin dans la chambre de Jarvis - je n'avais pas besoin d'en parler car on le voyait sur les images. Les ailes sont toujours là, mais les cornes sont devenues des cheveux, ce qui donne une idée du côté sinistre du personnage. C'était une expérience formidable de regarder Ruth travailler. Je suis un de ses fans, et je fais tout ce que je peux pour essayer de trouver une autre histoire qu'elle aurait envie d'illustrer ...


Les questions suivantes ont été posées à la fois à Melvin Burgess et à Robert Swindells (l'autre invité spécial de Achuka pour janvier 2001).

7. Pensez-vous que les livres pour les jeunes adolescents pourraient être " mieux " commercialisés, et si oui comment ?
Ce devrait être plus direct. Je suis très satisfait de la façon dont Penguin s'occupe de Bloodtide - des cartes postales dans les cinémas, par exemple. Je pense de manière générale que la fiction pour adolescents a besoin de se détacher de la fiction pour enfants, d'avoir sa propre place au soleil. Les magasins de musique, les magazines - tous ces endroits sont vraiment négligés.

8. Quelle à été l'influence éditoriale la plus significative dans votre travail ces dernières années ?
Audrey Adams de Andersen Press est mon directeur de publication depuis que j'ai commencé et je lui fait vraiment confiance. Elle est capable de juger un livre avec beaucoup de clarté, qu'elle qu'en soit sa forme.
9. Si vous étiez aujourd'hui un garçon de 13 ou 14 ans, que liriez-vous ?
David Almond. Phillip Pullman. Anne Fine. Robert Swindells. Robert Cormier. Gillian Cross... A cet âge-là je lisais énormément, aussi bien des choses pour les plus jeunes et les plus vieux, donc je crois que j'apprécierais Jacqueline Wilson, Brian Jacques, Thomas Harris, Stephen King. La liste est infinie, il y a tellement de bons écrivains de toutes sortes …

10. Comment les films et la télévision vous influencent-ils ?
Ça m'a pas mal influencé pour Bloodtide. Les séries Alien, Terminator. Des films comme Bladerunner, également - très important pour ma vision de la ville du futur dévastée. Je pense vraiment beaucoup de bien des films. Un autre aspect de Bloodtide c'est que c'est une histoire d'amour, et j'ai appris grâce à The Night Porter que vous pouvez avoir une histoire d'amour dans n'importe quelles circonstances - même dans le cadre d'un meurtre. Mes metteurs en scène préférés sont Stanley Kubrick, Ridley Scott, James Cameron (parfois), Quentin Tarantino. Il y en des tas d'autres, que je ne connais que par leurs films.

11. Vos styles sont très différents. Dans le cas de Melvin le récit est conduit par une voix interne, souvent (comme dans JUNK) sous différents points de vue. Dans les livres de Bob, on voit souvent les choses d'un point de vue plus éloigné. Etes-vous conscient de cette différence dans votre travail ?
Je n'utilise pas toujours la voix intérieure. Je suis conscient que ces différentes techniques ont des usages différents. D'un point de vue personnel, je trouve cela facile de choisir une voix et de l'utiliser pour raconter une histoire - c'est un peu comme faire une imitation. Il y a une idée d'interprétation. Même si, bien sûr, j'écris tout seul, ça me plait, et j'aime la façon dont le point de vue change suivant les lieux et les personnes. Je pense qu'avec un point de vue détaché, on retrouve davantage l'idée de l'auteur qui conduit le récit, - comme si quelqu'un avait un certain contrôle sur le lecteur, alors qu'avec la première personne, je pense que le lecteur peut plus facilement juger par lui-même. C'est peut-être une illusion, mais si je sens qu'un personnage a quelque chose de puissant à dire, je veux qu'il le dise de sa propre voix, en partie pour lui donner plus de portée, et en partie parce que ça me permet d'avancer avec lui en tant qu'écrivain sans avoir à le juger.

12. En tant qu'écrivain pour de jeunes lecteurs, quels efforts faites-vous pour rester en contact avec la culture " jeune ", et pensez-vous que cela ne soit pas nécessaire ?
Eh bien j'ai 2 garçons, 13 et 15 ans, et je ne pense pas qu'ils passent autant de temps que ça à rester en contact avec la " culture jeune ". J'essaie d'être ouvert sur tout ce qui vient de la bonne façon au bon moment. Vous ne savez jamais ce qui va marcher - vous devez juste garder les yeux ouverts. C'est très amusant de trouver des idées intéressantes et de les amener dans un nouveau contexte, et c'est quelque chose avec quoi vous pouvez beaucoup vous amuser, au niveau de ce qu'on appelle " culture jeunes ". D'un autre côté, je ne pense pas que les livres marchent très bien s'ils essayent de capturer ce qui est "à la mode" en ce moment - ça a changé au moment où vous arrivez et de toute façon, les magazines et la télévision sont plus adaptés à ce genre de chose. Mais il y a beaucoup de talent, souvent dans des endroits innatendus, et j'essaie d'être préparé à piquer sans pitié tout ce qui pourrait me plaire.




13. Avez-vous vraiment envie d'un public de lecteurs adultes en plus du groupe de critiques, d'enseignants et de bibliothécaires qui lisent et aiment certainement vos livres ?
Vraiment envie, c'est un peu fort. Je suis très fier d'écrire pour de jeunes adultes pour tout un tas de raisons. Parce que c'est assez nouveau, il y a tellement de domaines qui n'ont jamais été explorés. Qui pourrait y résister ? Deuxièmement, le fait d'être un domaine qui est perçu par l'establishment du livre comme quelque chose de moins important, ou tout du moins pas aussi important que la vraie littérature convenable pour de vrais gens convenables et mûrs vous permet de vous amuser et de ne pas prendre la vie aussi sérieusement - ce qui est une bonne chose quand on travaille avec l'imagination. Ceci dit, je fait des livres pour des personnes plus âgées, et je sais que les adultes prennent vraiment du plaisir à les lire, et évidemment c'est toujours plaisant d'avoir davantage de personnes qui lisent vos ouvrages. Un jour, peut-être, je ferai un vrai livre pour adulte - quelque chose qui parlera d'élever un enfant, ou de devenir grand-père, si je vis suffisamment longtemps. Alors j'aurai vraiment envie d'un public adulte.

14. Y a-t-il dans la littérature de jeunesse des tabous que vous hésitez à briser ?
Je pense que j'ai déjà tout dit à ce propos...

15. Vous avez tous deux écrit récemment sur l'invisibilité, Melvin dans THE GHOST BEHIND THE WALL et Robert dans INVISIBLE. Qui a-t-il dans ce thème de l'invisibilité qui vous a poussé à écrire ces histoires ? Et croyez-vous aux fées?
Je ne considère pas Ghost comme un livre parlant de l'invisibilité. [ACHUKA: bien que le personnage principal ne devienne jamais réellement invisible, il reste pourtant caché à la vue pendant la majeure partie du livre...] Je pense qu'il parle surtout de 2 choses - la première, d'utiliser les fantômes comme imagerie. Qu'est-ce qu'un fantôme? L'idée que ce soit une sorte de mémoire m'a vraiment frappé la première fois que je l'ai entendu il y a des années, et l'idée de perdre une part de soi-même avec l'âge - mon oncle est décédé très récemment d'une crise cardiaque, après avoir souffert de la maladie d'Alzheimer pendant des années - m'a également beaucoup frappé. C'est comme quelqu'un qui perdrait sa personnalité, qui se perdrait " lui-même ", si vous voulez. Et le sujet c'était la "grande aventure" des fictions pour enfants - la mort. Depuis j'ai écrit un livre appelé An Angel for May, qui parle de la dépression (et qui devrait si tout va bien être adapté en film dans quelques mois) Je voulais parler de ce sujet, essayer d'en faire un livre passionnant - j'espère qu'il l'est. Et sinon, je ne crois pas aux fées.

16. Cette dernière question n'en est pas vraiment une, plutôt une invitation à dire quelque chose sur la façon dont vous pensez que la lecture aide les enfants ou les adolescents à comprendre le monde des adultes, à comprendre ce que c'est que grandir. The Ghost Behind The Wall est une étude fascinante de la vieillesse, tout comme, dans un registre plus léger, A WISH FOR WINGS. (Pour le personnage de Melvin le résultat est une perte de mémoire, alors que pour celui de Bob c'est une dépression suite à la mort d'un proche.)
En ce qui concerne Ghost, j'espère que ça aidera les lecteurs à comprendre certaines choses sur la fragilité des personnes âgées, et peut-être comment on peut arriver à accepter la mort - ce qui n'est pas évident à imaginer quand vous n'avez que 10 ans. Ces thèmes sont très liés à l'imagerie du fantôme, qui a finalement quelque chose à voir avec l'idée de soi. J'espère que le portrait de M Alveston est sympathique, et qu'il est pénétrant; mais l'imagerie du fantôme est certainement la partie la plus importante du livre, pour faire passer ces idées. Mon travail mis à part, je pense que l'idée de comment les livres peuvent transformer les gens, ce qu'ils font indiscutablement, est une question beaucoup plus difficile qu'il n'y paraisse. L'effet que les histoires peuvent avoir sur les gens est complexe et souvent mystérieux. Elles peuvent faire tellement de choses - fournir un refuge ou un aperçu, aider à comprendre, donner des directions pour évoluer ou juste passer quelques heures - voir même être ennuyeuses, au pire. Les histoires sont très profondément ancrées dans notre vie et notre culture, mais plus encore, je crois qu'elles font partie de l'être humain. Toutes les cultures et toutes les personnes ont des histoires. Les mythes et les religions sont nés à partir d'histoires, donc Dieu lui-même apparaît aux gens sous une forme narrative, avant d'apparaître en image. Nous relions nos passés, présents et futurs communs sous forme d'histoires. Je n'aime pas cette idée romantique du mystère, qui est souvent juste une excuse pour être obscur, mais je pense vraiment que les histories peuvent fournir un côté spirituel à nos vies, ce qui n'est pas évident à trouver. Sur le plan éducatif, bien sûr, les histoires ont toujours été utilisées comme illustration, ou comme moyen pour amener les gens à comprendre ou apercevoir, ou pour transmettre des informations et je suis sûr que les nouvelles continueront à être utilisées de cette façon. Mais je pense vraiment que l'une des plus grandes forces des nouvelles réside dans les qualités stylistiques, qui, peut-être, peuvent conduire le lecteur à s'identifier à des personnes ou des événements avec lesquels ils n'avaient pas réalisé avant combien ils avaient en commun, ou de voir des choses en eux-même dont ils ignoraient l'existence, ou même de sentir des éléments de la vie auxquels ils n'avaient même pas pensé. Bien qu'elles soient faites de mots, je pense que les histoires peuvent nous révéler des choses dans une forme pré-verbale - une pensée ou un sentiment avant que nous ne trouvions les mots pour l'exprimer. Quand je pense aux nouvelles qui ont eu un gros effet sur moi par le passé, comme Catch-22, ou Gormanghast, ou les mythes de Norse, ou The Wind in the Willows, je pense que je pourrais décrire ce qui me fascine et ce qui m'influence, mais les concepts s'écarteraient vraiment du programme scolaire.
La version originale de cet entretien sur Ahuka
Voir aussi : La biographie de Melvin Burgess sur Ricochet
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