Entretien avec Colin Thompson


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Mis en ligne en novembre 1999
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1. Future Eden, la nouvelle Internet à 300 mots par jour, qui ne cesse de progresser depuis le début de l'année, devrait être publiée, simultanément dans les 2 hémisphères, courant décembre. Avez-vous un moyen de comptabiliser le nombre de personnes qui se sont connectées quotidiennement ou moins souvent, pour suivre le développement de cette histoire ?

Oui. Les connections n'ont cessé d'augmenter et comme Simon & Schuster pour le Royaume-Uni viennent d'imprimer plus de 300 000 cartes postales faisant de la pub pour le site et pour le livre, les hits continuent d'augmenter. Je m'attendais à plus de hits pendant les week-ends, car je pensais que beaucoup de gens ne suivraient pas les épisodes quotidiens et préféreraient tout lire le week-end, mais ce n'a pas été le cas. Il y a finalement moins de connections le week-end que la semaine.


2. C'est certainement la première nouvelle pour enfant à être écrite de la sorte. C'est une énorme et courageuse entreprise de partager votre travail avec un public du monde entier dès ses premières étapes. Est-ce que les 300 mots quotidiens étaient directement tapés à l'ordinateur puis immédiatement envoyés sur le Net ?

Ce n'est pas réellement une nouvelle pour enfants - c'est destiné aux adultes de 13 jusqu'à la mort et même après. En fait je n'ai pas vraiment écrit 30 mots par jour. Quand j'ai commencé les épisodes en ligne, j'avais déjà écrit plusieurs milliers de mots.


3. En ce moment, et en attendant la publication de la nouvelle dans sa version définitive, vous avez supprimé les premiers chapitres dans leur forme originale, et vous avez envoyé les chapitres 1 à 3 révisés, comme ils seront dans le livre. Voyez-vous un intérêt à éventuellement renvoyer les épisodes originaux, afin que les lecteurs du livre imprimé puissent comparer les versions ?

Je suppose que cela serait possible si il y avait une demande dans ce sens. C 'est juste que la version internet était surtout un premier jet, quand je l'ai commencée, je ne savais absolument pas où j'allais ou ce qui allait se passer ensuite. C'est plein de contradictions et d'impasses qui ont du être revues pour le livre. Je n'ai pas d'objection à ce que les gens voient la première version, c'est juste que je suis plutôt inquiet que cela puisse leur ôter l'envie de lire l'ensemble.


4. C'est également un projet nouveau par d'autres aspects. C'est une nouvelle assez longue, pour des lecteurs plus vieux, comparée à vos fictions précédentes. On retrouve aussi, comme dans un certain nombre de nouvelles pour adolescents publiées récemment, une certaine vision d'une civilisation décadente, avec des arbres et de la végétation qui prennent l'ascendant dans des villes sous-peuplées, sans ressources et qui tombent en ruines. J'ai juste lu le début, mais est-ce que vous tenez cette vision d'une civilisation en pleine désintégration comme inévitable, ou est-ce que vous écrivez sur le sujet pour éviter que cela n'arrive ?

Eh bien, cela pourrait arriver. Souvenez-vous des dinosaures qui sont restés sur Terre bien plus longtemps que les humains ne l'ont jamais été !!


5. Revenons à l'un de vos précédents livres, The Paperbag Prince. L'un des attraits de votre travail réside dans les détails et votre description du dépôt d'ordure sur la première double page du livre, qui est typique de votre style plutôt " chargé ". C'est le genre d'illustration qui réclame une grande attention, et à chaque lecture l'étalage d'ordures se révèle de plus en plus surréaliste. Il y a un ongle vernis au bout d'un doigt isolé; une tasse de thé qui fume encore; un œuf sur le plat; une vieille auto-tamponneuse etc. Créez-vous ce genre d'illustration pièce par pièce, ou est-ce qu'elle est construite d'après une sorte de plan ?

En fait j'applique plutôt la méthode du 'ouais ça semble pas mal comme idée'. J'ai une vague idée de ce à quoi ressemblera l'ensemble, mais quand je réalise une image très détaillée, je n'ai en général pas la moindre idée de ce qu'il y aura dedans avant de la faire.


6. Le Paperbag Prince lui-même incarne les avantages du recyclage et votre site web révèle qu'une propriétaire qui recyclait les sacs en papier vous a inspiré. Est-ce que d'autres personnages vous ont inspiré des livres différents ?

En général, ce n'est pas une seule personne, mais plutôt des morceaux, des pièces de différentes personnes, souvent des gens dont je ne me rappelle même plus.


7. Sid the Mosquito and Other Wild Stories est l'un de vos derniers livres, et il est plutôt différent, dans ce sens qu'il est comme une collection de prose, de dessins et de poèmes, et les illustrations sont plus simples, d'un style plus traditionnel, noir et blanc. Quand vous avez commencé à écrire pour les enfants, était-ce le genre de livres que vous envisagiez d'écrire ?

Quand j'ai commencé à écrire et à illustrer, j'ai du apprendre à écrire, alors que j'ai toujours dessiné, depuis tout petit. Je me définis plus maintenant comme un écrivain qui illustre que l'inverse. J'aime vraiment faire les deux, mais je reconnais que j'en ai parfois marre de faire des images très détaillées. J'écris beaucoup plus que je n'illustre. J'écris également pour d'autres illustrateurs et je viens juste d'avoir un livre de poèmes sur les animaux publié en Australie (en Angleterre l'année prochaine).

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9. Dans votre plus récent album, The Last Alchemist, à part la double page dans le style de Escher, représentant la bibliothèque remplie d'escaliers, vous semblez avoir adopté un style plus coulant. Est-ce que cela a impliqué une nouvelle façon de travailler, de nouveaux matériaux ? Pas vraiment, je pense que j'utilise à peu près les mêmes matériaux que pour mes livres précédents, c'est juste que je suis plus entraîné, et, je l'espère, meilleur.


10. Sur votre site web, vous dîtes que vous travaillez sur une planche à dessin particulière. Pouvez-vous nous en dire plus, ainsi que sur votre matériel de travail en général ?

La planche sur laquelle je dessine est une planche CS10 et elle a une surface très dure qui me permet de dessiner et redessiner dessus sans abîmer la surface. La plupart des couleurs, à part les grands aplats viennent de stylos Tombow ABT (des feutres en 144 couleurs) et les stylos avec lesquels je dessine sont des Rotring 0.1mm avec de l'encre noire et de la grise que je mélange moi-même. Mes images sont beaucoup plus grandes à l'origine que celles imprimées dans mes livres.
NOUVELLES EXCLUSIVES - j'en suis au trois quart de mon prochain album - 'Falling Angels' et ensuite je pense dessiner le livre suivant sur l'ordinateur. J'ai pas mal essayé, expérimenté, et je trouve que je peux avoir plus de détails sur l'ordinateur, il n'y a pas de stylos qui se bouchent et je peux maintenant avoir des stylos avec plus de 16 millions de couleurs, avec toutes les tailles de plume que je veux. Je ferai une vague ébauche au crayon, je la scannerai et m'en servirai comme d'un guide pour dessiner mes images.


11. Parallèlement à Future Eden votre prochaine publication sera un recueil de poésie. Avez-vous commencé à écrire des poèmes avant de commencer à publier des livres pour enfants ?

Non, je commençais à écrire des poèmes quand j'ai écrit Sid The Mosquito. Je suis en train d'écrire un autre livre de poèmes qui fait suite au premier 'The Dog's Just Been sick in the Honda.' Le nouveau s'appelle 'I'll Show You Mine if You'll Show Me Yours'


12. Quand vous travailliez comme potier en Angleterre, aviez-vous la moindre idée que vous alliez devenir en l'an 2000 un auteur et illustrateur de livres pour enfants à grand succès, vivant dans l'autre hémisphère.

Non !


13. Pourquoi avez-vous déménagé en Australie, et est-ce que vous y négociez vos contrats plutôt qu'au Royaume-Uni ?

Un professeur/bibliothécaire d'une école de garçons de Sydney a acheté une exemplaire de mon livre 'Looking For Atlantis'. Un des garçons a demandé s'ils pourraient m'inviter dans leur école. Le professeur a répondu 'bien sûr, mais il vit en Angleterre, nous devrons lui acheter un billet d'avion.' Ils ont vendu des millions de barres chocolatées, ont récolté la somme nécessaire, et en Mars 1995 j'y suis allé pour 2 semaines. En Avril de l'année suivante, la professeur/bibliothécaire et moi nous sommes mariés. Je suis maintenant citoyen australien et je vis au paradis. J'ai d'ailleurs une question - pourquoi est-ce que autant de gens vivent dans des endroits où le temps est affreux une grande partie de l'année (le Royaume-Uni ?)
Actuellement, j'ai des contrats d'édition avec des éditeurs anglais - Random House/Simon & Schuster - ainsi qu'avec des éditeurs en Australie - Random House, Hodder Headline. J'espère pouvoir continuer ces collaboration.


14. Y a-t-il des auteurs ou illustrateurs australiens que vous souhaiteriez faire connaître aux lecteurs anglais?

Ils ont ce gars, Graeme Base, qui n'est pas mauvais du tout. Les illustrateurs avec lesquels j'ai travaillé ici sont tous excellents mais les éditeurs australiens semblent avoir du mal ces temps-ci à faire accepter leurs livres dans d'autres pays.


15. Quand reviendrez-vous au Royaume-Uni, et pensez-vous réitérer l'exercice d'écrire un livre en ligne?

Je ne sais pas quand je reviendrai au Royaume-Uni. Nous n'avons pas de plans bien définis pour le moment. Je suis en train d'écrire la deuxième année de 'Future Eden'. Je pense écrire à peu près 5 livres dans cette série. Je ne sais pas encore si je mettrai quotidiennement des épisodes sur le Net. Je penche plutôt pour une fois par semaine. Je travaille également sur une autre série de livres, 'Pepper Dreams', que j'aimerais assez mettre sur le Net également.


Voir aussi : La version originale de cet entretien sur Achuka
Voir aussi : La biographie de Colin Thompson sur Ricochet
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