Entretien avec Julia Donaldson


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Mis en ligne en octobre 2001
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1. Comment en êtes-vous venu à écrire des "albums à rimes" ?

J'ai commencé par écrire des chansons que je chantais dans les rues, puis dans les cabarets, clubs, événements pour enfants etc.; cela m'a conduit à travailler pour la télévision comme compositeur; une de mes chansons a été adaptée en livre, ce qui m'a conduit à l'écriture de livres, puis à intervenir en tant qu'auteur, ce qui dans un sens est assez semblable à jouer de la musique dans la rue. J'ai écrit deux comédies musicales, - KING GRUNT'S CAKE et PIRATE ON THE PIER - jouées par des adultes pour des enfants, ainsi que de nombreuses petites pièces pour les écoles. J'ai également commencé à écrire des chansons pour accompagner mes livres : THE GRUFFALO SONG était un livre de le Journée Mondiale du Livre cette année (2001), et la chanson ROOM ON THE BROOM le sera l'année prochaine.


2. Comment en êtes-vous venu à faire équipe avec Axel Scheffler?

Nous avons tous deux été sous contrat avec Methuen il y a 10 ans. Axel a illustré mon premier livre, A SQUASH AND A SQUEEZE, qui à la base était une chanson.


3. On dit parfois que les éditeurs sont réticents à mettre des textes à rimes dans les albums, à cause des problèmes de traduction et des répercussions que cela peut avoir sur les ventes internationales. Avez-vous au départ rencontré des réticences pour votre Gruffalo?

Non, et il a été traduit dans une vingtaine de langues ! Je crois que beaucoup de traducteurs aiment le challenge de traduire des rimes ou des vers, bien qu'il y en ait toujours, - notamment les Français - qui le traduise en prose.



4. Les enfants sont visiblement réceptifs à la fois aux rimes et aux répétitions. Ces dernières, en particulier, doivent être finement utilisées. S'il y en a trop, les phrases répétées perdent de leur impact; trop peu, et le enfants ne font pas le lien. Est-ce que le juste milieu se trouve de façon instinctive, ou en essayant les différentes versions sur différents publics ?

Instinctivement. J'ai commencé à écrire des chansons environ 20 ans avant d'écrire des livres, et je pense que cela joue. Je crois vraiment que la répétition doit être tempérée par la variété. Je me souviens que, quand j'étais enfant, je détestais ces histoires ennuyeuses, du style "Et la poule continua son chemin, elle rencontra un mouton, et elle dit au mouton, 'As-tu vu mon oeuf?' et le mouton répondit ,'Non.' Alors elle continua son chemin et rencontra une vache, et elle dit à la vache, 'As-tu vu mon oeuf?' et la vache répondit 'Non'" etc. etc.



5. A quel moment votre illustrateur voit-il le texte ?

Quand j'ai fini de l'écrire. Axel est vraiment conscient que c'est comme cela que les choses doivent se faire, en laissant à chaque artiste un maximum de liberté. Il n'est pas toujours sur mon dos quand j'écris et je ne suis pas toujours sur le sien quand il illustre. (D'ailleurs ce ne serait pas évident, vu qu'il habite à Londres et moi à Glasgow.)



6. Pouvez-vous nous donner des exemples de la façon dont le travail graphique a influencé la version finale ?

Non, parce que comme je vous l'ai dit, je termine l'écriture avant qu'Alex ne commence à dessiner. Mais dans un cas, - pour les 4 albums Acorn Wood (FOX'S SOCKS, POSTMAN BEAR, RABBIT'S NAP et HIDE AND SEEK PIG) - j'ai eu des instructions assez précises de la part de Macmillan afin d'écrire des histoires où les animaux portent des vêtements. Je pense que c'est parce que Axel voulait au départ que le Gruffalo, la souris etc..., en portent, mais son idée a été rejetée!


7. Laissez-vous l'agencement de la dernière page aux designers, ou est-ce que vous créez votre livre en ayant une idée précise de l'emplacement définitif des illustrations pleine-page ?

Je crois que Axel collabore avec le rédacteur et le designer de Macmillan; je n'ai pas grand-chose à dire là-dessus.


8. Dans 'Room On The Broom', saviez-vous dès le début que la sorcière et son chat allait être rejoint par un chien, un oiseau et une grenouille ?

Je savais qu'elle prendrait plein d'auto-stopeurs, mais dans un certain sens, la rime décidait qui cela devait être. Pour un album je travaille toujours l'intrigue avant de commencer, alors que la nouvelle pour adolescent que je suis en train d'écrire change au fur et à mesure.


9. Le moment où le chat et ses nouveaux compagnons surgissent tous ensemble sous les traits d’une horrible bête et font fuir le méchant dragon a du être difficile à illustrer pour Axel Sheffler. Vous a-t-il demandé d’y repenser?

Non. En fait, ce que Axel a trouvé le moins évident à illustrer dans ce livre, c’était les cieux orageux. Il m’a envoyé une carte postale en disant "Si tu écris un autre livre pour enfant et que tu veux que je l’illustre, arrange-toi pour que le ciel soit bleu et ensoleillé."



10. Quelle est votre illustration préférée dans ce nouveau livre ?

Je crois que ce doit être celle dont vous venez de parler, lorsque la sorcière est prisonnière du dragon, lequel se recroqueville à la vue des animaux déguisés en une bête effrayante.


11. Que pouvez-vous nous dire à propos de Dinosaur's Diary, qui doit sortir en Avril 2002?

C’est tout en prose! Et, pour moi, c’est long! (10 000 mots.) Ca parle d’un petit dinosaure timide que d’autres dinosaures plus grands et plus méchants empêchent de fonder une famille, jusqu’à ce qu’elle mette le pied dans une flaque mystérieuse qui change tout. Il doit paraître chez Puffin au printemps, avec de superbes illustrations de Debbie Boon.



12. Est-ce que vous et Axel Sheffler travaillez déjà à une autre collaboration?

Oui. Il vient juste de terminer d'illustrer THE SMARTEST GIANT IN TOWN (que Macmillan publiera l'automne prochain), et je suis presque sure qu'il illustrera également THE SNAIL AND THE WHALE que j'ai écrit un peu plus tôt dans l'année. J'écris également pour d'autres illustrateurs d'albums : Harry Horse doit illustrer ONE TED FALLS OUT OF BED, qui est plutôt pour les plus jeunes enfants ; Joel Stewart, qui a gagné le prix d'illustration Macmillan, travaille sur THE MAGIC PAINTBRUSH; Lucy Richards vient juste de terminer les splendides images de NIGHT MONKEY DAY MONKEY, et Nick Sharratt doit illustrer CONJUROR COW. Mais ma collaboration avec Axel reste particulièrement importante pour moi.



13. Quelle est votre approche de l'écriture des vers d'un album ? Est-ce que vous vous asseyez derrière un ordinateur, à une certaine heure, ou attendez vous l'inspiration ?

Je dois attendre l'inspiration, et cela prend souvent un an ou deux pour qu'une idée arrive à maturité. Alors seulement je peux m'assoir et écrire - mais j'utilise un cahier et un stylo avant de passer à l'ordinateur. Je dois faire tout un tas d'essais et de modifications avant d'être satisfaite avec le rythme et la rime, - et griffonner semble aider, ce que vous ne pouvez pas vraiment faire sur un ordinateur.



14. Y a-t-il des textes à rimes d'autres auteurs que vous admirez particulièrement ? Est-ce que ce genre de livre était important pour vous lorsque vous étiez enfant ?

Quand j'avais 5 ans ma grand-mère m'a présenté THE BOOK OF A THOUSAND POEMS et c'est le cadeau le plus influent que j'ai jamais reçu. J'aimais beaucoup les poèmes en vers quand j'étais enfant - particulièrement A.A. Milne and Eleanor Farjeon. (Elle vit près de chez moi à Hampstead et je me suis astucieusement présenté à elle quand j'avais 9 ans en apportant un panier de fruits du Harvest Festival provenant de l'école. Elle m'a toujours envoyé des cartes de Noël avec des poèmes à l'intérieur après cela.) Je suis devenu accro à Shakespeare quand j'ai eu 12 ans et j'ai doublé les fées dans une production Old Vic de A MIDSUMMER NIGHT'S DREAM. Je connaissais la pièce par coeur et j'ai vraiment énervé ma famille en la citant constamment.



15. Un grand nombre d'albums ont été publiés cette année. Quelles qualités essentielles un album doit-il avoir pour sortir du lot ?

De l'originalité, ça semble évident. Ce que j'ai toujours recherché quand je choisissais des livres pour mes enfants, c'était une bonne histoire, de préférence avec quelques vérités sous-jacentes (bien que je déteste que ce soit trop moralisateur), avec un rebondissement intelligent dans la fin, un langage vivant et des images qui, tout en étant frappantes au premier regard, révèlent de nouvelles choses à chaque lecture. ça fait beaucoup!
Voir aussi : La biographie de Julia Donaldson sur Ricochet
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