Entretien avec Claude Merle


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Mis en ligne en janvier 2008
ACTIVITÉ
Une seule : l'écriture. Tout ce que j'ai réalisé, au cours de ma vie, gravitait autour d'elle. Mes études littéraires (comme vous) à Aix, le métier d'enseignant (parallèlement, j'étais directeur de la collection « Histoire du Sud », spécialisée dans l'histoire de la Provence et du Languedoc) ; celui de journaliste, celui de créateur publicitaire enfin. J'ai toujours écrit, depuis l'âge de douze ans, et dans tous les domaines. Pour communiquer mon expérience, j'avais créé un atelier d'écriture à Aix-en-Provence, une belle aventure. J'habite maintenant Paris. J'ai conservé le même rythme de travail : je commence à 5 heures du matin et m'arrête la plupart du temps à 17 heures, 7 jours sur 7. Cela représente, en décomptant les intermèdes, de huit à dix heures de travail, selon les jours.

PRODUCTION
Le terme est un peu péjoratif, mais je l'accepte. Pour vivre de l'écriture, il faut « produire » : des livres, des scénarios, des articles. Sur les 120 livres que j'ai écrits, plus de cent ont été publiés sous mon nom et trois pseudos : David Hudson, Patrick Bruno et Renaud Paris. Par 7 éditeurs : Hachette, Bayard, Plon, Trévise, Autrement, Palette et Intervista (Luc Besson). La grande majorité de mes romans est destinée à la jeunesse, un public que j'aime : spontané, sincère, passionné.

HÉRÉDITÉ
Dans ma famille, depuis six générations, il y a toujours eu un écrivain, parfois plusieurs. Écrire est considéré comme un signe de noblesse. Mon père a été un grand journaliste. Mon grand-père, un romancier. Mon arrière grand-père, ami de Lamartine, un poète, connu à l'époque, bien oublié aujourd'hui. Mon fils est scénariste. Depuis mon enfance, on m'a encouragé à écrire, corrigé, critiqué, rendu plus exigeant à l'égard d'un don qui peut conduire à la facilité.

DÉBUT
Mon premier livre (j'avais douze ans !) était un roman de science fiction. J'étais féru du genre (Matheson, Bradbury, K. Dick, Asimov, Herbert). Je racontais l'histoire d'une petite fille dont on avait effacé la mémoire parce qu'on avait prédit qu'elle révolutionnerait un jour un empire galactique dirigé par un tyran sanguinaire.
Mon premier livre publié (j'avais vingt-deux ans) était beaucoup plus sérieux. C'était un essai historique sur la société féodale face à la religion cathare : « La Politique Occitane d'Innocent 3 »)

PARUTION
Mon dernier livre ? J'en écris plusieurs à la fois. De 5 à 6 par an. En 2008 vont paraître :
Le Tueur aux Dents de Tigre, chez Intervista. Troisième roman historique de la série des « Chroniques Noires ». L'action se déroule au XIIIe siècle dans la Chine des Song.
Vercingétorix et Lancelot, deux ouvrages dans la série des « Grands Mythes de l'Histoire » (Bayard)
Le Seigneur aux Mains Rouges, histoire d'un seigneur brigand dans l'Auvergne du XIIe siècle (Bayard).
Storm, la suite de Dark et de Poisons, chez Hachette. Un groupe de jeunes scientifiques surdoués se révolte contre les prédateurs de la planète. Plusieurs romans sur le sport Rencontre de Choc, Match au sommet (Qui se déroule au Mexique). Un Alexandre le Grand que je viens de terminer, et une vie d'Ulysse, que je vais commencer.

ENSEIGNER
J'imagine que l'enseignement de l'histoire et l'écriture romanesque de l'histoire procédaient du même goût de faire partager mes connaissances. Mes cours passionnaient mes étudiants. Mes livres y parviennent, sauf exception. Ils tendent à un équilibre entre une recherche rigoureuse et une écriture libérée, dépouillée, toute en dialogues et en images. Mes « Chroniques Noires », par exemple, sont racontées au présent comme des polars.

COLLABORATION
Je suis un solitaire impénitent, incapable de travailler en équipe aussi bien pour la recherche que pour la rédaction de mes ouvrages. Les livres que j'ai co-écrits, en particulier les manuels d'histoire publiés chez Autrement (Les grands Explorateurs, le Haut Moyen-Age, La Grèce de Mycènes à Alexandre, Croisades et Féodalité, l'Histoire de l'Eau) ne sont pas de vraies collaborations, mais un partage de compétences, chaque auteur travaillant sur une période en toute indépendance.
L'expérience m'a prouvé qu'un auteur de romans historiques doit avoir une connaissance approfondie de la période qu'il a choisie pour cadre. Sinon, il lui sera difficile de refléter avec un certain réalisme la vie quotidienne d'un Gaulois, d'un Franc ou d'un Carolingien. (Salammbô est un livre génial, mais son Carthage est factice).

MYTHOLOGIE
Quand j'étais jeune, je vivais avec les dieux. Hermès, Héphaïstos et Athéna étaient mes préférés, ainsi que les très cruelles Perséphone et Aphrodite. Je suis sensible à la poésie et à l'humour de la religion grecque.
Comparées à elle, les religions monothéistes d'aujourd'hui sont tellement sinistres ! Vous avez peut-être lu L'Aigle et le Feu et La Reine des Enfers. J'aurais volontiers continué avec les
aventures d'Aphrodite, le sort réservé à ses rivales, comme Psyché. Mais (contrats obligent) j'ai dû m'élever vers d'autres cieux !

ECLECTISME
C'est un péché, je le confesse. Je suis un touche-à-tout comme vous me le faites cruellement remarquer.
C'est que tout m'intéresse : l'histoire, le roman, la poésie, la littérature japonaise le théâtre, le cinéma, l'opéra, le jazz, le rock, la danse, la peinture abstraite, la métaphysique, les religions, la science, le surnaturel, la sorcellerie, les drogues, le foot, les séries américaines, HBO surtout : Rome, Deadwood.
Tous ces sujets m'inspirent à condition que les lecteurs me pardonnent mes excès d'imagination.

STYLE
Caméléon. Entre Dark, L'Age de Sang, Les chiens, Le Clan des Assassins, Le Chevalier du Vent et Fin de Rêve, la musique des mots, leur chair et leurs couleurs sont différentes parce que les sujets l'exigent, et que je ne m'adresse pas aux mêmes lecteurs.

EN COURS
Je travaille actuellement sur trois projets : la nouvelle mise en scène d'un roman pour adultes Silences et Soupirs, dont l'action se situe à Marseille pendant la deuxième guerre mondiale, une histoire d'Attila, dans les grands Mythes de l'Histoire (Bayard), et un roman fantastique, L'Aigle des Brumes.

MES GOÛTS
Mon romancier favori : Stendhal.
Mon poète préféré : Nerval
Mes influences : Dumas, Perez Reverte, HBO (les séries américaines superbement écrites)
Mon livre de chevet : les poésies de Catherine Pozzi
Le livre qui m'a marqué (à 14 ans) : Le Grand Meaulnes.
Ma comédienne préférée : Audrey Hepburn. On la retrouve à des nuances près dans onze de mes romans.
Son portrait le plus fidèle est celui de Lia, dans Dark.
Ma chanson préférée : Solitude de Duke Ellington chantée par Billie Holiday.

Propos recueillis par Gaelle Cottrelle,étudiante Licence professionnelle « Métiers de l’édition », IUT Paris Descartes, promotion 2007-2008
Voir aussi : La biographie de Claude Merle sur Ricochet
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