Entretien avec Sylvie Poillevé


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Mis en ligne en octobre 2003

Entretien Sylvie Poillevé


Sylvie Poillevé vient de publier Rien qu'un méchant loup! (chez Père Castor Flammarion), une histoire gentiment parodique pour les 3-6 ans. Elle nous parle de son plaisir d'inventer des histoires et de trouver les mots justes pour les tout petits, un public qui l'inspire beaucoup.



Ricochet : Votre dernier album, Rien qu'un méchant loup!, est encore une histoire de loup. Visiblement, ce personnage vous inspire… (en 2002, vous aviez reçu un prix pour Le plus féroce des loups)
Sylvie Poillevé : Il est vrai que je trouve le loup fascinant et plus fascinante encore l'image qui en a été transmise de générations en générations - celle d'un animal sauvage et dangereux - : " Prends garde au loup, au grand méchant loup qui va te manger ! ". J'aime bousculer les mots… et les idées reçues ! Doit-on se fier aux apparences ? Le méchant est-il toujours celui qu'on croit ? Ou celui que l'on montre du doigt ? A force d'idées reçues sur l'autre, lui laisse t-on la possibilité d'être différent ?… J'aime que l'on puisse s'amuser avec mes histoires, mais si elles peuvent aider aussi à réfléchir, c'est bien. Réfléchir, cela aide à grandir, même quand on est déjà grand !

Ricochet : Ce qu'on aime dans vos albums, ce sont les détournements de grands classiques de la littérature enfantine (Les trois petits cochons par exemple, dans votre dernier livre), et les retournements de situation qui prennent le lecteur par surprise. Une bonne "chute", dans un album, est-elle la clé de la réussite?
Sylvie Poillevé : Je ne crois pas qu'il n'y ait qu'une seule clé de la réussite dans un livre. Un retournement de situation, une bonne chute sont évidemment importants, mais le rythme, le choix des mots, l'illustration, la typographie, le format, la présentation, et tous les messages sous-jacents provocant questions et discussions, forment un tout indissociable contribuant au succès d'un album. Un livre, cela se fait à plusieurs, et avec plusieurs ingrédients !

Ricochet : Vous avez travaillé avec plusieurs illustrateurs (Olivier Tallec, Myriam Mollier, Hervé Le Goff, Gérard Franquin…). Est-ce toujours vous qui faites appel à eux, ou est-ce plutôt un choix de l'éditeur?
Sylvie Poillevé : Jusqu'à présent, ce sont toujours mes éditeurs qui ont choisi les illustrateurs. Je pense que c'est mieux ainsi, car ils en connaissent énormément et savent par expérience créer un mariage harmonieux entre les textes et les illustrations. Publiée depuis trois ans, je ne connais pas encore beaucoup de monde dans le milieu de l'édition. Je sais que certains auteurs connus travaillent en binôme avec des illustrateurs pour certains de leurs ouvrages. Peut-être que cela m'arrivera un jour. Pourquoi pas !…


Ricochet : Vous avez plusieurs cordes à votre arc puisque vous écrivez aussi des poèmes, des comptines, des récits publiés dans des magazines, et cela toujours pour un public de 3 à 6 ans, est-ce le seul âge qui vous inspire?
Sylvie Poillevé : Mes enfants, qui auront bientôt 8 et 10 ans m'ont dit récemment qu'ils aimaient beaucoup mes histoires mais que " ce serait super si je pouvais aussi en écrire un peu comme celles de Harry Potter, par exemple " ! Pour le moment en tous cas, je ne sais pas faire ! Je ne crois même pas que ce soit une question d'inspiration mais plutôt de style d'écriture. Vous me dites que j'ai plusieurs cordes à mon arc, en fait je n'en ai qu'une ! (Vous me direz, c'est déjà ça !) J'écris effectivement des comptines et des poésies pour les 3-6 ans, mais pour moi les histoires pour petits s'écrivent dans ce style là où la musique des mots, le plaisir des répétitions, un bon rythme… sont importants.

Ricochet : Quel parcours vous a amené à écrire pour les enfants ?
Sylvie Poillevé : Enceinte de mon deuxième enfant en 1996, j'ai pris le temps de réfléchir à ce qui était important pour moi et à ce que j'aimais par-dessus tout : la poésie, la musique des mots, les spectacles, la danse… J'ai alors pensé que le milieu des conteurs pourrait me correspondre. J'ai donc suivi une formation de conteuse pour raconter des histoires aux adultes, puis je me suis passionnée pour les tout petits. En 1997, j'ai commencé à réadapter des contes pour les 2-5 ans, puis à écrire des histoires que je contais avec une amie dans les jardins d'enfants. Mais, deux ans après, cette amie quittait Paris. Je n'avais pas très envie de continuer à raconter seule, car ce que j'aimais dans ces spectacles, c'était l'échange. Je n'ai jamais pensé un seul instant que je pourrais être publiée : j'appartenais au monde oral et non à celui de l'écrit. Plusieurs personnes autour de moi m'ont conseillé d'envoyer mes histoires aux maisons d'éditions. Au début, j'ai essayé discrètement dans des magazines et puis en 2000, j'ai tout envoyé ! Mes premiers livres sont sortis chez Père Castor-Flammarion en 2001… Je ne les remercierai jamais assez d'avoir donné sa chance à une illustre inconnue !

Ricochet : Quel genre d'histoires aimiez-vous, petite ?
Sylvie Poillevé : J'ai lu beaucoup de poésies. J'adorais ça ! Pour moi, c'était magique ! Comme des histoires, elles m'entraînaient dans un monde imaginaire. J'ai toujours eu le goût des mots qui sonnent bien entre eux, qui " font beau " ! Cela m'a toujours fait rêver ! Sinon, j'ai aimé les séries " Club des Cinq ", " Heidi ", ainsi que les contes de Grimm et du monde entier. Toutes ces histoires me permettaient de m'évader avec des personnages qui avaient une vie bien différente de la mienne.


Ricochet : Sur votre très beau site Internet, réalisé par votre mari Renaud, on peut en savoir plus sur vos publications et votre actualité. L'outil informatique est-il aujourd'hui un élément important dans les relations entre un auteur et ses lecteurs ?
Sylvie Poillevé : Le site est une vitrine qui me permet d'établir un dialogue, des contacts personnels, avec des mères de familles, des enseignants, en France mais aussi au Canada, en Belgique, en Grêce... Si j'avais un peu plus de temps, je souhaiterais avoir un site plus interactif comme celui d' Agnès Bertron (un auteur que j'admire beaucoup), pour échanger avec des enfants ! En attendant, cet outil informatique me permet une certaine reconnaissance, et de récolter quelques encouragements, bien agréables pour un auteur. Je suis lue par des milliers de parents ou d'enseignants, et d'enfants aussi, mais le métier d'auteur est bien solitaire ! Et puis, sans ce site, m'auriez-vous contactée ?!…

Ricochet : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos prochains albums ?
Sylvie Poillevé : Après chaque histoire écrite je crois que c'est la dernière ! Il est assez difficile de vivre deux vies parallèles qui ne se croisent jamais. Mon métier d'attachée de presse me prend beaucoup de temps et de ressources. Mais comme j'aime les chansons, les rythmes, les poèmes, les comptines et les expressions parlées, il se trouve toujours une petite source d'inspiration pour relancer une nouvelle histoire. J'aime les histoires où l'on pourra puiser ce que l'on veut : la musique des mots, le plaisir des répétitions, un moment de jeu, de surprise et pourquoi pas un petit message à méditer… J'ai deux nouveaux albums qui sortent d'ici quelques jours (15 octobre) et qui font partie d'une nouvelle collection chez Père Castor-Flammarion, s'appelant " histoires de grandir " et mettant en avant les moments forts de la vie des petits. Je suis ravie de participer à cette collection qui me fait écrire sur des sujets que je n'aurais jamais osé aborder (la séparation, l'amour, la mort…).
Sinon, à la même date, et toujours chez Flammarion, va paraître une histoire rigolote de sorcière car c'est un personnage qui m'amuse beaucoup ! Et après ?… Au secours ! Vais-je pouvoir dérouler une nouvelle pelote et tirer le fil de l'histoire ?…. (à suivre…)


Le site internet de Sylvie Poillevé

Voir aussi : La biographie de Sylvie Poillevé sur Ricochet
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