Entretien avec Gilles Fontaine


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Mis en ligne en décembre 2003

Entretien Gilles Fontaine




Gilles Fontaine est le tout récent lauréat du Prix du Polar jeunesse, décerné par le Salon du polar de Montigny-lès-Cormeilles pour son premier roman, "Durango" (Nathan). Les discussions furent passionnées au sein du jury, auquel Ricochet participait*, et finalement, c'est ce roman atypique, envoûtant, à l'intrigue savamment construite, qui nous a séduits.
Gilles Fontaine nous livre ses premières impressions d'auteur comblé et nous en dit plus sur ce roman entre polar et road-movie, avec des incursions du côté du surnaturel…




Ricochet - Vous venez de recevoir le Prix du polar jeunesse, décerné par le Salon du polar de Montigny-lès-Cormeilles, pour votre roman " Durango " (Nathan). Que représente ce prix, pour vous ?
Gilles Fontaine - Une certaine reconnaissance de la qualité de mon livre, bien entendu, le plaisir de savoir qu'il a été lu - et discuté ! - un encouragement à persévérer !

Ricochet - Certains romans de la sélection ont-ils retenu votre attention ? Si vous aviez été membre du jury, pour lequel auriez-vous voté ? (en dehors du vôtre !)
Gilles Fontaine - Je n'ai malheureusement pu en lire aucun. Peut-être " A fond de train ", au vu du thème…

Ricochet - " Durango " est votre premier roman publié, mais avez-vous écrit d'autres textes pour la jeunesse ?
Gilles Fontaine - Oui, " La Survivante ", le premier tome d'une trilogie (" Un nouveau monde ") paru en novembre dernier chez Magnard, ainsi que " Les deux vies de Clara Melville ", un texte qui paraîtra en janvier 2004 chez Nathan.

Ricochet - Les membres du jury se sont beaucoup interrogés sur la notion de genre, sur les critères du " polar ". En quoi " Durango " est-il un polar, d'après vous, et en quoi n'en est-il pas un ?
Gilles Fontaine - Le suspense, l'importance accordée au dénouement final, une opposition entre un personnage poursuivi et ses poursuivants peuvent relever du genre " polar ". Mais ces éléments constituent surtout une technique de narration, davantage que l'enjeu de l'histoire elle-même. Pour moi Durango est une sorte de double road-movie, celui du père et celui du fils !

Ricochet - Le thème de la parapsychologie est présent tout au long du roman, en toile de fond (le personnage principal, " Laïos ", a régulièrement des visions qui viennent toutes à se réaliser). En quoi ce thème constitue-t-il un bon ressort romanesque ?
Gilles Fontaine - Nourri en partie par les Comics de Marvel qui paraissaient en France dans Strange au début des années soixante-dix, j'ai toujours été attiré par le thème de la malédiction que peut représenter un don apparemment extraordinaire. Cette force qui est aussi une faiblesse fournit u n contraste intéressant.

Ricochet - Le domaine de la parapsychologie vous intéresse-t-il, à titre personnel ?
Gilles Fontaine - Oui, mais uniquement comme ressort romanesque ou parabole. Je suis profondément sceptique sur toutes las manifestations surnaturelles.

Ricochet - Par certains aspects, le centre dirigé par Maxime Brain, dans lequel Laïos a séjourné, comme d'autres " Sensitifs ", a quelque chose à voir avec une secte, mais ce n'est pas si évident que cela… Qu'en pensez-vous ?
Gilles Fontaine - C'est une ambiguïté que certains lecteurs adultes ont relevé. In fine, le personnage de Maxime Brain me semble présenter quelques qualités morales qui font la différence. Mais j'assume cette zone de flou…

Ricochet - Le récit est très bien construit, avec une partie intermédiaire consacrée à l'enquête du fils qui nous dévoile, rétrospectivement, l'histoire de Laïos. Vous distillez les indices de façon très efficace (comme dans un bon polar !), jusqu'aux retrouvailles du père et du fils. Etait-ce une priorité pour vous de soigner la structure du roman ?
Gilles Fontaine - Oui, mon idée était dès l'origine de construire deux histoires en apparence indépendantes qui se rejoignaient à la fin du livre. L'idée d'une cassure au milieu du livre, et du commencement d'une deuxième histoire était un pari. Cette rupture a d'ailleurs pu dérouter les lecteurs les plus jeunes.

Ricochet - La fin du roman est troublante pour le lecteur, sans la dévoiler complètement, on peut dire qu'on ne s'attend pas à retrouver Laïos et son fils là où on les retrouve : est-ce un échec ? ou l'assurance d'une vie en sécurité ?… Quelles réactions aimeriez-vous susciter chez le lecteur, avec cette fin ouverte ?
Gilles Fontaine - Ni un échec, ni l'assurance d'une vie en sécurité, simplement une pause dans leurs deux trajectoires, le temps pour le père et le fils de se retrouver…La fin est ouverte, parce que le livre clôt un épisode de la vie de mes personnages, mais ne la conclut pas.

Ricochet - Avez-vous d'autres romans en préparation ?
Gilles Fontaine - Outre Les deux vies de Clara Melville, dont j'ai déjà parlé, je viens de terminer un manuscrit, " La forêt des Brumes " une aventure qui se déroule à Bornéo, également destinée aux adolescents. J'ai également écrit un polar adulte, " Les automates ", en lecture chez quelques éditeurs.


Rappel de la sélection :
Durango de Gilles Fontaine (Nathan)
Rocambole et le spectre de Kerloven de Michel Honaker (Gallimard jeunesse)
La Bête noire du tueur de Chantal Laborde (Magnard jeunesse)
A fond de train de François Librini (Magnard jeunesse)
Djamila de Jean Molla (Grasset jeunesse)
Ni Chien ni maître de Christian Neels (Syros jeunesse / Rat noir)
Le Carnet disparu de Marie-Agnès Vermande-Lherm (Bayard jeunesse)

Voir aussi : La biographie de Gilles Fontaine sur Ricochet
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