Entretien avec Didier Dufresne


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Mis en ligne en juillet 2005
Auteur d'une soixantaine d'ouvrages ( albums, petits romans et documentaires ), Didier Dufresne se consacre depuis 1995 à l'écriture pour la jeunesse. D'abord instituteur puis directeur d'école à Chambolle-Musigny, il a commencé par inventer des histoires pour ses élèves. Puis un jour, il se met à les envoyer aux éditeurs. Son premier livre, Max le zappeur, sortira en 1992 chez Mango. Les autres suivent rapidement. Depuis, cet auteur prolifique vit de son écriture, anime des ateliers d'écriture et rencontre son public dans les classes. Il collabore avec de nombreux éditeurs et écrit pour des magazines de presse ( Milan, Bayard, Averbode). " Les petites vies Apolline", les séries " Je suis comme cela" ou encore "La famille Dubulot"," Mais... tu marches !", "Le pinceau magique", " "Le supplice des 24 bisous", ou dernièrement "Polo veut monter devant", cela vous dit quelque chose ? Rencontre avec Didier Dufresne, un raconteur d'histoires passionné par les enfants.




Ricochet : Aux éditions du Sorbier, vous venez de signer " Polo veut monter devant", le premier tome d'une série autour de Polo, un hippopotame. Comment est né le projet ?
Didier Dufresne : Disons-le tout de suite, je ne suis pas à l'initiative du projet. J'ai reçu un jour un synopsis de Franck Spengler et des images de Jacques-Henri Tournadre sur un petit personnage : Polo. Ils mont donné carte blanche pour écrire les textes. C'est donc un travail d'adaptation que j'ai fait avec plaisir et intérêt. Je précise que l'on m'appelle souvent pour ce type de travail et que c'est une des facettes du métier que je revendique et j'adore.

Ricochet : Jacques-Henri Tournadre, un illustrateur issu de la bande dessinée a mis en image votre histoire. Vous êtes-vous rencontré ? Que pensez-vous de ces illustrations ?
Didier Dufresne : J'espère croiser un jour Jacques-Henri. Nous ne rencontrons hélas pas souvent, ou alors de façon fortuite, les illustrateurs avec lesquels nous collaborons. Ce qui ne m'a pas empêché d'être séduit par le dynamisme de ses images et le côté attachant de ses personnages.

Ricochet : Comment va évoluer Polo dans les prochains albums ? Va-t-on le suivre dans ses apprentissages ?
Didier Dufresne : Dans le prochain album à paraître, " Polo ne veut pas se lever ", notre hippopotame s'oppose à ses parents. Mais son côté positif prend vite le pas sur la bouderie.
Dans mon esprit, Polo est parfois têtu, souvent grognon mais jamais exaspérant. On devrait donc le suivre dans tout ce qui fait une vie d'enfant.



Ricochet : Pensiez-vous un jour écrire pour les enfants ? Comment avez-vous débuté ?
Didier Dufresne : J'ai toujours été un raconteur d'histoires. J'en inventais pour mes élèves. Ce n'est que plus tard, dans les années 90, que j'ai pensé à envoyer mes textes par la poste aux éditeurs. Textes souvent inaboutis et pas assez travaillés… Il a fallu l'œil exercé de Didier Baraud, alors directeur littéraire de la toute jeune maison Mango, pour y trouver l'esquisse d'un premier livre. C'est grâce à lui que mon premier titre est paru. Et donc qu'il y en a eu depuis pas mal d'autres…

Ricochet : Vous avez été instituteur pendant de nombreuses années puis directeur à Chambolle-Musigny jusqu'en 1995. Ces expériences ont-elles influencé votre travail ?
Didier Dufresne : Cela ne fait aucun doute. Après en avoir été un moi-même, j'ai vécu au milieu d'enfants dès que j'ai été adulte. Je connais donc bien ce monde. Ça m'a empêché de grandir et c'est peut-être là ma chance.
Cette expérience m'aide, j'espère, à trouver les mots justes, à adapter mon niveau de langage sans tomber dans l'appauvrissement et surtout à m'adresser aux enfants comme à des êtres intelligents.

Ricochet : Vous êtes le papa d'Apolline, une petite héroïne née en 2001. Pouvez-vous nous la présenter...
Didier Dufresne : Il faut avant tout parler de la maman, car c'est Armelle qui a créé cette petite fille aux couettes dressées sur la tête. Je l'ai découverte par hasard parmi d'autres crayonnés (pas Armelle, la petite fille !). Je lui ai trouvé un prénom, Apolline, j'ai écrit des synopsis, Armelle a réalisé deux maquettes que nous avons présentées chez Mango. Ils ont été tout de suite séduits. Et les lecteurs aussi…
Le secret d'Apolline, c'est peut-être qu'enfants et parents se reconnaissent dans ses histoires. Avec Armelle, on puise dans nos souvenirs d'enfants et de parents. On essaie de donner, avec un peu de poésie et d'humour, de l'intérêt au quotidien.

Ricochet : Vous travaillez pour cette série avec Armelle Modéré. Comment se passe votre collaboration ?
Didier Dufresne : C'est une vraie collaboration. On décide tout ensemble, parfois même, dans les phases préparatoires, Armelle écrit et moi je crayonne ! Il ne faut pas d'ailleurs oublier une troisième personne, Marion de Rouvray, qui est à la fois notre directrice artistique et littéraire chez Mango pour la série " Apolline ". Tous les trois, on se complète et on se comprend.

Ricochet : Des imagiers, deux collections : "Les petites vies d'Apolline" et plus récemment "Les grands jours d'Apolline". Autour de quels aspects va se développer cette nouvelle collection ?
Didier Dufresne : Un livre tissu pour les tout petits va sortir. On pense aussi à étoffer les petites vies " (14 titres déjà, mais encore des pistes…). Et bien sûr, d'autres " Grands jours d'Apolline ", car toute nouvelle expérience est pour notre héroïne un grand jour.


Ricochet : Votre écrivez principalement pour les enfants en dessous de 10 ans, est-ce difficile de satisfaire un petit lecteur ? A quoi faut-il être attentif ?
Didier Dufresne : Satisfaire un petit lecteur me semble facile, le faire intelligemment beaucoup plus ardu. C'est ce à quoi j'essaie de parvenir, avec sans doute plus ou moins de succès.
Les limites du vocabulaire sont une contrainte qui m'oblige à beaucoup travailler les textes. Je m'efforce aussi de ne pas faire de démagogie, d'être léger et humble.

Ricochet : Quelle place tient l'humour dans vos albums ?
Didier Dufresne : Grande, j'espère, car j'essaie d'avoir aussi de l'humour dans la vie. C'est un plaisir de faire rire le lecteur, ou plutôt de le faire sourire, ce qui me semble plus fin.
Mais je suis un clown triste et nostalgique. Les textes dont je suis le plus fier (comme " La tête à l'envers ", toujours chez Mango…) ne sont pas drôles du tout.

Ricochet : Chez Mango, la collection " Je suis comme cela" sur les petits complexes des enfants fait l'objet d'une réimpression. On retrouve plusieurs titres que vous aviez signés avec Agathe Hennig. (Eliot zozote, Josué n'arrête pas de bégayer, Chloé ne fait que loucher, Ophélie est étourdie,...). Qu'est-ce qui vous a plu dans ce projet de collection ?
Didier Dufresne : De belles images, de vraies histoires, un texte court et rythmé… Et avec tout ça, l'amorce d'une réflexion sans proposer de solution…


Ricochet : Y a-t-il des thèmes que vous aimez particulièrement traiter ?
Didier Dufresne : Je suis un touche à tout : albums, romans, documentaires, adaptations, livre-jeux, presse enfantine… dans des thèmes plus que variés.
Ce que je ne ferais pas, en revanche, ce serait écrire sur des thèmes de société pour lesquels je n'aurais aucune compétence ou expérience personnelle.

Ricochet : Vous faites partie de la Charte des Auteurs et Illustrateurs et à ce titre, vous animez des ateliers d'écriture et vous rencontrez les enfants dans les classes. Comment l'abordez-vous, et que retirez-vous de ces échanges ?
Didier Dufresne : Lors des nombreux ateliers d'écriture que j'anime, j'essaie d'oublier que j'ai été longtemps instituteur (et j'y arrive de mieux en mieux !). Je me mets au service des enfants et je les fais écrire le plus possible, me contentant de mettre en valeur leur production. Ce sont eux qui écrivent…

Ricochet : Quel(s) livre(s) dans votre production vous rend particulièrement fier ou vous laisse un souvenir particulier ?
Didier Dufresne : Les histoires vraies : " Mon papa à lunettes " et " Le supplice des 24 bisous " chez Flammarion, " La tête à l'envers" chez Mango. J'aime les gens simples, je suis content d'avoir montré que, souvent, ils sont des gens merveilleux.

Ricochet : Quels sont les auteurs pour lesquels vous avez de l'admiration ?
Didier Dufresne : Parlons des auteurs jeunesse (une fois n'est pas coutume !). Ceux qui allient les qualités humaines à leur talent d'écriture. Ceux-là, je ne les admire pas, je les aime. Bonjour à Guy, aux trois Christian(s), Marie-Hélène et Jacques, Danielle et Alain, Jo et tous ceux que j'oublie.

Ricochet : Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la littérature de jeunesse ?
Didier Dufresne : Pas vraiment optimiste ! Frilosité de certains éditeurs, droits souvent misérables, mépris de l'auteur parfois, dérive mercantile…
Vraiment optimiste ! Projet qui aboutit, rencontre d'un lecteur enthousiaste, sentiment d'être écouté, confiance d'un éditeur…
C'est selon les jours, les conversations au téléphone et l'épaisseur des chèques. C'est comme ça, comme la vie, avec des hauts et des bas… Mais j'ai choisi et je ne regrette rien.

Ricochet : Quels conseils donneriez-vous à un auteur débutant ?
Didier Dufresne : Je constate avec horreur qu'il existe énormément de jeunes auteurs qui sont bourrés de talent. Je leur conseille donc d'attendre que je sois très très vieux pour envoyer leurs textes aux éditeurs. Qu'ils me laissent une chance de publier encore…
Pour être un peu sérieux, je leur dirais : restez simple, ne vous prenez pas au sérieux mais n'ayez peur de rien. Et faites confiance à La Poste (publicité gratuite) pour envoyer vos textes.

Ricochet : Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
Didier Dufresne : Un projet de série avec Armelle Modéré, encore des " Apolline ", un carnet de voyage au Vietnam avec Bruno Pilorget chez Mango , un récit pendant l'exode de 1940, Polo (la suite…), des textes pour la presse et deux ou trois projets d'albums qu'il me tient à cœur de finaliser…
Pas de quoi chômer, je suis déjà en retard. Alors je vous laisse et j'y retourne !

Voir aussi : La biographie de Didier Dufresne sur Ricochet
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