Entretien avec Evelyne Brisou-Pellen


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A l’occasion de la sortie de « La Tribu de Celtill » chez Rageot, Pascale Pineau a rencontré Evelyne Brisou-Pellen. Auteur multiforme, créatrice de Garin Trousseboeuf, le jeune scribe, Evelyne Brisou-Pellen privilégie le roman historique. Les époques lointaines ou imaginaires l'inspirent davantage. L’occasion de lui en demander plus sur son écriture…
Mis en ligne en septembre 2005

Ricochet : Avec " La Tribu de Celtill " (Rageot), abordez-vous pour la première fois l'époque gallo-romaine ?
Evelyne Brisou-Pellen : Pas tout à fait. Une de mes précédentes histoires se déroule au moment de l'invasion romaine. Mais un siècle sépare quand même " Le Défi des druides " de la quadrilogie " La Tribu de Celtill ", qui démarre avec " Le jour où le ciel a parlé ". Le second tome suivra en octobre.

Ricochet : Qu'est-ce qui est à l'origine de cette nouvelle histoire et en général qu'est-ce qui déclenche l'écriture chez vous ?
Evelyne Brisou-Pellen : C'est la curiosité, l'envie d'être surprise, de découvrir ce que je ne connais pas, ce qui est loin de moi, de mon quotidien. Pour " La Tribu de Celtill ", c'est parti de quelque chose de concret. J'ai acheté une maison entre Lannion et Morlaix, au bord de la Lieu de Grève, sur le trajet d'une ancienne voie romaine. Et là, j'ai eu l'occasion de visiter d'anciens thermes, dans un lieu privé. C'était tellement beau que j'ai eu envie de faire revivre un tel endroit et d'en savoir plus. J'aime créer une ambiance, pour moi c'est aussi important que l'histoire.
D' un côté, il y a l'envie d'écrire et de l'autre, l'envie de mieux connaître des moments de l'Histoire. Le plaisir de la recherche est aussi essentiel que le travail d'écriture qui suit. Au départ, je n'ai absolument rien, je ne sais pas de quoi je vais parler, qui je vais mettre en scène. Les personnages naissent au fur et à mesure des informations que j'arrive à glaner.


Ricochet : La recherche n'intervient donc pas dans un second temps pour compléter et peaufiner vos histoires, les rendre plus crédibles ?
Evelyne Brisou-Pellen : Absolument pas. J'aime que mes histoires jaillissent de mes recherches.

Ricochet : Les héros de vos livres sont assez souvent des garçons ? Est-ce un choix, ou plus facile pour vous ?
Evelyne Brisou-Pellen : En fait, c'est lié aux époques que je décris. C'est ce qui est arrivé avec Garin par exemple, ou plus récemment avec Celtill. Mes héros ne pourraient pas faire tout ce qu'ils font -voyager, enquêter, travailler, etc.- s'ils n'étaient pas des garçons.


Ricochet : Les personnages n'ont guère de famille, les mères ne sont pas très présentes. Pourquoi selon vous ?
Evelyne Brisou-Pellen : Sans remonter très loin dans le passé, il faut bien dire que les enfants entraient vite dans la vie active et se trouvaient éloignés de leurs parents. Et puis un personnage qui se retrouve tout seul, a plus de force. Son histoire est plus intéressante.

Ricochet : Comment voyez-vous Garin Trousseboeuf, le jeune scribe ? Qu'est-ce qu'il représente pour vous ? La série va-t-elle encore compter de nombreux titres ?
Evelyne Brisou-Pellen : Garin, c'est celui que j'aurais bien aimé être. Il arrive à faire plein de choses, il est courageux même s'il n'en a pas vraiment l'impression. Il est droit, a une conscience aiguisée, un besoin de justice. C'est l'optimisme même, la recherche de la vérité. J'ai encore plein d'idées pour Garin que j'aimerais emmener dans différents coins de France. Au départ, il n'était pas question de faire une série et puis le personnage a plu. Les histoires que j'imagine à présent s'intercalent dans les autres aventures déjà relatées.


Ricochet : Est-ce que la crainte de vous tromper dans les faits, la vie d'autrefois, vous tracasse beaucoup ?
Evelyne Brisou-Pellen : Oui énormément, car j'ai toujours un souci de vérité, c'est pourquoi je prends du temps pour mes recherches, parfois plusieurs jours pour un petit détail. Je m'appuie beaucoup sur le travail de spécialistes, je croise les informations…Même si je me dis que le lecteur ne s'arrêtera pas sur tel ou tel élément, je sais qu'en étant rigoureuse cela va renforcer la crédibilité, et cela le lecteur le sent en général très bien. Il y a quelques années, je n'aurais pas écrit La Tribu de Celtill. On dispose de trop peu d'éléments sur la vie des Gaulois. Mais au bout de 30 ans de romans historiques, on sent davantage les choses, on distingue plus facilement les informations sûres de celles qui le sont moins.

Ricochet : Pourquoi un tel goût pour les romans historiques ?
Evelyne Brisou-Pellen : J'ai besoin d'histoires qui me fassent rêver. Je suis un écrivain de l'ailleurs. Le monde contemporain n'est pas une source d'inspiration pour moi. Les questions de société, les problèmes des jeunes…il y a des auteurs pour écrire cela, moi, je n'en fais pas partie. Pour moi, ce n'est pas assez exaltant. Les époques lointaines ou imaginaires m'inspirent davantage.

Ricochet : Avez-vous envie d'écrire utile, de mettre en lumière une époque mal connue ?
Evelyne Brisou-Pellen : Absolument pas. Ecrire, c'est tout d'abord : me faire plaisir. Ensuite le roman est entre les mains du lecteur, qui se l'approprie, y trouve et découvre différentes choses, en imagine d'autres…Le livre ne m'appartient plus à ce stade-là. Mais en ce qui me concerne, c'est avant tout une écriture plaisir. Je n'ai pas d'arrière-pensée.

Ricochet : Avez-vous parfois envie d'écrire des textes qui s'adressent plus particulièrement aux adultes ?
Evelyne Brisou-Pellen : Un des mes livres - De l'autre côté du ciel - se situe entre deux mondes et finalement il a été publié en jeunesse, mais il s'adresse à tous, comme d'ailleurs l'ensemble de mes livres. Ceci dit, je mets en scène des héros qui ont une douzaine d'années. Cela me vient très naturellement. Je pense qu'on a chacun un âge intérieur. Pour moi, c'est 12 ans. C'est le moment où l'on découvre le monde, où l'on commence à avoir une réflexion sur ce qui nous entoure et puis on a encore une certaine fraîcheur…

Ricochet : Si vous n'étiez pas écrivain, vous vous verriez bien en quoi ?
Evelyne Brisou-Pellen : …Je n'ai aucune réponse à vous proposer. L'écriture occupe aujourd'hui tout mon temps, c'est comme une drogue.


Ricochet : Vous rencontrez assez souvent vos lecteurs, allez dans les classes… Percevez-vous des répercussions sur votre travail d'écriture ?
Evelyne Brisou-Pellen : J'essaie de me protéger, de rester en retrait. Il ne faut pas se laisser divertir par l'imaginaire des autres, mais garder sa liberté d'esprit. Ce qui n'empêche pas une vraie rencontre. Seulement je limite les interventions.

Ricochet : Lisez-vous beaucoup aujourd'hui ? Quels auteurs ont marqué votre jeunesse ?
Evelyne Brisou-Pellen : Je consacre pas mal de temps à la lecture. Je lis surtout des auteurs étrangers, anglais, latino-américains…Très souvent je ne choisis pas mes lectures, quelqu'un qui connaît un peu mes goûts et mes exigences au niveau de l'écriture le fait pour moi. Une façon de découvrir des auteurs, d'être toujours surprise. Les premiers auteurs qui m'ont marquée, ce sont Maupassant et Victor Hugo. L'un pour son écriture ramassée, efficace, le côté insolite et mystérieux de ses récits ; le second pour ses poèmes épiques.

Propos recueillis par Pascale Pineau

Voir aussi : La biographie de Evelyne Brisou-Pellen sur Ricochet
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