Notre invité : Olivier Balez


A 10 ans, Olivier Balez rêvait d' être marchand de journaux pour pouvoir lire ses magazines préférés. Aujourd'hui à 34 ans, il travaille dans un atelier d'illustrateurs, part en voyage dès qu’il peut. Son triangle des Bermudes se situe entre le jazz, le polar et la poésie. Après des études de graphisme à l’école Estienne, il suit des cours au National College of Art and Design à Dublin. Il réalise de nombreuses couvertures chez divers éditeurs jeunesse. Son travail sera marqué par la rencontre avec Thierry Lenain avec qui il réalise Wahid chez Albin Michel. Depuis, ce graphiste exigeant a fait naître de ses pinceaux des carnets de voyages, des expositions, des bandes dessinées et poursuit son travail en jeunesse chez plusieurs éditeurs tout en allant à la rencontre des enfants. Entrons découvrir ce qui anime ce bourlingueur et créateur d’images jouant sur le contraste des couleurs.
- A quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ?
Pas un héros en particulier, mais les seconds rôles en général. Celui qui accompagne, celui qui reste dans l’ombre du personnage principal, celui qui regarde pendant que l’autre agit. Bref, le témoin d’histoires incroyables dont il peut se faire l’écho plus tard sur papier.

- Quelle utopie seriez-vous prêt(e) à défendre ?
Que les hommes puissent un jour se réconcilier et vivre en paix.



- A part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d'être ?
A 10 ans, je voulais être marchand de journaux pour pouvoir lire mes magazines préférés et tous ceux que je ne pouvais pas m’offrir.

- Où écrivez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ?
Je travaille dans un atelier avec d’autres illustrateurs, mais pour me concentrer sur une nouvelle histoire, j’aime bien me trouver ailleurs. Cela va de la table de ma cuisine où tombe un joli rayon de soleil à la terrasse d’un café, même bruyante. Je ne demande rien d’autre qu’une table et une chaise.

- Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?
L’enthousiasme. Il est, paraît-il, très communicatif.

- Quel (s) genre(s) de livre(s) vous tombe(nt) des mains ?
Ceux qui commencent par de trop longues descriptions détaillées et anecdotiques dès les premières lignes.

- Que redoutiez-vous enfant ?
Apprendre à skier avec des gens que je ne connaissais pas.

-Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?
Parfois, je fais appel à la nature pour retrouver un équilibre. Mes êtres imaginaires seraient alors le bruit du vent dans les feuilles, la couleur de la mer, l’odeur d’un sous- bois… ou un lever de soleil.



- Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s'il vous arrivait d'en croiser un ?
Cela dépend du moment de la journée… Le matin, je lui conseillerais un bon jus de fruit. S’il est midi, je lui cuisine une bonne ratatouille avec de l’huile de noix riche en oméga 3. Enfin, le soir, je lui déconseille la viande humaine trop lourde à digérer la nuit.

- Qu'avez-vous conservé de l'enfance ?
Le plaisir de se raconter des histoires, de s’oublier des heures durant en griffonnant des pages.

- Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?
Il paraît que des gens en cravate issus d’écoles de commerce ont de très bonnes théories là-dessus… Il faudrait leur demander, ils sont souvent très sûrs d’eux.

- Quel qualificatif vous colle à la peau ?
Sympa.

- Quelle est la meilleure phrase qu'un enfant vous ait dite ?
Avec un nom comme le mien, j’en collectionne des phrases ! Mais j’ai le souvenir qu’un jour, après une intervention en école primaire, un garçon de 8 ans m’a dit qu’il aimerait faire un stage chez moi.

- Quelle est votre définition du bonheur ?
Le bonheur est fait de choses simples mais il faut savoir y travailler.

- Si vous aviez la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?
Rien. Si, peut-être que j’aurais essayé de passer mon permis de conduire plus rapidement. Je l’ai eu à 28 ans, au bout d’un an d’apprentissage et au troisième passage de l’examen !!!!



- Enfant, quel genre de lecteur étiez-vous ?
Petit, je lisais beaucoup de BD. Mes parents me laissaient à la bibliothèque municipale pendant qu’ils faisaient des courses. C’est ainsi que j’ai lu tous les « classiques » : Astérix, les Schtroumpfs, Lucky Luke etc. Et j’ai commencé à lire des romans vers 13-14 ans avec le collège ; d’abord des histoires qui faisaient peur (des Stephen King…) et puis d’autres qui faisaient peur (Zola : la bête humaine.)

- Vis-à-vis de quoi vous sentez-vous impuissant ?
Les maladies.

- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?
Rencontrons-nous et vous verrez quel genre d’animal je suis.

- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?
Bourlinguer



- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?
Mes livres.


Vos livres
- Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ?
« Un jour, j’arrêterai la guerre » de Thierry Lenain et « C’est la jungle » de Ben Kemoun, sortis tous deux chez Nathan.

- Le(s) livre(s) dans votre production dont vous êtes particulièrement fier ou qui vous laisse(nt) un souvenir particulier
« Wahid » de Thierry Lenain chez Albin Michel, sans conteste. Un mois de travail sur un livre qui continue de me plaire. Il y a une magie entre l’auteur, l’éditeur et l’illustrateur qui rejaillit sur les lecteurs.
J’en suis émerveillé à chaque présentation du livre. D’autre part, il m’est souvent difficile de revoir mes propres illustrations. Mais ce livre reste mon préféré. Mon vœu est de le voir durer encore et de pouvoir le trouver en langue arabe en Algérie !



- Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?
L’amour et les changements de cap

- D'où est né votre premier livre/ illustration ?
De la rencontre avec Jean-Bernard Pouy, créateur du poulpe, personnage de littérature policière destiné aux adultes. Ce fut mes débuts comme illustrateur dans Libération et une ouverture vers d’autres belles rencontres. Pour moi, écrire des histoires, c’est d’abord des rencontres.



- Quel livre en littérature de jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre ?
Il y en a beaucoup ! Mais cette année par exemple, j’ai beaucoup aimé « Les lapins savent compter » de Bruno Heitz..

- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
Une Bande dessinée pour adulte chez Casterman écrite avec Pascale Fonteneau.
Un roman illustré chez Milan et écrit par Hubert Ben Kemoun
Et un formidable projet de collection avec Thierry Lenain avec qui j’aime beaucoup travailler.

- Où et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?
J’espère au bord de la mer, penché sur une table et toujours un crayon à la main…

Références

Littérature de jeunesse
- Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petit ?
Le ciel bleu illustré de ses nuages blancs…

- Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ?
J’essaie de puiser ailleurs que dans le milieu dans lequel je traîne… Je me tourne volontiers vers la peinture, ou les affiches du début du siècle. J’aime les références graphiques (interventions typo) dans le travail de Basquiat, ses couleurs ou celles d’Andy Warhol, ou encore le travail de simplification des affiches de Tom Purvis

- Quels sont vos livres "coups de cœur", les "incontournables" en littérature de jeunesse ?
Difficile de faire un choix dans la profusion de livres qui sortent depuis plus de 15 ans !… Je crois que je n’ai pas de livre incontournable ; plutôt des « livres-rencontre » qui vous parlent à un moment précis de votre vie. Et ceux-là, je ne les trouve pas en littérature jeunesse.



Culture
- Un film, une photo/illustration qui vous touche ?
« Rusty James » de Francis Ford Coppola, adapté d’un roman de Susan Hinton intitulé « Rumble Fish » : j’en suis dingue !

- Un musicien 
Piazzola

- Un lieu où vous aimeriez vivre
L’Amérique latine… j’y vais bientôt !

- Une phrase (une devise) qui vous guide

Une chanson/poème de Whitman :
Pieds sûrs, cœur léger, j'attaque la piste ouverte
Je suis libre, en bonne santé, le monde est devant moi
La longue piste brune s'étire où je veux qu'elle me conduise
A partir d'aujourd'hui , je n'attends plus la bonne fortune, la bonne fortune,
c'est moi !
J'ai fini de me plaindre, de tergiverser, j'ai fini d'avoir besoin de ceci ou cela,
sans faiblesse ni grief, j'avance  à découvert sur la piste.

Actualité
- Vos dernières (bonnes) lectures ?
Une biographie sur Le Clezio, écrivain que je découvre au fur et à mesure avec grand intérêt

- Un site (sur les techniques graphiques, un auteur-illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature... ) que vous souhaitez recommander ?
Coconino-world.com un site fabuleux et d’une richesse sans fin pour découvrir d’anciens et de nouveaux illustrateurs !! A voir absolument.




Voir aussi :

Olivier Balez sur Ricochet
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