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Quand les animaux sauvages auront disparu

Par
Christophe Gallaz
Nous éliminons les espèces animales - de quoi nous faire oublier l'aventure du monde, la nôtre inscrite en elle et le jeu de nos dépendances organiques et culturelles.

Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître, nous serons gavés par la certitude de notre puissance, nous aurons rendu celle-ci machinale en nous, nous saurons que nous pouvons tout détruire, nous imaginerons que nous pouvons tout reconstruire, nous nous percevrons comme les gérants faîtiers de la mort et de la résurrection, nous nous estimerons capables d'inventer un monde enfin conforme à nos vœux, nous nous penserons comme des dieux dans l'abîme de la destruction que nous aurons ouvert.

Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître à la surface de la planète, nous aurons validé la conquête et la possession matérielles comme des pratiques indiscutables, comme notre normalité, comme notre caractéristique utile et comme notre territoire intime, celui qui contient tout le passé de nos ancêtres, celui qui contient tout l'avenir de nos descendants et celui qui contient tout notre présent, où s'enracinent toutes nos valeurs, tous nos désirs et toutes nos lois, et dont nul ne saurait s'écarter.

Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître à la surface de la planète, nous aurons oublié que la vie repose sur l'accord liant chacune de ses formes à ses voisines, nous aurons oublié que chacune de ces formes est la condition d'un ensemble, nous aurons oublié que cet ensemble est l'image du rapport qui nous attache à nos congénères, nous nous serons désintéressés de l'Autre, nous l'aurons accablé d'irrespect, nous l'aurons écrasé, nous l'aurons nié, nous aurons dévasté ceux qui sont les nôtres.

Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître à la surface de la planète, la notion de frères inférieurs nous manquera tant que nous choisirons ces derniers au sein de notre propre espèce, parmi les étrangers de passeport, parmi les représentants du sexe opposé, parmi les représentants du même sexe, dans nos communautés urbaines, dans notre voisinage professionnel, dans notre famille, et que nous tiendrons ces frères inférieurs en laisse, que nous les utiliserons comme des bêtes de somme, que nous les asservirons comme des chameaux, et que nous jouirons de les voir ramper dans la misère de leur existence quotidienne.

Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître à la surface de la planète, nous ne saurons plus pourquoi nous élever au-dessus de nous-mêmes, nous ne saurons plus pourquoi nous instruire d'un autre langage que le nôtre, nous ne saurons plus pourquoi le principe de la nuance est précieux, nous n'émettrons plus que des injonctions, nous ne réagirons plus qu'à des ordres, nous n'attacherons plus de prix à la discussion, nous aurons récusé l'idéal de la Cité, nous aurons aboli la démocratie, nous roterons l'ordre et la police.

Quand les animaux sauvages auront fini de s'éteindre à la surface de la planète, nous serons dans l'inconscience de la mort en général et de la nôtre personnelle en particulier, nous éprouverons des terreurs que nous ne désignerons plus, nous exalterons l'instant comme si c'était la durée, comme si c'était le devenir, comme si c'était l'héritage, comme si c'était la connaissance, comme si c'était l'éternité.

Déjà s'observe en Europe le trafic d'innombrables humains maltraités comme des bestiaux, et d'innombrables bestiaux maltraités comme ces humains. Les moutons et les chevaux qui partent chaque matin de Pologne ou de Hongrie par camions entassés pour se faire abattre en Espagne croisent en route des voitures chargées d'humains lancés dans leur exil croisant à leur tour des omnibus chargés d'humains expulsés des nations prospères — les uns enfoncés dans leur absence d'espoir et les autres mourant de soif au bout de leur licol, les uns filtrés par les administrations officielles et les autres battus à coup de fouet, fondus dans une seule masse de douleur.
Christophe Gallaz est chroniqueur au Matin Dimanche, Libération et le Monde. Il est aussi l'auteur de "Le Rêve de l'Arbre" illustré par J.Cl. Gotting, chez Gallimard Jeunesse.
Crédit illustrations :
Illustration de Claude Lapointe. Couverture de La fameuse Invasion de la Sicile par les Ours de Dino Buzzatti (folio)
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