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Réflexions en marge de l'annonce d'un Prix Nobel de littérature

Par
Janine Despinette
De Pablo Neruda (1971) à J.M.G.Le Clézio (2008)

L'annonce du PRIX NOBEL de LITTERATURE décerné par le Jury de l'Académie royale de Suède à l'écrivain français J.M.G. Le CLEZIO, le jeudi 9 octobre 2008 faite entre un flash sur la crise financière mondiale et un écho des débats politiques des candidats à la présidence des USA, est sans doute déjà oubliée. Dans la presse, les journalistes de la page « Culture » traitant le sujet dans une mise en forme biographique passe partout, s'intéressant plus à l'écrivain qu'à ses livres, ont classé son oeuvre littéraire (faite quand même d'une quarantaine de titres publiés chez plusieurs éditeurs) dans la catégorie « Littérature-Monde ». Belle formule médiatique et évidente, je le reconnais, le professeur universitaire Le Clézien, né en 1940 à Nice, vivant à Nice la moitié de l'année mais par hérédité familiale à la fois breton, picard et mauricien, donc de double nationalité franco-anglais souvent en poste à l'étranger, essayiste autant que romancier est un savant intellectuel qui fait souvent partager à ses lecteurs sa passion pour les cultures et les gens d'Ailleurs rencontrés dans ses voyages.

Mais l'écrivain J.M.G. LE ClEZIO « nobélisé » par les membres de l'Académie Royale de Suède étant aussi l'auteur du « Procès-verbal » (1963), de « Lullaby » (1970), de « Désert » (1980), de « Celui qui n'avait jamais vu la Mer » (1982) de « La ronde et autres Faits divers » (1985), de « L'africain » (2004), de « Ritournelle de la faim » (2008), la critique spécialisée que je suis, pense qu'il pourrait être juste dans les pages de LIBER de reconnaître aussi, en LE CLEZIO, le plus attentif des analystes contemporains du mal de vivre des enfants et des adolescents cherchant leur place au milieu des remous d'instabilité sociale, actuels, et que nous lecteurs, nous découvrons par lui, PLANETAIRES... Et qu'il serait juste, encore, de ne pas négliger l'influence subtile de ses récits publiés en « édition jeunesse » : tous ses livres, depuis leur première édition, sont constamment réédités. Il n'est pas fréquent, en France et même ailleurs, de retrouver un PRIX NOBEL en ce secteur de l'Edition. Le poète chilien PABLO NERUDA, Prix Nobel en 1971, avec son « LIVRE DES QUESTIONS »… nombre infini de poèmes dédiés à chaque personne, animal, minéral ou chose peuplant l'Univers impressionnant (publié en France par Gallimard, imprimé en Italie par Grafica Veneta) faisait jusqu'alors figure d'exception. La distinction de l'Académie suédoise attribuée à l'ensemble de l'oeuvre de J.M.G. LE CLEZIO fait soudain s'établir un rapprochement et fera peut-être relire certaines « observations » du Français comme un prolongement des « Questions » du Chilien, ce Testament poétique où le regard surpris de l'enfant cohabite aussi avec celui de l'Homme sage. Neruda questionnait, Le Clezio, fils d'un médecin de Brousse,… qui voyage depuis l'enfance d'un continent à un autre et prend des notes sur tout ce qui l'intrigue depuis qu'il sait écrire, a observé et observe que la NATURE est de plus en plus ce que les Hommes en font...

Depuis « Le Procès-verbal» son premier livre publié en 1963 par Gallimard, alors qu'il n'a que 23 ans et pour lequel il reçoit d'emblée le Prix Renaudot.II essaye d'attirer l'attention à la fois sur le tout proche et le lointain.nous aidant à trouver notre place dans l'Univers parce que cette recherche est avant tout, la sienne propre évoluant avec le Temps, certes, mais de livre en livre toujours en constantes relations intergénérationnelles dans les questionnements. En 1981, 1e Jury de l'association LOISIRS-JEUNES avait fait de « Lullaby » le « meilleur livre de l'année » dans la catégorie « Grand Texte » mentionnant que ce portrait d'adolescente en quête de son identité était ciselé par Le Clezio de son écriture la plus lumineuse, la plus chaleureuse, la plus subtilement sensuelle.
Par lui est venue dans la littérature francophone une certaine idée de liberté de réfléchir avec des mots neufs sur un pavsage, sur une histoire, sur des mots,...ou sur des images. Et une liberté d'écriture qui apparaît, semble-t-il, parfois aux professeurs de littérature, peu en phase avec une approche scolaire de la « Littérature », même si certains de ses livres, tels « Lullaby » ou « Celui qui n’avait jamais vu la mer » sont pourtant désormais inclus dans les programmes du Cycle 3 du Ministère de l’Education Nationale.

Il est vrai que cette manière « leclezienne » de lire la VIE en menant une forme de monologue qui implique le lecteur sur notre devenir d’humain quel que soit son niveau de lecture, adulte ou enfant peut être au premier abord, déroutant. Mais son implication, à lui, JMG LE CLEZIO, dans le thème qui le faut réagir et écrire, une manière d'écrire, son style atteignent, d'évidence, un Public attentif puisque ses livres sont sans cesse réédités en « folio » ou en « poche », attirant aussi, même, parfois l'attention d'artistes illustrateurs comme Georges Lemoine ou Henri Galeron qui, en faisant alors des « livres d'artiste » nous conduisent encore plus à la rêverie, toutes générations confondues.

Depuis 1963, tout adolescent français aimant la Littérature même hors programme scolaire a lu au moins un LE CLEZIO comme il a plongé dans un recueil de poèmes de RIMBAUD.

En terminant la lecture du roman d'Emmanuel Arnaud « Une saison Rimbaud » que viennent de publier les éditions du Rouergue m'est venu à l'esprit que cette « saison » de la vie d'un adolescent d'aujourd'hui pourrait devoir autant à des réminiscences de « celui qui voulait voir la Mer » qu'à une « illumination » rimbaldienne. Les échos volontaires ou involontaires de rêveries de « lectures lecleziennes » sur la vie d'aujourd'hui chez des auteurs « nouvelle génération », s'imposent à mon attention,souvent, presque toujours à la base d'une vraie création littéraire quelle qu'en soit la forme. Même dans une forme brève, chaque idée, chaque mot, chaque esquisse de dessin sont chargés de sens. Beatrice Alemagna écrit dans « Che cos'é un bambino » un bambino e una persona picola. Ma E piccolo per un po, poi diventa grande.. Et, alors comme dans « Omega et l'ourse » (paru aux éditions du Panama en septembre 2008), les jeunes lecteurs peuvent passer du Temps des effrois dans la Rêverie au Temps de l’attendrissement nostalgique.

Dans tous les romans ou nouvelles de Le Clezio, il ya, à un moment, un avion qui passe dans le ciel et un enfant qui regarde passer « cette forme visuelle de liberté au-delà des nuages... »
Publié sous la houlette de François David par les éditions Motus « Le chien qui aimait les avions » de Delphine Canadinhas, est un monologue d'un chien de berger surveillant à la fois son troupeau en montagne et le passage d'un avion de ligne, plutôt inattendu mais qui, comme « Le soleil meurt dans un brin d'herbe » montage de mises en scène de photographies sur des poèmes d'une ligne de Jean River réfléchissant sur la mort d'un oiseau rappelle la beauté précaire d'être « vivant » dans la Nature...

Publié par Thierry Magnier, il y a «Les prédateurs » d'Antoine Guillopé en blanc sur noir, sans paroles, mais provocante et efficace approche de la Lutte pour la VIE la nuit dans nos jardins.

Publié par les éditions du Rouergue, il y a « Le Maître de Tout » dans lequel Bart Moeyaert et Katrien Matthys fabulistes et manipulateurs du noir en blanc en imprimerie, eux aussi, s'interrogent et nous interrogent sur les peurs ancestrales animales et humaines.

Publié par les éditions Grandir il y a « Le dernier Iceberg » dans lequel Nicolas Bianco Levrin, lui n'hésite pas à imaginer même la revanche de la NATURE, sur l'homme trempant sa plume dans l'encre la plus agressivement noire, aussi. Constamment, on retrouve l'angoisse existentielle de LE CLEZIO face aux fragilités et aux fêlures de nos sociétés.

En écho à « LA RONDE ET AUTRES FAITS DIVERS » et au tout dernier « RITOURNELLE DE LA FAIM » on a cette année même, encore: « On ne jette pas les bisous à la poubelle » un album dans lequel Cathy Dutruch et Amandine Grandcolas, entremêlant texte et Illustrations, entremêlent aussi les thèmes de l'amour et de l'écologie urbaine (Publié par la Maison de Léna).

Et dans la même invitation à nous interroger, nous lecteurs, sur notre manière de regarder les êtres et les choses qui nous entourent le « Raspoutine » de Guillaume Gueraud et Marc Daniaud (publié par les éditions du Rouergue) révèle à quel point peuvent s'entremêler, pour nous, constamment, nos perceptions de la solitude de ceux que l'on croise, nos subversives interrogations sur la vie en général, et celle des sans-abris mis en marge de la société de consommation.

Le Salon du livre et de la Presse jeunesse, à Montreuil, cette année 2008, est centré sur les thèmes « Peurs et frissons ». Il sera intéressant de découvrir là, si les auteurs de la nouvelle génération se contentent de jouer avec les apparences et les travestissements commercialement vendables ou peuvent aller à l'instar de l'auteur du « Procès-verbal » jusqu'à poser des questions existentielles.
Janine Despinette est la fondatrice du CIELJ et a, entre autres, écrit "Enfants d'aujourd'hui, livres d'aujourd'hui" (Casterman).
Ce texte a été écrit pour la revue italienne LIBER.
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