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Les Éditions Gallimard fêtent leurs 100 ans

Par
Ulrike Blatter
Entretien avec Georges Lemoine

Un des événements éditoriaux de ce printemps sera, bien entendu, le centenaire de Gallimard. Une grande exposition à la Bibliothèque nationale de France, accompagnée d’un catalogue, un Découverte Gallimard richement illustré de photographies et une publication, peut-être un peu plus confidentielle que les deux autres, appelée 5, rue Sébastien-Bottin, sont prévus à cette occasion. Concernant ce dernier livre, nous avons demandé à l’illustrateur Georges Lemoine, qui en est le coauteur avec l’écrivain Roger Grenier, de nous en dire quelques mots. Par Ulrike Blatter


Ulrike Blatter : Cher Georges Lemoine, parlez-nous un peu de ce volume, dont j’ai pu voir déjà plusieurs dessins concernant les écrivains de la maison : Proust, je crois, mais aussi des silhouettes de Sartre, Apollinaire...
Georges Lemoine : Ce sera un livre en hauteur, 21 x 30 cm, qui comportera une centaine de pages. Son texte - un accompagnement historique écrit par Roger Grenier - me plaît ; il raconte l’histoire de la célèbre maison d’édition avec des anecdotes autour de ce long parcours d’un siècle. Mon travail ne s’inscrit pas dans l’histoire, mais plutôt dans le lieu ; il commence par deux itinéraires, deux parcours s’approchant de la fameuse adresse, le premier partant de la station de métro Saint-Germain-des-Prés ; le second partant de la station de métro Rue du Bac. Des vues des 6e et 7e arrondissements, puis de l’adresse en question, dessinées à la mine de plomb avec un peu de couleur, occuperont une grande place tout au long de ces pages. Des photographies montrant l’intérieur de la maison, le bureau d’Antoine Gallimard par exemple, ou d’autres endroits emblématiques, viendront s’ajouter au registre des dessins. Enfin, dix portraits dessinés de grands auteurs, Le Clézio, Malraux, Apollinaire, Proust, Camus etc. constitueront un troisième volet important. Alban Cerisier, historien des éditions Gallimard, est le directeur de cette publication.

Cela doit être difficile de montrer les traits d’un visage que tout le monde croit connaître...
Oui, il faut se situer entre représentation fidèle et représentation distanciée, parfois humoristique, et savoir rester poétique et respectueux des personnes.




Avant «l’ère Marchand», vous avez encore connu «l’époque Massin» ; en fait, vous collaborez avec la maison depuis presque quarante ans.
Effectivement, Massin m’a confié l’illustration d’un premier livre en 1968, Le Lion aux portes de la Ville de Mary Renault, puis beaucoup de couvertures illustrées pour Folio, dont la naissance remonte à 1972. J’ai bien entendu appris énormément à son contact, me sentant admis par là même au sein de cette maison d’édition si prestigieuse.

Je me rappelle d’un de vos dessins de 1991, exposé à Vevey, qui était dédié à Valérie Gallimard - pouvez-vous nous dire de qui il s’agit ?
Il s’agit d’un dessin accompagnant un poème de mon cher ami disparu Claude Roy : «Le cerf-volant de Valérie», publié dans la collection Folio Junior en Poésie dans les années 1990.




Oui, je revois très bien ce joli recueil La cour de récréation que nous avons présenté dans Parole à l’époque, avec ses dessins légers, ses enfants atemporels. La page du poème dédiée à Valérie Gallimard commence par «Le cerf-volant qu’a laissé échapper dans le vent une petite fille de 1907 sur la plage d’Etretat / est revenu ce matin / des Iles de la Sonde. (...)» Mais qui était-elle ?
Valérie Gallimard était la fille adoptive d’un neveu de Gaston Gallimard, le fondateur de la maison d’édition. Claude Roy avait peut-être fait sa connaissance chez eux...

En fait, vous avez beaucoup collaboré, Claude Roy et vous-même ?
Il y eut un premier Folio Junior La maison qui s’envole, puis un second livre, puis un troisième... et comme cela nous avons pris l’habitude d’être complices tous les deux, pour nos bonheurs réciproques.
Claude m’intimidait, même si je ne craignais pas de lui manifester mon plaisir lorsque nous nous rencontrions rue de l’Université ou rue Sébastien-Bottin, ou encore sur un endroit du chemin qu’il devait emprunter pour venir du 16, rue Dauphine où il demeurait. Souriant et toujours étonné de me voir subitement devant lui, il me touchait amicalement le bras en me disant : Georges, il faut que nous fassions un nouveau livre ensemble ! Claude Roy, mon ami, n’est plus là. Mais heureusement nous avons «fait» ensemble six ou sept livres, c’est déjà beaucoup pour un auteur-poète et son poète-illustrateur !

Vous avez vécu encore d’autres grands moments en tant qu’illustrateur dans la maison de la rue Sébastien-Bottin, vous rappelez-vous quelques souvenirs autour de publications prestigieuses comme Le prince heureux, (après Le méchant Prince !) d’Andersen, Peuple du Ciel ou d’autres titres de Le Clézio, et bien plus lointain, mais toujours inoubliable, le grand album de L’Enfant et la rivière d’Henri Bosco ?
Le choix des grands récits dont l’illustration me fut proposée revient à Pierre Marchand, ce fut là ma chance, notre chance à tous les deux, comme si j’avais pris un billet de loterie et que mon numéro soit sorti gagnant...
A aucun moment, alors que je désirais devenir illustrateur, je n’aurais pu imaginer qu’en si peu de temps, j’illustrerais Marguerite Yourcenar, Le Clézio, Henri Bosco... Que deviendrionsnous sans les éditeurs ? Même si les temps changent... Cette configuration historique à laquelle je dois tant n’est pas près de se reproduire ! Pierre Marchand m’a fait confiance, grâce à lui mes horizons professionnels se sont agrandis, ma vie s’en est trouvée changée, embellie.





A propos du dernier album de Georges Lemoine
Un dessin très fin à la mine de plomb et représentant de curieux personnages, statiques et animés à la fois, le tout encadré d’un rouge vif, voici comment se présente le dernier album de Georges Lemoine chez Gallimard jeunesse.
Intrépides petits voyageurs, magnifiquement imprimé, est suivi d’une postface importante qui fournit aussi une explication à ce sentiment de nostalgie qui nous envahit en le feuilletant : l’artiste possédait, enfant, un album appelé Les Petits voyageurs dont les images en noir et blanc n’ont jamais quitté totalement sa mémoire... La clef, tombée de l’armoire pour libérer les jouets au début de l’histoire en question, possède donc un sens hautement symbolique !
On nous dit que les noms des protagonistes ont été un peu changés (en fait, tout le texte a été réécrit, il est bien trop littéraire pour accompagner un de ces «petits albums» des années trente), et les voilà repartis pour une nouvelle aventure, aussi dangereuse que la première, dans une voiture qui peine à tenir la route !
J’aime beaucoup la planche, savamment désuète, qui les montre tous dans cette automobile, la vitre striée de grosses gouttes de pluie, les yeux ronds de frayeur. Il n’y a pas de doute, surmonter des épreuves aussi atroces que de se mesurer à des poules, des crapauds et des chats les a rendus vivants.
Sur la dernière planche, à la façon des anciennes photos coloriées à la main, ils ont même les joues rosies et des détails vestimentaires animés en camaïeu. Sortis ainsi définitivement du gris de la mémoire, Colombine et Marcel, le chauffeur et l’acrobate, tous ont l’air de fêter leur retour à la maison en même temps qu’ils racontent le remake de leur échappée ; cette fois-ci en album de grand format et avec des illustrations dont la force, la plasticité et la composition structurée nous impressionnent durablement.
U.B.


Source : Revue Parole, publiée par l'Institut Suisse Jeunesse et Médias
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