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Encontro Nacional de Ilustraçao de Sao Joa da Madeira 2011

Par
Brigitte Praplan

Une Suissesse d’origine à la source de cet événement culturel portugais

Dernièrement nous avons rencontré Sylviane Rigolet, initiatrice de la « Rencontre Portugaise de l’Illustration » dont la dernière et 4ème édition a eu lieu du 19 au 22 octobre dernier. L’occasion de faire connaissance avec la commissaire de cet espace de dialogue original entre créateurs et passeurs de livres portugais.
 
Brigitte Praplan : Vous êtes psycholinguiste et thérapeute du langage et de la communication, comment êtes-vous devenue spécialiste de littérature jeunesse au Portugal où vous avez vécu plus de 25 ans ?
 
Sylviane Rigolet : Travaillant avec des enfants présentant des troubles du langage, j’ai été vite convaincue qu’une grande proximité avec le patrimoine des contes, des histoires et des livres jouait un rôle essentiel dans le développement langagier. Parallèlement, les autorités prenaient conscience de la problématique de l’illettrisme et de l’insuffisance d’offre culturelle pour les enfants ; ils ont créé un réseau impressionnant de bibliothèques scolaires et publiques dans tout le pays. Mais malgré la présence d’une offre littéraire devenue abondante, les problèmes persistaient et les livres ne sortaient pas des rayons. Il fallait faire prendre conscience aux adultes de l’importance des récits et du rôle majeur des images pour le développement de l’enfant. C’est comme cela que je me suis engagée dans ce domaine. Depuis, la passion de la littérature jeunesse et de sa médiation ne m’a plus quittée.
 
En 2008, vous avez initié la 1ère Rencontre Nationale de l’Illustration à Sao Joao da Madeira, près de Porto. Qu’est-ce qui a motivé et permis cette initiative ?
 
Parallèlement aux actions de formation, pour rester en prise avec le travail de terrain, j’avais accepté un poste à temps partiel de coordinatrice de bibliothèque dans un quartier défavorisé de Sao Joao da Madeira. Dans cet espace, au pied de grands immeubles, nous avons développé des actions pour impliquer les familles et les enfants : des « Bébéthèques », animations régulières avec les parents et les bébés, les « LivrAniMaletas », bibliothèques à thèmes pour animer le livre de manière transdisciplinaire et en réseau en direction d’un public varié, les « Nuits Pyjamas », campements à la bibliothèque durant les week-ends… Un dialogue de confiance avec le responsable politique de la bibliothèque s’est créé et a permis d’envisager des projets plus ambitieux, telle la Rencontre Nationale de l’illustration.
Cette manifestation, soutenue par la Junta et la mairie de Sao Joao da Madeira, répond à des besoins que nous avions identifiés.
 

Sylviane Rigolet et Carlos Coelho, président de la Junta de Freguesia de S. Joao da Madeira
 
 
Au Portugal, les illustrateurs sont isolés, ils ont très peu de contact avec leur public, mais aussi avec les autres professionnels du livre, comme leurs collègues illustrateurs, les auteurs et les éditeurs. Il y a un grand fossé entre les créateurs eux-mêmes et entre ces derniers et les passeurs de livres ainsi que les lecteurs. La production éditoriale portugaise s’est considérablement enrichie ces dernières années sans que le travail des créateurs soit véritablement mis en lumière, sans que les créateurs soient sortis de leur solitude, sans que l’importance de la lecture des images soit thématisée.
Il nous a semblé qu’une Rencontre annuelle de l’Illustration pouvait à la fois désenclaver le travail des créateurs, inviter les différents acteurs de la chaîne du livre au dialogue et donner une voix aux artistes encore souvent trop peu reconnus.
 
 
Chacun des quelque quarante illustrateurs invités offre trois illustrations
sur le thème annuel, en 2011 le Chapeau.
Ces images font l’objet d’une vaste exposition
 
 
Ni salon du livre, ni rencontre littéraire, ni réunion professionnelle, la Rencontre de l’illustration offre un climat de dialogue exceptionnel, loin des agitations mercantiles parfois liées à de tels événements. Comment avez-vous réussi à créer ce climat de convivialité et d’échanges ?
 
Offrir des espaces de dialogue, révéler des talents ou des démarches originales, initier des débats furent et sont nos objectifs, ainsi qu’aider les enseignants de tous les niveaux scolaires à apprécier et mieux comprendre la place/le rôle qu’occupe l’illustration dans les ouvrages destinés aux tout jeunes enfants et aux adolescents. La Rencontre rassemble un mélange d’initiatives avec une certaine dose de liberté.
Des conférences et débats entre créateurs et passeurs de livres, des performances d’artistes en ville ou sur les lieux d’exposition, des visites culturelles en lien avec les métiers du livre, des lancements de créations, l’édition et la diffusion du catalogue de l’exposition… sont quelques-unes des propositions de la Rencontre de l’illustration.
 
 
Performance d’artistes dans un centre commercial
 
 
Le nombre d’illustrateurs présents est assez impressionnant, tout comme celui des enfants participant aux ateliers.
 
Chaque Rencontre annuelle réunit une bonne quarantaine d’illustrateurs. Nous invitons chaque fois un tiers de nouveaux créateurs. Chaque illustrateur offre trois illustrations originales sur le thème annuel proposé, en 2011 le chapeau. Cette année, les illustrateurs ont rencontré quelque 3200 écoliers dans le cadre d’ateliers de 2 périodes scolaires. Cet événement fait désormais partie du paysage culturel et scolaire de Sao Joao da Madeira.
 
 
Après 4 éditions consécutives, vous disposez d’un fonds de quelque 500 illustrations originales. Qu’en faites-vous ?
 
Pour l’instant, les originaux voyagent à travers le pays, dans les petits bourgs, les villes de moyenne et grande importance, sous forme d’expositions itinérantes. Les originaux peuvent être empruntés gratuitement, frais de transports couverts, par tous les lieux susceptibles d’accueillir le public. C’est une opération de décentralisation de la culture.
 
 
Carla Nazareth
 
 
Nous sommes en train de réfléchir à la conservation de cet important patrimoine. Comme un grand centre de création artistique et divulgation de l’art sous toutes ses formes est en train d’être créé dans les anciennes installations de la fabrique de machines Oliva, nous pensons pouvoir y réserver un espace de choix à l’Illustration.

 
Ines do Carmo
 

L’exposition 2011 témoigne d’une très grande variété, tant au niveau esthétique, narratif que technique. Avez-vous vu évoluer l’illustration portugaise durant ces dernières décennies ?
 
Oui, de manière extraordinaire. Les grands noms de l’illustration portugaise des années 80, comme par exemple Manuela Bacelar, Maria Keil et d’autres, comme aujourd’hui Danuta Wojciechowska, témoignent d’une forte influence des pays de l’Est et de l’Allemagne.
A l’heure actuelle, l’illustration exprime une vitalité foisonnante à travers de nombreux artistes aux expressions et techniques riches et variées ; photos, collages, images digitales… côtoient peinture, dessins, gravures… sur toutes sortes de supports.
 
 Anabela Dias
 
 
Qu’en est-il au niveau de l’offre littéraire actuelle pour la jeunesse en général ?
 
Il y a 25 ans, en librairie, on trouvait avant tout des contes traditionnels, les grands classiques de la littérature jeunesse, peu d’albums et encore moins de livres pour très jeunes enfants. Le Portugal a connu ces 30 dernières années une évolution fascinante tant au niveau de la révélation de créateurs, de la publication de livres et d’initiatives culturelles pour les enfants et les jeunes. En plus des œuvres portugaises, les enfants ont accès à présent à de nombreuses traductions ; il n’est pas rare de trouver des livres de Christian Voltz, Rebecca Dautremer, Wolf Erlbruch… pour ne citer que quelques noms. Cependant, pour des raisons que je n’arrive pas à saisir, les grands auteurs et illustrateurs brésiliens, bien que remarquables, sont malheureusement pratiquement absents du marché portugais. Néanmoins l’offre littéraire reste très riche.

 
Diane Marques

 
Parallèlement à ce développement, les bibliothèques scolaires et publiques se sont massivement engagées dans des projets d’animation pour transformer leurs espaces en centres vivants et animés ; elles font d’ailleurs toujours plus de place à l’accueil de lecteurs de plus en plus jeunes.
En réalité, en matière d’offre littéraire pour la jeunesse, le Portugal n’a rien à envier à un pays comme la Suisse, par exemple.
 

Patricia Alves
 

Pour la première fois, la Rencontre de l’Illustration a invité des acteurs non lusophones, en l’occurrence suisses, à travers Anne Wilsdorf et l’Institut suisse Jeunesse et Médias ISJM. Qu’est-ce que cette présence apporte?
 
Dans un monde qui fonctionne de plus en plus en réseaux globaux, je pense que nous ne pouvons plus restés isolés. Les traductions, les éditions bi/plurilingues ont déjà amorcé ces échanges culturels il y a fort longtemps. Etant moi-même bilingue et biculturelle, j’ai ressenti la nécessité d’ouvrir la Rencontre à des invités internationaux afin de jeter des ponts, tisser des liens, animer les potentiels de chacun en décuplant la créativité grâce aux échanges.
Le travail présenté par la coresponsable du bureau romand de l’Institut suisse Jeunesse et Médias ISJM sur les initiatives d’éveil à la langue du récit et au livre auprès des familles francophones et allophones et dans les écoles a enthousiasmé les participants. Les stratégies originales et les démarches d’animation différenciées de l’ISJM, même lorsque les moyens financiers idéaux font défaut, sont animées par une exigence de l’accueil de la spécificité de chacun et du dialogue interculturel qui ont frappé. Que les moyens financiers pour des projets culturels soient rares en Suisse, cette « terre d’émigration à succès », a étonné plus d’un participant. Trop souvent habitués à porter un regard  « misérabiliste » sur leur propre réalité et à se considérer comme vivant « au fin fond de l’Europe », ils sont nombreux à ne pas prendre conscience de la richesse de la culture littéraire et de la médiation culturelle portugaises proposées au jeune public.
L’auteur illustratrice Anne Wilsdorf, née au Mozambique, a incarné, quant à elle, le lien entre le monde de la Francophonie, la Lusophonie et l’illustration.

 
Anne Wilsdorf
 

L’humour, la liberté et le non conformisme de ses illustrations et de ses textes, sa vision critique – elle nous a présenté la censure dont ses images ont été l’objet aux USA et ailleurs – sa présence auprès des enfants et leurs enseignants lors de l’animation des ateliers ont été perçus par les auteurs et illustrateurs portugais comme un généreux témoignage d’amitié.
Ces deux représentantes helvétiques ont écourté les distances, approfondi le dialogue entre les deux communautés, fait rêver à des projets interculturels en lançant les bases de l’échange à poursuivre !
 
 
 
Propos recueillis par Brigitte Praplan, coresponsable du bureau romand de l’Institut suisse Jeunesse et Médias ISJM, Lausanne
 
 

Crédit illustrations :
Les illustrations d’artistes sont tirées du catalogue d’exposition « Ilustraçao, 4o Encontro Nacional, S. Joao da Madeira », Junta de Freguesia de S. Joao da Madeira
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