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Souvenirs de guerre

Cinq livres et une préface

ENTRE LORRAINE ET DROME
Par Claude Lapointe

Quand ma famille a dû quitter la Lorraine pour se réfugier dans la France de « l'intérieur », mon père choisit la Drôme plutôt que d'aller dans le Périgord où notre village était attendu.
Il s'était débrouillé avec un ami pour nous trouver une maison à Romans. Il avait une petite idée derrière la tête. (Romans était la capitale de la chaussure et quand après la guerre nous avons retrouvé la Lorraine, fort des contacts qu'il avait pris, il installa ma mère dans un commerce de chaussures !)


Un flot de sentiments m'envahit quand j'entrais dans cette maison de l'enfance


À cinq ans me voilà sur la route de l'exil. Dans la voiture du voisin, une minuscule Simca, qui nous descendait, moi et ma mère, vers le midi. Le bonhomme était corpulent, il soufflait et geignait à chaque fois qu'il s'extirpait de la petite voiture ou y entrait. On s'arrêtait souvent pour laisser le moteur refroidir. Moi, j'étais coincé à l'arrière par une énorme valise brune sur laquelle je jouais avec une auto miniature.
C'était Monsieur Houpert. Il était négociant en vins et c'est sans doute avec lui que mon père a approfondi sa culture œnologique.
Mon père est arrivé après nous en camion. Ce dernier était surchargé. Il faisait la tournée dans la région pour ceux qui avaient eu la chance d'emporter quelques meubles depuis la Lorraine.

À partir de là, je n'ai que des bribes de souvenirs.

Nous étions dans la périphérie de Romans, dans une maison crépie en rouge.
Cette maison nous était louée par la famille Bouvarel, les fermiers qui habitaient juste derrière. J'avais cinq ans, je fus rapidement pris en main par Dédée, la gamine de la ferme de quelques années mon aînée.
Elle aimait jouer à la coiffeuse et j'étais son principal et seul client.
À l'une de ses séances qui fut d'ailleurs la dernière, elle me fit couler de l'eau de Cologne dans les yeux. J'ai hurlé comme un porc qu'on égorge. J'ai cru que je perdais la vue !

La guerre était loin et on ne m'en parlait pas.
Je ressentais pourtant ce climat étrange, ces regards toujours aux aguets.
J'ai pourtant assisté à un spectacle terrible. Le duel de deux avions. Deux chasseurs. Je ne comprenais pas très bien ce qui se passait parce que j'étais seul. On m'a expliqué plus tard.
Je voyais les avions monter en chandelle, descendre en piqué. Puis plus qu'un seul. Je n'ai jamais su s'ils étaient français, américain, allemand... mais j'ai toujours en mémoire les lignes qu'ils ont tracées dans le ciel.


Je suis retourné plus tard à Romans. J'y ai retrouvé Dédée.


Quand en 1945 la défaite des allemands commençait à se dessiner, ces derniers devenaient dangereux.
Les adultes de notre quartier tinrent conseil et décidèrent d'aller avec leur famille se mettre à l'abri dans une ferme loin dans l'arrière pays. Il faut dire que nous étions à cent mètres d'un carrefour stratégique menant à un barrage de Pizançon sur l'Isère.
Pour rejoindre le chemin de cette ferme, nous devions passer par l'avant de notre maison. Mon père me mit sur son porte bagage, ma mère prit ma sœur. Un char allemand était posté au carrefour.
Mes parents firent le tour de la maison en marchant à côté de leurs vélos quand retentit un crépitement sinistre. Le char nous avait pris pour cible. Mon père cria à ma mère de foncer, baissa la tête et courut à son tour... je me suis cramponné à la selle et j'ai baissé la tête ! Quelques kilomètres plus loin, nous étions à l'abri. Sains et saufs.
Les fermiers nous accueillirent simplement, nous avons rejoint les autres.
Nous étions assez nombreux là, sous la grange où des tréteaux avaient été montés. Je ne me souviens pas du temps que nous avons passé là bas, mais je me souviens que nous mangions du melon à tous les repas ! C'était la ressource principale de la ferme, qui en plus, compte tenu des circonstances, ne serait pas vendue. Qu'elle cure, mes amis !
J'ai gardé de cet épisode là, une grande image, un large panoramique des champs, où ça et là, je voyais des têtes émerger, des petits points noirs, loin les uns des autres, des hommes et des femmes isolés se baissaient, se relevaient...
Evidemment, les toilettes du jardin de la ferme ne pouvaient accueillir ni soulager autant de monde ! Les champs du fermier purent ainsi, cette année-là être noblement fertilisés.

Ma mère était une (très) bonne cuisinière. Elle aimait entre autre mitonner des tartes. Elle me raconta plus tard, qu'à peine arrivée à la ferme elle se souvint qu'elle avait laissé une tarte aux pommes sur le rebord de la fenêtre pour la laisser refroidir. Ça l'avait rendu tellement malade qu'elle n'eut qu'une idée en tête : aller la rechercher. Mon père essaya de l'en dissuader, en vain. Ils allèrent tous les deux chercher la fameuse tarte. Il faut se souvenir à quel point à l'époque la nourriture était importante et rare. Qu'une tarte l'était encore plus.
Mais tout de même de là à risquer sa vie !

Je me souviens de l'arrivée des Américains, de leurs convois vers lesquels on courrait, Dédée et moi, pour ramasser les paquets de chewing-gum. J'étais fasciné par les emballages, ils étaient ceux d'un autre monde, ceux d'autres marchandises...


Les impacts de balles étaient là, bien là.


Le plus étonnant m'est arrivé bien plus tard.
Ces histoires, je les ai racontées à mes enfants.
En 1990, avec ma femme et mon plus jeune fils Pierre Nicolas, après un séjour à Gréoux les Bains, je retournai en Alsace. J'ai eu une grosse envie de passer par Romans. Après avoir tourné dans le quartier de la Monnaie, complètement transformé, je vois la couleur rouge de la maison qui nous avait accueillis. Elle avait vieilli, son jardin était tronqué par une rocade.
Malheureusement nous n'y avons rencontré personne avec qui évoquer le passé.
Je me suis contenté de fouler ce territoire de mon enfance. Je tourne le coin de la maison, je lève le nez et... stupéfait, je découvre les impacts de balles, les trous dans le mur de la mitrailleuse du char allemand qui en 1945 nous avait tiré dessus !
J'étais fasciné, comme mon fils par ces traces.
Ému, troublé, avec l'étrange impression que deux époques se superposaient.

Il ne s'agissait plus d'une histoire que l'on raconte, comme ça, à la fin d'un repas.
L'histoire était redevenue réalité. La réalité de 1945 qui nous sautait au visage, Quarante cinq ans après !

Je suis retourné plus tard à Romans. J'y ai retrouvé Dédée, qui avait construit à côté de la maison rouge. Elle se souvenait vaguement de l'eau de Cologne.
La maison d'un morceau de mon enfance était vide et libre.
J'ai pu y entrer. Je fus déçu de ne rien reconnaître.
Pour un peu, j'aurais pu la louer, comme mon père en 1942.
Nous avons regardé les impacts de balles.
L'Allemand nous avait-il évité ou était-il maladroit ?
Je ne le saurai jamais.
Seule la peur avait été réelle et violente.

Claude Lapointe est une des grandes figures de l'illustration européenne. A Strasbourg il a aussi encouragé, par ses conseils éclairés, deux générations d'illustrateurs.




AU BON BEURRE
par Jean Dutourd et Philippe Dumas

Ce roman de près de 400 pages a paru tout d'abord en 1952 aux Editions Gallimard. L'Ecole des Loisirs a eu l'excellente idée de le publier tout récemment, accompagné d'une superbe série d'illustrations en couleur de Philippe Dumas, vives et très descriptives, puisées dans ses souvenirs de guerre. "Mon premier roman pour adultes, " relève Dumas, "Il me parlait d'un temps qui avait été aussi le mien et mettait en scène des personnages que j'aurais pu connaître.Ses pages ne racontaient pas d'histoires, elles racontaient mon histoire, celle que j'avais vécue à ma modeste place d'enfant.
Plus tard j'appris que l'auteur, sous la merveilleuse gaieté de son style, était un authentique héros, qui avait couru lui-même de vrais dangers, et pouvait donc se payer le luxe de l'indulgence envers les faux résistants."



ROSE BLANCHE
par Roberto Innocenti et Christophe Gallaz

Innocenti se souvient fort bien que ses parents avaient caché deux jeunes déserteurs de l'armée allemande en déroute. Plus tard il prit connaissance du sort de quelques étudiants allemands qui désiraient, par des tracts, accélérer la fin du conflit, et qui furent exécutés. Leur groupe s'appelait "Rose Blanche".
Innocenti et Gallaz ont imaginé l'histoire d'une fillette d'une petite ville allemande, avec ses rues étroites, ses fontaines, ses maisons hautes et des pigeons sur les toits. Elle découvre que certains de ses amis sont emmenés de force dans un camp de concentration qui a été ouvert non loin. Elle décide alors de leur apporter secrètement chaque jour un peu de nourriture, une pomme, quelques morceaux de pain.
Alors que les troupes russes envahissent la ville, Rose Blanche est tuée par une balle perdue qui troue le brouillard.
Le texte de Gallaz répond en contrepoint aux dessins incroyablement détaillés d'Innocenti, dans les tons bruns et gris de ce drame de l'innocence. Publié en 1985 en Suisse par les Editions Script, cet album a fait l'objet de nombreuses traductions. Il existe en français en Folio Cadet.



ORADOUR LA DOULEUR
par Rolande Causse et Georges Lemoine.

Un village totalement détruit au coeur du Limousin, 642 habitants tués ou brûlés par les SS de la Division das Reich en ce 10 juin 1944. Le livre dit cette journée d'horreur, et le temps des larmes qui suivit, avec les mots de l'émotion dans l'écriture la plus nue -presque le blanc du silence. Georges Lemoine a vu une image de la petite Marcelle en habits de tous les jours, posant avec son petit chat noir. C'est à elle, martyrisée, qu'il dédie ses dessins, le papillon, la mésange, le bleu du ciel, la prairie verte et le coquelicot.
Ce petit ouvrage a paru en 2001 aux Editions La Découverte et Syros.



L'ETOILE D'ERIKA
par Ruth Vander Zee et Roberto Innocenti

L'auteur a rencontré à Jérusalem une femme qui lui raconte l'histoire de son enfance. Elle ne sait pas la date de sa naissance, ni son nom de naissance, ni dans quelle ville elle était née, elle ne sait pas si elle avait des frères et soeurs, elle sait simplement qu'en 1944 elle a échappé à l'Holocauste.
Ses parents avaient vécu dans les limites du ghetto, puis avaient été emmenés, avec elle encore toute petite, dans un train dont les wagons n'avaient pas de fenêtre.
Et alors que le train ralentissait dans un village, sa mêre avait eu le courage de la lancer par une étroite ouverture sous le toit du wagon à bétail.
Le bébé fut alors recueilli par une femme allemande, qui l'aima et l'éleva comme sa propre fille. Elle lui donna le nom d'Erika.
Cet album a paru en France aux Editions Milan en 2003.



PARIS RUTABAGA
par Jean-Louis Besson

Ce livre est né dans le Connecticut, aux petites heures du matin, alors que Besson racontait comment il avait passé les années de guerre. 
Par un texte sautillant, empreint d'émotion, Il présente le Paris d'avant l'exode -et la chanson à la mode était alors Tout va très bien, Madame la marquise!, puis la débâcle qui a vu sa famille se réfugier à la campagne, pour être surpris par l'arrivée des premières troupes motorisées allemandes : "Tout était parfait, moderne, mécanisé, c'était une armée qui avait l'air de venir d'un autre monde..." se souvenait Besson, qui avait alors six ans.
Puis c'est l'occupation, la famille se réfugie chez l'Oncle Albert en Bretagne, avant de revenir à Paris. Besson sait si bien raconter la vie de tous les jours, les masques à gaz qui sentaient mauvais et faisaient aux gens des têtes d'insecte, la première alerte à quatre heures du matin où l'on court se mettre à l'abri dans le métro, les cousines de Montreuil qui se teignent le jambes au brou de noix et dessinent une fausse couture au crayon, le rationnement, et Paris la nuit, sans lumières. Le temps passe, un avion tombe très près, puis c'est le Débarquement, le père de Jean-Louis fixe au mur une carte Michelin et suit à la TSF l'avance des alliés, et enfin la Libération, et le défilé des troupes américaines, musique en tête.
La narration est rapide, les dessins de Besson soulignent le ton doux-amer de ce livre de 100 pages.  Jean-Louis Besson a disparu récemment, mais dans cet ouvrage qui lui était cher, on retrouve un artiste à l'immense talent, qui savait amuser et partir à la recherche des informations les plus saugrenues.
Paris Rutabaga a paru en France chez Bayard Editions.  Epuisé, il a été publié à nouveau par Gallimard Jeunesse.
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