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Franz Hohler à Genève

Par
Ulrike Blatter
Grâce à la présence des éditions de La Joie de lire au Salon du livre de Genève, j’ai pu faire, ces jours-ci, la connaissance de Franz Hohler.


Ce fut un grand plaisir de pouvoir poser quelques questions à l’auteur de Chipo, mais aussi à celui des contes (son jeune fantôme d’un château en Ecosse doit  déjà être dans la trentaine !) et surtout à celui des nouvelles de Der Stein, à mon avis un recueil parmi des plus beaux et de plus impressionnants de la littérature germanophone récente ….
Pendant notre conversation en allemand, l’écrivain m’a répondu avec le plaisir de quelqu’un qui est aussi un homme de l’oralité… Longtemps connu surtout comme chansonnier et auteur de sketchs satiriques, il a aimé déjà comme enfant raconter des histoires et jouer des saynètes, qu’il inventait lui-même. Par contre, ni lui ni ses propres enfants n'ont inspiré Chipo. C’est un enfant actuel qu’il met en scène et dont il décrit les activités et les jouets avec moult détails. Sans oublier l’humour !


Ce garçon qui rêve trop, et d’une façon très particulière, puisqu’il ramène des souvenirs de ses rêves chez lui, voyage dans ce troisième tome de Chipo dans le temps plutôt que dans un pays éloigné… Ce qui renouvelle complètement le genre ! Mais des dangers multiples se présentent tout de  même aussitôt et le poursuivent tout au long de son excursion à l’âge de pierre.
Oui, Hohler l’admet volontiers, il essaie d’être « spannend », de garder la tension, mais il est aussi un grand observateur de la réalité dans laquelle il amène des éléments surprenants, surréalistes pour des revirements bien à lui… Des aventures drôles mais décalées qui font réfléchir. Ses descriptions des hommes, pardon des familles des cavernes sont minutieuses ; nous apprenons même des bribes de leur langue – des curieuses variations d’une langue nordique qui doivent mieux passer dans la version originale que dans sa traduction…  « Klurr » par exemple est forcément plus proche de « klar » que de « oui » !
Je trouve que les adultes devraient rêver davantage, que l’on devrait se permettre de poursuivre ses rêves encore un peu après le réveil, dit-il. C’est important !
La dernière partie de Chipo à l’âge de pierre a une dimension métaphysique : les deux gourous qui aident à son rapatriement possèdent un regard qui va dans l’autre monde. Tous les protagonistes doivent attendre que le rêve les prenne.
Le guru australien commente à propos de la photo du jeune héros : Un bon rêveur, je le vois à ses yeux, un très bon rêveur. Il pourrait presque être un des nôtres.


La musique étant depuis toujours présente pour Hohler, la mélodie des phrases est devenue pour lui capitale ! A l’époque il s’était accompagné lui-même au violoncelle. Ce que l’on peut remarquer dans l’histoire de « Der Stein » du recueil éponyme dont le début est de la poésie pure, les mots s’y enchaînant avec une musicalité rare !
F. Hohler a relativement peu de contacts avec ses illustrateurs, Jutta Bauer, Rotraut Susanne Berner et Nikolaus Heidelbach. Mais il suit leur travail avec attention… « Ils remarquent par eux-mêmes si leurs images ne correspondent pas vraiment ! »  De Heidelbach il me confie, « c’est une planète à lui tout seul ! » Il faut dire à propos de leur dernière collaboration dans le recueil Contes abracadabrants (2011 en édition française), qu’on ne sait pas qui est le plus sarcastique ou le plus désopilant des « deux géants » à l’initiale H ! On y trouve des princesses dans un poulailler, une autre qui a été changée en automate de bus et une troisième qui adore les fromages à l’ail… (Et voici seulement à propos des princesses ; princes et propriétaires de chiens s’y comportent d’une façon aussi extravagante !).



Franz Hohler vient de publier un livre « Spaziergänge » qui a été très remarqué en Suisse alémanique (une belle page dans la NZZ) et est en train de travailler à un nouveau roman pour adultes. Il est heureux de son succès toujours grandissant en Allemagne, et nous, nous sommes très contents qu’il soit venu en Romandie…

                                                                                                    
P.S.
Deux nuits après notre rencontre au Salon de Genève, il y eut une grande tempête : dans ma chambre, le vent a poussé les battants de la fenêtre, a soulevé mes pages de notes, s’est engouffré d’un coup dans les livres tout autour. Derrière cette vision surprenante, j’ai aperçu très distinctement la tête haute, les traits un peu plissés de Hohler, sérieux …Il avait l’air encore navré pour le petit chat qui meurt à la fin de sa nouvelle Der Präsident, se demandait, soucieux, où avait passé le quatrième roi mage, le sauveur mystérieux de l’histoire du même nom. Et je l’entends alors me rappeler la fin de notre conversation : L’humour n’est jamais gratuit : il est toujours accompagné par une ombre qui court en dessous ; le tragique peut même dépasser le comique, voyez-vous, puisqu’ils sont frères d’une seule et même vie.
 
(Les phrases en italiques sont des citations traduites de Franz Hohler.)
 
Outre les trois tomes de Chipo et les recueils Le grand Nain et Contes abracadabrants qui ont paru à La Joie de lire, il existe de Franz Hohler en français: La reconquête chez Zoé et Le déluge de pierres à l’Edition d’en bas. 
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