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Maurice Sendak

Par
Lucie Cauwe
Maurice Sendak, considéré à juste titre comme le plus grand auteur-illustrateur pour enfants de la seconde moitié du XXe siècle, vient de mourir, ce mardi 8 mai, dans le Connecticut où vivait depuis plusieurs années ce natif de Brooklyn.
Il avait 83 ans.Malgré son âge, c'est une tristesse infinie qui a envahi tous ceux qui ont appris son décès.



Il était un de ces artistes indispensables, pas toujours commode dans les rapports humains, mais qui a tant donné à ses lecteurs. Combien d'enfants de par le monde n'ont-ils pas lu ses albums? Ne s'y sont-ils pas reconnus, retrouvés, apaisés? A voir les réactions emplies d'émotion sur les réseaux sociaux, il a marqué des générations et des générations.
 
En commençant ce blog, en juillet 2011, nous posions la question: quel album emporteriez-vous dans une île désert si vous ne pouviez en prendre qu'un? Et nous avions choisi "Max et les maximonstres" (L'école des loisirs, comme quasiment tous les autres livres de l'Américain traduits en français, à l'exception de quelques titres chez Gallimard). Cet album-culte était le premier titre à figurer dans notre "malle de l'île". Un choix souvent partagé par d'autres lecteurs de tous âges.




"Max et les maximonstres", né en 1963 aux Etats-Unis, a été traduit en 1965 en français par Robert Delpire puis repris en 1967 par l'école des loisirs qui l'a constamment réimprimé. C'est un album d'exception, un chef-d’œuvre inégalé. Quel talent pour mettre en scène avec un minimum de mots et un maximum d’images les tourments que ressent un enfant face à ses pulsions, à ces débordements d’énergie qui le dépassent et le laissent désemparé.
Rappelez-vous l'histoire. Après avoir enfilé son costume de loup et aligné les bêtises, Max est envoyé dans sa chambre sans manger. La pièce se transforme et Max part en bateau. Il arrive dans une île peuplée non pas de monstres, mais de maximonstres, dont il devient le roi. Jusqu’au jour où il ressent l’envie de rentrer chez lui. Un retour, apaisé, à la maison où l’attend un dîner "tout chaud".
Tout sert l'histoire, le texte, les illustrations et la mise en page qui fait grandir les images de page en page pour les faire diminuer ensuite, une fois les tourments de Max adoucis.




On se rappellera que le président américain Barack Obama en avait fait une lecture publique, à quelques enfants, en 2009. Sans hésiter à dire combien il appréciait cet album.
 
Il vient d'ailleurs de recommencer tout récemment.





"Monsieur le lièvre, voulez-vous m’aider ?", texte de Charlotte Zolotow (E-U 1962, FR1970)




Une petite fille en chapeau de paille demande l’aide d’un lièvre pour trouver un cadeau d’anniversaire à sa maman. La conversation qui se noue entre les deux a un charme fou, relève de la pure poésie.
L’histoire avance autant dans le texte, délicat, savoureux, que dans les images, belles et terriblement évocatrices. Très expressifs dans leurs mimiques tous les deux, la petite fille comme le lièvre célèbrent d’une manière infiniment douce les bonheurs que l’existence met à la portée de chacun.
 
 
"Un baiser pour Petit-Ours" texte de Else Holmelund Minarik, (E-U 1968, FR 1971)




Le dernier de la série consacrée  à Petit-Ours. On y suit l'itinéraire d'un baiser que Grand-Maman remet à Poule à destination de Petit-Ours pour le remercier du beau tableau qu'il lui a offert. Mais Poule remet vite le baiser à Grenouille qui elle-même le cède à Chat qui le confie à Petite-Mouffette... Tous ces porteurs de baiser se rassemblent pour une très jolie histoire qui se termine même par un mariage.
 
 
"Mini-bibliothèque" (E-U 1962, FR 1974), traduction d'Agnès Desathe




C'est une petite boîte qui tient dans la main. A l’intérieur, quatre mini-livres cartonnés d’une cinquantaine de pages chacun. On reconnaît immédiatement le trait et le style inimitables du génial auteur-illustrateur américain
"Pascal" est "un petit conte moral en cinq chapitres et un prologue", l’histoire d’un petit garçon à qui tout était égal jusqu’à sa rencontre, presque fatale, avec un lion. "Ma soupe de poule au riz" passe en revue les mois de l’année en donnant chaque fois une excellente raison de se régaler du plat cité. "Un, deux, trois… etcetera !" est un livre à compter de 1 à 10, et inversement, en compagnie de Johnny qui aime la solitude tandis que "J’adore les alligators" est un alphabet évidemment tout dédié aux alligators !
 
 
"Cuisine de nuit" (E-U 1970, FR 1972)




Maurice Sendak crée un épatant album autour de Mickey, un petit garçon qui ressemble au Little Nemo de Winsor McCay. Le jeune dormeur est  réveillé par un grand bruit. Il va passer une folle nuit en compagnie de trois cuisiniers. Sensualité dans le lait de la bouteille, la pâte qui se pétrit et amusement permanent.
 
 
"Quand Papa était loin" (E-U 1981, FR 1984)




Cet album d'une exceptionnelle beauté est le troisième volet du triptyque que Maurice Sendak a consacré au rêve, après "Max et les Maximonstres" et "Cuisine de nuit".
 
 
"Des animaux pour toute famille", texte de Randall Jarrell (E-U 1965, FR 1987)




Mer d'huile ou tempête, peu importe dans les profondeurs de l'océan où tout est immuable et paisible comme la mort. Les habitants des contrées sous-marines sont des créatures pour qui tout est toujours égal et qui ne conçoivent pas qu'on veuille quitter la quiétude aquatique pour aller vivre à terre en compagnie d'un lynx, d'un ours et d'un homme : ils n'imaginent en aucun cas qu 1'on puisse se choisir "des animaux pour famille". Pourtant, parfois, l'un d'eux tente l'expérience, et il advient qu'il (ou elle) n'ait pas à le regretter... Naufrage, rive déserte, bêtes fauves, une fable pleine de poésie et de sagesse vraie, où le merveilleux ne fausse nullement un sens aigu de la Nature.
 
 
"Brundibar", texte de Tony Kushner d’après l’opéra de Hans Krasa et Adolf Hoffsmeister, traduit par Agnès Desarthe (E-U 2003, FR 2005)




Adapté d’un opéra écrit dans le ghetto de Varsovie, cet album allégorique conte tant la lutte des petits contre les barbaries que l’Holocauste.Maurice Sendak avait 75 ans quand il a fait ce livre, son dernier grand livre. Né de sa rencontre en tant que créateur des décors et des costumes de la pièce musicale "Brundibar" à l'Opéra de Chicago, avec Tony Kushner, auteur du livret américain. "Brundibar"est cet opéra pour enfants, créé en Tchécoslovaquie durant la Seconde Guerre mondiale et présenté cinquante-cinq fois au camp de concentration "modèle" de Teresin avant que ses interprètes ne soient déportés à Auschwitz.
Si l'album dénonce en filigrane l'Holocauste, il est surtout une histoire pour enfants, universelle. On s'en étonne avant d'avoir tenu le livre en mains, mais le ton est avant tout joyeux. Tant dans le texte joliment tressé que dans les images aux crayons de couleur. L'histoire avance sur deux voies : dans des phylactères et dans un texte narratif. Tout de suite, on apprend que Pepicek et Aninku, tout petits qu'ils sont, doivent se rendre seuls à la ville afin d'acheter du lait pour leur maman malade. Le conte est là, avec ses mécanismes simples, ses symboles univoques, ses déplacements permettant de dédramatiser, d'avertir sans dire.
Les enfants auront à affronter plusieurs épreuves pour remplir leur mission. Dont celle, la pire, de s'opposer à Brundibar. L'affreux personnage entend jouir seul de son statut de musicien de rue alors que les enfants voudraient, eux aussi, chanter pour obtenir quelques piécettes.
Pepicek et Aninku sont en colère. Ils deviennent des ours, affrontent le joueur d'orgue, puis reculent, apeurés. Un moineau, un chat et un chien leur redonnent courage, et ils s'allient à trois cents autres enfants pour se rebeller contre la brute et récupérer les sous que le méchant leur a volés ! La fin heureuse se complète d'une note de l'auteur : attention, Brundibar peut revenir !
Cet extraordinaire album offre une lecture à deux niveaux. Au premier degré, il est la juste révolte d'enfants contre un oppresseur ; au second degré, quand on connaît l'arrière-plan historique, il dénonce la barbarie nazie. Les références graphiques sont multiples : étoiles jaunes sur les vêtements, cimetière juif, la phrase "Arbeit macht frei" rappelant le portail d'Auschwitz, sans oublier bien entendu Hitler et Goebbels représentés en un bonhomme coiffé d'un bicorne napoléonien et un singe en casque à pointe. Sans oublier non plus cette terrible double page où des corbeaux emportent des enfants morts, sans doute dans les camps.
Au-delà de cela, "Brundibar" pose mille autres questions, sur l'argent, les religions, la liberté... Comme toujours chez Sendak, tout a du sens, rien n'est gratuit. Si on reconnaît facilement le boulanger de "Cuisine de nuit", si on comprend qu'il soit marqué "milk" sur de vieux cartons, on est aussi troublé par certains éléments, comme le lit de la mère malade qui apparaît en ville. Un album par un grand faiseur.
 
 
"Maman ?" (E-U 2006, FR 2009), texte de Arthur Yorinks




Grenouillère bleue et bonnet rouge, Bébé cherche tranquillement sa maman à chaque page, passant entre une panoplie de monstres célèbres particulièrement effrayants dans les subtils mécanismes de papier qui animent ce livre animé.
 
 
Et pour terminer en beauté, encore quelques images extraites de "Max et les maximonstres".





 



 
Bye Bye Maurice Sendak. We'll miss you!

 
Cet article a été publié sur le blog de Lucie Cauwe et est reproduit sur ricochet-jeunes.org dans le cadre d'une collaboration régulière. Nous sommes très heureux d'entamer ainsi une collaboration régulière avec Lucie Cauwe, distinguée journaliste au Soir de Bruxelles. Elle présentera aux lecteurs de Ricochet la vie créative de l'édition pour la jeunesse en Belgique.

 
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