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Du songe au galop

Par
Christophe Gallaz
Interprété sur le mode de la bande dessinée par Joann Sfar, l’illustrateur et le scénariste qui s'est rendu déjà célèbre en réalisant des séries telles Donjon et Le Chat du rabbin, Le Petit Prince de Saint-Exupéry paraît cet automne chez Gallimard Jeunesse.

La controverse est déjà lancée, bien sûr, qui dégage des positions nettes. Les uns s'indignent de voir une œuvre parfaitement accomplie faire l'objet d'une rénovation formelle promettant à l'éditeur son pesant de bénéfices matériels — quand les autres saluent le culot de Sfar, et son vœu d'adapter à notre époque un canon planétaire de la littérature enfantine.

Dans cette bataille qui sacralise à la fois l'art et l'argent, on ne va trancher en faveur d'un camp ou de l'autre. Observons seulement les images en présence, de quoi les confronter pour en déduire quelques hypothèses sur l'enfance et la place qu'elle occupe dans la mentalité collective d'aujourd'hui.

Ceci, d'abord : il est probable que Saint-Exupéry ne fut pas un dessinateur virtuose. Il fut pourtant maître d'un style resté mémorable à double titre au moins. D'une part, il manifeste un art éprouvé de la synthèse visuelle — celle qui lui permet, par exemple, de figurer un petit garçon vertigineusement surdimensionné campé sur une planète Terre vertigineusement sous-dimensionnée. Et d'autre part il est sobre. Il dépouille. Il ne surcharge en rien les décors, les silhouettes et les visages qu'il représente.

Ainsi Le Petit Prince original atteint-il deux objectifs. Il porte l'esprit de son spectateur à sa plus grande agilité, en lui faisant percevoir les dimensions variables du monde. Et surtout, il lui réserve dans l'image assez d'espace vacant pour lui permettre d'y déployer ses propres songes.

Sfar travaille tout autrement. En pur produit de notre début de siècle, il place ses procédés sous le signe de la vitesse et de l'irrévérence vis-à-vis de la forme, voire de l'approximation. Ses images s'en trouvent emportées voire déjetées. Elles relèvent de l'esquisse colorée qu'on dirait vite posée sur le papier ou sur l'écran de l'ordinateur, au service d'une mise en scène dense toute ponctuée de trouvailles narratives accrocheuses.

Deux univers, donc, et deux langages en direction du jeune âge, qui révèlent deux visions de celui-ci. Avec Saint-Exupéry, nous sommes dans une définition de l'enfance apte à la concentration, au silence intérieur qui permet de repousser les limites de la quotidienneté matérielle, et à la perception des symbolisations qui donne à comprendre n'importe quel objet, ou n'importe quel événement, ou n'importe quelle représentation, comme le signe ou la possibilité d'un autre.

Avec Sfar, nous sommes dans une définition de l'enfance qui n'est pas une séquence préalable à l'âge adulte, et ne sert pas à le constituer selon ses moyens spécifiques, mais qui le reflète et le manifeste déjà. L'enfant selon Sfar est une personne qu'il faut séduire en déployant sur elle la pression d'un argumentaire insistant, voire à l'arraché s'il le faut, dans le cadre d'une démarche évoquant l'opération publicitaire.

Au fond, l'idéal serait de montrer, à chaque jeune lecteur de la bande dessinée signée Sfar, un exemplaire du livre original signé Saint-Exupéry. Ainsi fabriquerait-il en lui de quoi s'adapter, grâce au premier, à l'aujourd'hui modelé selon les principes de la cinétique et de la narration médiatique illimitée. Et grâce au second, de contester cet aujourd'hui par les moyens créateurs et poétiques du langage sous toutes ses formes dites, pensées, peintes ou dessinées.
Christophe Gallaz est chroniqueur au Matin Dimanche, Libération et le Monde. Il est aussi l'auteur de "Le Rêve de l'Arbre" illustré par J.Cl. Gotting, chez Gallimard Jeunesse.
Crédit illustrations :
Portrait de St Exupéry sous l'eau par Etienne Delessert
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