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Ceux qui ont dit non

Par
Charlotte Javaux
C’est à ces hommes et à ces femmes qui se sont un jour levés pour résister et défendre les valeurs humanistes et démocratiques qu’entend rendre hommage la collection « Ceux qui ont dit non », publiée aux éditions Actes Sud junior. Cette collection de romans historiques dirigée par Murielle Szac, propose, sous forme romancée, les récits de vie de ces personnes engagées dans des combats qui résonnent encore aujourd’hui. Victor Hugo et la peine de mort, Lucie Aubrac et le nazisme, Victor Jara et la dictature ou encore Rosa Parks et la discrimination raciale, voici le programme des quatre premiers titres sortis au mois de mars. Chaque roman se termine par un dossier documentaire et des photos. Une collection qui rappelle la lutte d’hommes et de femmes qui ont eu le courage de dire non et invite, au passage, les adolescents à refuser l’inertie et à eux-aussi se lever pour des causes qui leur semblent justes. Entretien avec Murielle Szac, directrice de la collection

- Quelle est l’idée directrice de la collection ?
L’envie initiale est de redonner aux jeunes des raisons de croire en la politique. Je veux lutter contre le discours ambiant des « on n’y peut rien » ou des « c’est comme ça ». Le monde n’est pas figé et nous pouvons peser sur lui, seulement voilà, les jeunes l’ignorent souvent. Pour la plupart, ils n’entendent que des discours sur l’air du « tous pourris » ou bien « blancs bonnets et bonnets blancs ». A nous de leur montrer que de tous temps des hommes et des femmes ont su se dresser et combattre ce qui leur paraissait inacceptable

- Est-ce pour vous une manière d’incarner des combats qui résonnent encore aujourd’hui et que l’Histoire a tendance à oublier ?
Tout à fait. Nous vivons dans une époque de l’instant qui a la mémoire bien courte. Une information chasse l’autre dans un rythme effréné, sans recul, sans mise en perspective, sans être reliée à un « avant ». Je voulais rappeler que les problématiques d’aujourd’hui ne sont pas sans passé, et à l’inverse, que les combats d’autrefois résonnent toujours aujourd’hui. Cela permet de montrer, concrètement, que nous nous inscrivons dans un processus, une évolution et que nous avons donc voix au chapitre.

- Que vouliez-vous créer chez les lecteurs ? Qu’ils s’identifient à ces personnalités, qu’ils « prennent exemple », pour qu’ils se mobilisent à leur tour ? Réveiller la conscience citoyenne et l’engagement politique des adolescents ?
Naturellement, cette collection est clairement militante. Dès le départ Thierry Magnier, le directeur d’Actes Sud Junior et moi-même étions sur la même longueur d’ondes : accompagner l’esprit de révolte et d’indignation propres à l’âge des lecteurs, leur donner envie à nouveau de s’engager. Voilà pourquoi j’ai opté résolument pour la forme  romanesque, afin que les jeunes puissent se projeter dans les personnages. Et à la fin de chaque livre on trouve les coordonnées d’associations si l’on souhaite poursuivre le combat.
Oui, j’espère que les lecteurs auront eux aussi envie de se battre pour les causes qui leur semblent justes. Et qu’ils se passeront les livres de la collection comme on se passe des « brûlots » sous le manteau !

- Quelles ont été les consignes d’écriture pour les auteurs et surtout leurs sources documentaires ?
Je leur ai demandé de fuir résolument le genre documentaire et de se méfier comme de la peste de l’hagiographie. Nous ne sommes pas là pour raconter une vie édifiante ou héroïque, mais bien au contraire pour partager le chemin de chaque personnage, sentir ses doutes, ses hésitations, ses motivations profondes, ses peurs aussi… Bref les personnages de la collection ne sont pas des êtres d’exception, ils sont comme vous et moi, ils ont juste, à un moment écouté leur conscience. Pour que le jaillissement de ce « non » soit audible, rien de tel que la forme romanesque. Chaque auteur a naturellement mené sa propre enquête, sérieuse et précise, afin que les éléments historiques soient bien exacts, ce qui est strictement le cas. En revanche, chacun était libre de la forme narrative : certaines ont opté pour la première personne, d’autres ont inventé des personnages autour du héros, tous avaient la liberté de s’approprier leur personnage pour lui donner chair. Certains manquaient presque d’informations, d’autres croulaient sous la masse ! C’était mon cas avec Victor Hugo… !



- A propos de cet ouvrage Victor Hugo : « Non à la peine de mort »>, pourriez-vous nous illustrer votre démarche d’auteur ?
Le grand homme était diablement impressionnant ! J’ai d’abord lu ses textes contre la peine de mort et ceux le concernant. Je me suis notamment beaucoup nourrie de la biographie que sa femme Adèle a écrite sur lui. Mais après m’en être imprégnée, j’ai soigneusement mis tout cela de côté et j’ai laissé le personnage mûrir en moi. Ce qui a alors refait surface, c’est l’ombre de deux absents sur la petite enfance de Victor : un père « fantôme » toujours à l’étranger qui prononçait et faisait exécuter des condamnations à mort, un parrain aimant et éducateur qui lui est arraché parce que condamné à mort et passé par les armes ! J’avais trouvé un fil, qui me permettait d’entrer dans la peau du personnage jusqu’à ressentir sa répulsion physique pour la guillotine et la peine de mort.

- Comment avez-vous choisi les premiers auteurs de la collection ?
J’ai privilégié des écrivains engagés pour qui l’écriture est une manière de faire avancer ce monde. Je revendique pour la collection une subjectivité maximum et de vrais parti-pris : les jeunes ont besoin d’adultes qui affichent leurs valeurs. Libre à eux ensuite d’être d’accord ou bien au contraire en opposition, mais au moins ils ont autre chose qu’un ventre mou idéologique auquel se confronter. Mais je voulais aussi et surtout des récits passionnés. J’ai donc recherché des « couples ». Chaque auteur a une histoire personnelle avec son personnage, soit à cause du combat qu’il mène, soit pour des raisons plus intimes encore. Que ce soit Nimrod, romancier tchadien qui partage avec Rosa Parks la même vieille ennemie la discrimination raciale ; Maria Poblete, chilienne, enfant de l’exil obligée de fuir la dictature, qui a trouvé en Lucie Aubrac un écho de sa révolte intérieure ; Bruno Doucey, poète, qui vit depuis des années avec le chanteur chilien Victor Jara, assassiné par Pinochet, comme frère de sang… A l’arrivée, les romanciers étaient tous habités par leur personnage et ne pouvaient plus le quitter !

- Comment sont conçus les dossiers documentaires en fin d’ouvrage ? Sont-ils réalisés par les auteurs eux-mêmes ?
Cette deuxième partie plus courte, rédigée comme un article de presse, est écrite par les auteurs du roman. Il s’agit de raconter comment d’autres après le héros du roman ont poursuivi son combat et le poursuivent encore aujourd’hui. Ce dossier évoque la lutte de gens célèbres aussi bien que celle d’anonymes. Il est accompagné d’un cahier photos qui actualise le propos, et l’ancre dans le réel. Oui la peine de mort, la discrimination raciale, le nazisme ou la dictature ne sont pas morts. Pourquoi ne pas faire partie de ceux qui les combattent encore ?

- Les prochains titres sont attendus pour le mois d’octobre. Quels vont être les sujets et les personnalités que vous allez mettre à l’honneur ?
Le premier livre de l’automne évoque Victor Schoelcher, l’homme qui dit non à l’esclavage et réussit à obtenir son abolition. Il est écrit par Gérard Dhôtel. Le deuxième livre nous aconte Joseph Wresinski, qui dit non à la misère et fonda le mouvement ATD Quart-monde. Il est écrit par Caroline Glorion. Encore une fois deux passionnés, pour nous raconter deux hommes qui se sont dressés contre ce qui les révoltait au plus profond d’eux-mêmes.
Crédit illustrations :
Dessin original de Nicolas Bianco-Levrin
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