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La Fête du Livre jeunesse à Saint-Paul-Trois-Châteaux

Par
Cécile Desbois-Müller
Pour fêter ses trente années d’existence, d’engagement et de plaisir, la Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux (29.01-02.02.14) s’était choisi la thématique de l’empreinte. Car, en trente ans, bien des choses ont investi ce champ fantastique qu’est la littérature de jeunesse. Actions de sensibilisation dans les écoles, évolution de l’album dans ses composantes narratives et graphiques, bouleversement du paysage éditorial, développement des lectures numériques… D’hier à demain, des Journées professionnelles aux stands et animations, la fête jetait des ponts, multiples et différents, beaux et inventifs. Empruntant ces passerelles, les idées, pressées, passaient d’une rive à l’autre, en toute liberté. Parmi celles-ci, trente (ou peut-être un peu moins) sont arrivées jusqu’ici, dans ses lignes. Trente images, trente tentatives de dire et de raconter.


AfficheArtChiffresDefinitionDuoEcolesEditeurs (petits)EphémèreGravureHistoire(s)HommageImprobableLecteursMuséeOubliéOralitéPhotographiePitchouPoésiePoule (rousse) Premier ! – ReprésentationRétroviseurSalon d'essayageSésameTabletteTourismeVoilà 




 

Affiche
Parce que la fête serait belle, il fallait une invitation à son image. Vivante, joyeuse, délurée. Et c’est Claude Ponti qui s’y colla, conviant une foule de créatures. Accourant de toutes part, emportés d’un même élan, laissant sur leur passage d’improbables empreintes, de gais lurons amènent la lumière, les trente bougies célébrant la vie du livre. Trente bougies ? Cela mérite peut-être d’être vérifié… Claude Ponti, semeur officiel de petits cailloux en littérature jeunesse, semble en effet s’être amusé, une fois de plus, à brouiller les pistes. Cela ne nous donna que plus envie de le rejoindre à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Le trajet nous laissera le temps de nous remémorer les 29 affiches réalisées précédemment. Celle de Sara, celle de Benoît Jacques ou de Kveta Pacovska et, bien avant, les placards plus anonymes qui annonçaient, sobrement, ce par quoi tout a commencé en 1985 : « La quinzaine de la lecture en Tricastin ».
 

















































Art
L’art, empreinte première de l’homme sur son milieu.
L’art, invité d’honneur de cette fête. L’art d’écrire, de relier, de raconter, de vivre, de grandir, d’alerter, de montrer, de transmettre. L’art avec un grand A, mais aussi un immense R et un grandiloquent T.
L’art qui s’affiche, qui ’affirme. Dans les livres et jusque dans la rue. En la matière, le collectif « No rules corp » donna le ton : auteurs de la fresque qui accueillait le public sur le salon, Evazé (Eva) et Zir (Cyril) inaugurèrent également, mercredi 29 janvier, les Journées rofessionnelles en présentant les ateliers qui seraient proposés aux adolescents en marge du Salon. Tout au long de la manifestation, ils ont également réalisé de multiples performances dont la plus émouvante fut sans doute celle qui se déroula, dans le froid, avec Claude Ponti.


Chiffres
Bien qu’il soit tentant de leur préférer les lettres, les chiffres racontent – à qui sait les lire voire les écouter – une histoire plus qu’intéressante. Ainsi, Bertrand Legendre, professeur à l’Université Paris 13 et auteur des Figures de l’éditeur, rappela-t-il – au cours d’une brillante conférence – que l’édition jeunesse française représente à elle seule environ 6000 nouveautés par an et génère 370 millions d’euros de chiffre d’affaires (soit 14% du chiffre d’affaires global de l’édition).
Au passage, l’on apprenait aussi que, depuis 1983, quelques 150 nouvelles maisons d’édition ont vu le jour dans un paysage éditorial où se côtoient des structures aux modèles économiques très divers. La cartographie du livre révèle en effet qu’une cinquantaine de maisons proposent moins de cinquante titres à leur catalogue tandis qu’une poignée d’éditeurs (moins de trente) en affichent plus de deux cents.


Définition
Pour cet anniversaire si particulier, les auteurs et illustrateurs invités croisaient leur regard sur la thématique de l’empreinte au sein d’une exposition inédite. A cette occasion, Marie Desplechin tendit son miroir pour y scruter le regard du lecteur, ce qui fit cligner de l’œil un chat malicieux dessiné par May Angeli. Pascal Ruter, lui, se tourna vers un texte de référence : « L’empreinte ou la trace, dit le dictionnaire. La marque : en creux ou en relief, mais profonde et –surtout – durable ». Quant à Anaïs Vaugelade, elle ouvrit sa boîte de Pandore, laissant s’échapper moult héros ivres d’histoires.
Non loin, Guillaume Guéraud évoqua « Quelques images de cinéma. Quelques plans ou quelques scènes de films. Et quelques noms. Qui ont marqué-balisé-enrichi mon histoire. Comme des empreintes. Des reliefs chargés d’échos. Dont les traces apparaissent régulièrement dans les pages de mes romans. Peut-être bien plus que des empreintes. Ou bien pire. Des stigmates. Des cicatrices. Des griffures-brûlures-morsures. Des plaies et des hématomes. Ou juste des fantômes ».






Duo

Comment travaillent l’auteur et « son » éditeur ? Comment mesurer l’influence réciproque  de l’un sur l’autre ? Sylvie Gracia, éditrice au Rouergue, et Hubert Ben Kemoun, auteur de nombreux romans et albums, ont réfléchi à ces questions lors de la deuxième Journée professionnelle. Immanquablement, les relations évoquées pourraient s’assimiler à des histoires de couple, entre (in)fidélités, éloignements et retrouvailles.
D’ailleurs, la veille sur l’espace « débats » du Salon, Carl Norac ne plaisantait-il pas au sujet des éditeurs agissant parfois comme de « marieurs », expliquant que lui préférait « composer son couple » ? Quitte à filer la métaphore, l’on serait presque tenté de parler de « mariage blanc » à propos de ces albums réalisés sans collaboration entre l’auteur et l’illustrateur. Guillaume Guéraud et Karim Ressouni-Demigneux évoquaient à demi-mots l’étrangeté de la redécouverte de leur œuvre – respectivement, Je mourrai pas gibier ,  adapté en bande dessinée par Alfred et Ogre mis en images par Thierry Dedieu (Rue du monde) – sans renier pour autant la réussite de ces unions de raison ayant donné naissance à des livres de toute beauté.






Ecoles
Dès la première des trois Journées professionnelles, Henriette Zoughebi – fondatrice et directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil – le rappelait : la littérature jeunesse a toute sa place à l’école, pas seulement comme support de lecture mais aussi, et surtout, comme vecteur de références culturelles.
Cette intervention militante résonnait d’accents particuliers sur ce salon où se pressaient, chaque jour, les classes venues profiter des rencontres avec les auteurs invités. Ces moments colorés rendent évident et concret le rapport du livre à la vie. Comme cette question d’un collégien à une responsable de la maison d’édition Callicéphale : « Mais, est-ce qu’il existe des kamishibai pour ados » ?


Editeurs (petits)
C’est sans doute l’une des grandes richesses de la fête du livre de Saint-Paul : pouvoir découvrir la production des dites « petites » et « micro » structures de l’édition. Elles étaient, cette année, une vingtaine à exposer leur démarche et leur catalogue. Aux côtés de Bulles de savon ou de Notari, on croisait ainsi la toute jeune PPAF (Première pression à froid) envisageant sa production comme « un champ d’expérience évoluant aux grès des projets qu’elle porte » ou encore les éditions Volumiques, combinant le rapport tactile et émotionnel au savoir offert par le papier et les dimensions nouvelles apportées par le numérique.


Ephémère
Et s’il fallait un livre pour évoquer en images le sujet de ces journées ? L’on se tournerait  vers l’album Ephémère, publié par les Fourmis rouges et qui questionne la trace laissée par notre existence, si courte soit-elle.


Gravure
Art de l’empreinte par excellence, la gravure était mise à l’honneur au cours des ateliers proposés aux écoles en semaine, aux familles le week-end. Au premier étage, loin de la foule, l’on pouvait donc rejoindre l’association Colophon (gérant la librairie du même nom et l'Atelier-Musée « Livre & Typographie » à Grignan) pour s’initier à la gravure sur linoléum, rencontrer le plasticien Thierry Laverge pour créer des tirages par tampons de plâtre ou encore s’essayer, avec Quentin Préaud, alias le professeur Draw-Draw, à l’art de l'estampe en utilisant son… lasagnographe. Autant dire que toutes ces activités ont trouvé preneurs !


 



Histoire(s)

Les professionnels du livre venus écouter Didier Daenincks ce jeudi 30 janvier 2014 ont eu beaucoup de chance. La chance, trop rare, d’entendre parler de dignité (Missak, l’enfant de l’affiche rouge, Rue du Monde), de l’idée de République (Jean Jaurès : Non à la guerre, Actes Sud junior), du combat d’émancipation mené par les Kanaks (Cannibales, Verdier), du rapport à l’écriture lors de la guerre dite de « 1914-1918 » et de tant d’autres choses. Par ses romans, Didier Daenincks – enquêteur de terrain et familier des services des archives – interroge le discours de l’histoire, pose la question de la mémoire et de l’oubli, comme celle de la place des individus dans cette mécanique. En somme il fait son « métier d’homme », pour reprendre cette belle formule utilisée à l’égard de ceux qui peuplent ses livres.






Hommage

Mercredi 29 janvier, on apprenait le décès de François Cavanna (1923-2014), écrivain et dessinateur humoristique français. Christian Bruel, créateur des éditions Le Sourire qui mord et Être, dans son intervention intitulée « Des lectures qui durent », racontait – non sans émotion – combien celui qui fonda le magazine Hara-Kiri marqua au fer rouge son parcours. Parmi les activités de ce libre penseur, figurait en effet celle, souvent méconnue, de traducteur, notamment pour la jeunesse. Ainsi Cavanna traduisit-il et adapta-t-il de l'allemand deux bijoux de la littérature du XIXe siècle : Crasse-Tignasse, parfois traduit par Pierre l’Ebouriffé, Der Struwwelpeter en allemand (Heinrich Hoffmann, L'Ecole des loisirs) et Max et Moritz (Wilhelm Busch, L'Ecole des loisirs). Et Bruel de rappeler cette phrase de Cavanna : « Quand les pavés volent bas, les hirondelles se prennent pour des nuages ».






Improbable
Parmi les multiples endroits où l’art s’exposait à Saint-Paul-Trois-Châteaux, il fallait se rendre à l’Office de Tourisme pour admirer les vingt originaux issus de l'album Gravures de bêtes, bestiaire unique et troublant d'Olivier Besson (Thierry Magnier).
Malgré un accrochage sommaire et une luminosité médiocre, on devinait le talent de celui qui commit, chez le même éditeur, Pirates, Etmoietmoi ? ou encore Du rouge Papou au Vert de Rage et qui pratique de nombreuses techniques d’impression dont celle de la gravure… au sucre.


Lecteurs
S’il y a un endroit où tous les lecteurs ou presque se sentent cordialement invités, c’est bien à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Les « ados » ont leur espace avec la Black box Art ou encore le Face-à-face Sésame. Les bébés sont particulièrement choyés avec des animations et des lectures toutes concoctés pour eux. Les plus grands participent aux ateliers ou courent se faire dédicacer leur ouvrage préféré.


Musée
« Quel que soit leur âge, leur pays ou leur culture, les enfants participent à la création du patrimoine culturel de l’humanité au même titre que les adultes ». Partant de ce constat, Claude Ponti – aidé par d’autres – a souhaité répertorier, conserver, valoriser et rendre accessibles les œuvres des enfants. Au départ, ce devait être un « vrai » musée avec des murs en dur, des cimaises, des visiteurs. Faute de financement, le projet devint un site Internet : Le Muz. Mais quel site ! Lors de la dernière Journée professionnelle du salon, des chefs d’œuvre défilent sur l’écran devant une assistance ébahie. Le Muz cherche des financements, faites passer…


Oublié
L’absence, par le silence imposé, marque. A la Fête du livre jeunesse, on aurait aimé croiser des représentants des maisons d’édition qui oeuvrent pour rendre le livre accessible à tous (Les doigts qui rêvent, Benjamins medias, etc.), entendre des conférences sur cette question du livre et du corps empêché d’entendre, de voir, de percevoir. Quelles solutions ? Quelles envies ? Quels acteurs ? Parlons-en, vite !


Oralité
Pour le peu qu’on le laisse faire, l’art du récit mène une existence libre, s’affranchissant du carcan du livre et de la page. Preuve en sont les éditions Oui’dire, présentes sur le salon, et dont le catalogue donne à entendre une littérature de haute tenue, portée par la voix, la musicalité, la rythmique. Preuve en est aussi le conte contemporain, urbain, poétique. Quand Insa Sane, slameur et auteur (Sarcelles-Dakar, Du plomb dans le crâne, Sarbacane), s’empare du micro pour lire, dire, marteler, des mots imprimés, une histoire se joue.
Bruno Bettelheim allait encore plus loin : il prétendait qu’en étant illustré, le conte perdait une partie de sa signification. Ce point de vue est obsolète d’après Sophie Van Der Linden qui intervenait lors des Journées professionnelles. Pour cette spécialiste de la littérature jeunesse, l’accompagnement du conte par l’image est inhérent à l’édition. L’image raconte, détourne, se dépouille pour converger vers le texte. Et ce n’est ni Sabine De Greef ni Dominique Descamp qui lui donneraient tort. Ces conteuses et illustratrices belges ont raconté au public du salon leur rapport à ce type de récit et la façon dont elles se sentaient – de par sa structure – naturellement invitées à multiplier les rabats, découpes, chromatismes et autres jeux visuels dans leurs livres.


Photographie
Pendant cinq mois, l'artiste photographe Stéphanie Lehu a parcouru la bibliothèque de six familles de la région, à la découverte des livres qui les ont marquées, touchées ou indignées. Le résultat ? Une exposition originale, pour laquelle chaque tribu s'est amusée à recréer certaines scènes emblématiques de ces ouvrages « marquants ».






Pitchou

Le prix Pitchou a pour objectif d'interroger la production éditoriale consacrée aux tout-petits et de sensibiliser à l'importance du livre dès la naissance. Cette année, c’est Le tout petit d’Anne Letuffe (Poisson soluble) qui a été récompensé.


Poésie
Après avoir arpenté le salon dans tous les sens possibles, l’envie vient de s’arrêter un instant dans l’espace « débats ». Carl Norac y évoque, avec le journaliste Philippe-Jean Catinchi, son enfance heureuse parmi les arbres, la fascination pour l’écriture de son père, la figure maternelle aussi, et la présence immédiate de la poésie. « Je suis un poète qui essaie de raconter des histoires », dit-il, évoquant alors son souci constant de la rythmique, de l’euphonie, de l’harmonie. Sans surprise, son livre préféré dans sa propre bibliographie s’intitule Petits poèmes, illustré par Kitty Crowther (Didier Jeunesse). Norac termine : « Mon père a tout du poète : la carrure, la moustache, la fleur au bout de la langue, c’est un chêne au cœur d’oiseau ». Tout est dit.






Poule (rousse)

Au cours d’une vibrante conférence, Christian Bruel nous livrait ses lectures d’enfance : la célèbre Poule rousse (Père Castor) qui, dans sa version originale, se débarrasse des gênants renards pour emménager avec une tourterelle, Monsieur Chien (souvenez-vous : celui qui était son propre maître) ou encore Juju bébé terrible qui présentait pour la première fois une maman célibataire. Les lectures d’hier durent. Et celles d’aujourd’hui ? De Et pourquoi pas toi ? (Notari) à Le pape est notre ami (L’Epatante) en passant par L’arbre sans fin (L’Ecole des loisirs), l’éditeur exprimait la quintessence de son propos : « Notre existence a besoin d’être narrativisée pour prendre du sens », « le pouvoir appartient à ceux qui lisent ».






Premier !

Le 1er est le dernier. Mais il y a fort à parier qu’il ne le restera pas longtemps : sa place est convoitée. Car Le 1er est l’opus tout nouveau, tout beau, d’Olivier Douzou. A peine sorti de presse, il fit ses premiers pas (de course) à Saint-Paul. Livre-jouet dans son mouvement, sa mécanique, ses contresens et lectures multiples, Le 1er multiplie les clins d’œil aux références de l’enfance et s’amuse avec intelligence des expressions courantes. Inévitablement, le rétroviseur (lien) nous renvoie à Jojo la mache du même Douzou, qui cristallisa le renouveau de l’édition jeunesse dans les années 90.


Représentations
Des années 1980 jusqu’aux années 2010, que s’est-il passé pour les filles dans les albums pour la jeunesse ? Nelly Chabrol-Gagne, maîtresse de conférence à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et auteure de Filles d’albums : représentation du féminin dans l’album (Poisson soluble, 2011) a passé au crible trente ans de production éditoriale. Présentant d’abord l’évolution étonnante du regard porté sur un bébé souvent asexué, scénarisé puis narrativisé, son intervention se focalisa ensuite sur l’image féminine dans les livres pour enfants. Et sur ce terrain, bonne nouvelle : la tendance serait à l’émancipation. Les filles, désormais douées de verticalité, osent franchir les limites de l’espace domestique et se débarrassent des excès de coquetterie. Ouf. Pour autant, les piqûres de rappel restent nécessaires. Après voir (re)découvert la version nivernaise – et édifiante – du petit chaperon rouge recueillie par le folkloriste Achille Millien (1838-1927), lisons et faisons lire, aux adultes Cerveau bleu, cerveau rose, les neurones ont-ils un sexe ? (Lise Eliot, trad. Pierre Reignier, Laffont, 2011), aux enfants C'est ta vie - L'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants (Thierry Lenain, Oskar Jeunesse, 2013).


Rétroviseur
Qu’il est bon, parfois, de se retourner pour savourer les souvenirs comme autant de bonbons sucrés. Voilà comment se parcourait les « 30 ans de livres d’or » de Saint-Paul-Trois-Châteaux.






Salon d'essayage
Rappelez-vous les six milles ouvrages de littérature jeunesse publiés par an… Et si de cette production, l’on ne devait retenir que cent titres ? De ceux qu’il est urgent de découvrir, de ceux qui allument le regard du bébé, de ceux qui feront partie des lectures qui durent (lien Poule rousse). Ce sont ces cent-là, triés sur le volet par des professionnels, que l’on pouvait feuilleter et déguster sur le salon d’essayage, conseils de lecture et heureuses discussions en prime.


Sésame

Dans certaines parties de l'Afghanistan et du Pakistan, des familles qui n'ont pas eu de fils font le choix d'élever leur fille comme un garçon. Farrhuk est l’une d’entre elles, une Bacha Posh (Actes Sud junior). Farrhuk fait partie de l'équipe d'aviron. Farrukh ne prend jamais sa douche avec les autres, elle se bande la poitrine. Farrukh a adopté une voix grave. Mais aux premiers signes de puberté, elle doit reprendre son identité féminine volée hier, imposée aujourd’hui…
C’est cette histoire, interrogeant la question des représentations et du genre, qui a retenu les suffrages du Sésame 2014. Ce succès vient confirmer le prix NRP (Nouvelle Revue Pédagogique) reçu en 2013 et laisse espérer que le souhait de l’auteur, Charlotte Erlih, puisse un jour se réaliser : faire de Bacha Posh un film, projet initial.


Tablette
C’est sans doute l’objet le plus effrayant de notre époque : cet écran tactile qui augure de nouvelles et déroutantes pratiques de lecture. Aussi ne fallait-il pas moins de deux conférencières pour affronter le sujet. Claire Belisle, titulaire d’un doctorat en psychologie cognitive, annonça d’abord quelques « petits » changements : la lecture se fait de plus en plus dynamique et complexe, de nouveaux outils cognitifs se développent grâce au numérique, un nouveau plaisir de lire peut s’installer. Cette évolution étant déjà à l’œuvre, les enseignants, bibliothécaires et médiateurs ont, précisa-t-elle, un rôle majeur à jouer dans l’éducation à ce média. Et c’est précisément le propos de Violaine Kanmacher responsable du département jeunesse de la bibliothèque de la Part-Dieu. Au printemps 2013, elle a pilote´ le projet « ReCreation : arts et culture nouvelle generation » au cours duquel les bibliothécaires ont sélectionné et présenté des créations numériques pour le jeune public, abordé avec les enfants le métiers liés à ces applications, dévoilé le monde de la programmation pour démonter l’aspect magique du numérique. Investir ce champ se fait obligatoire et mérite des formations. Et d’ici-là, pour ceux qui auraient la tablette qui les démange, deux sites à découvrir : La souris grise et Declic Kids.






Tourisme

Bien qu’il soit inutile de chercher ces fameux « trois châteaux », le village de Saint-Paul bat au rythme d’architectures élevées sur le fil de l’histoire. Au hasard des rues pavées, le flâneur passe devant L’angle, centre d’art contemporain présentant les photographies de Stéphanie Lehu, s’arrête devant la médiathèque municipale avant de se rendre jusqu’à la cathédrale. Joyau de l’art roman provençal, cette église ravit le regard par la simplicité de ses plans et l’élégance de ses volumes. Puis apparaissent certains détails : des petites sculptures dans le transept, les mosaïques des XIIe et XIIIe siècles, des bas-reliefs d’un style populaire et naïf. Alors, une fois de plus, on se dit que tout est décidément histoire d’empreintes.






Voilà

C’est sur cette image que nous pourrions quitter Saint-Paul-Trois-Châteaux. Samedi 1er février 2014, alors que le froid se fait mordant, Claude Ponti rejoint Evazé et Zir de « No rules corp » devant le cinéma (de belles photos ici). La veille, les deux artistes ont posé au pochoir les silhouettes de ceux qui ont marqué l’histoire du cinéma. Aujourd’hui, avec leurs bombes aérosols et pinceaux, ils réalisent les ombres, travaillent les coulures. Claude Ponti, lui, vient déposer quelques-uns de ses Blaise. Ensemble, ces trois-là tracent les lignes de ces journées dédiées au livre jeunesse. Entre l’illustration et l’affiche, entre le manifeste et l’étendard, entre le souvenir et les lendemains.






 
 



18.03.2014
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