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L'Ecole des loisirs souffle cinquante bougies

Le quotidien suisse Le Temps, dans son supplément culturel du samedi 25 avril 2015, consacrait – sous la plume enjouée de Sylvie Neeman – un article à la maison française jubilaire. Nous remercions le journal de nous avoir aimablement autorisés à publier ici ce papier. Par ailleurs, le Salon du livre et de la presse de Genève fut, pour les responsables du Magazine de Ricochet, l’heureuse occasion de découvrir le stand dédié aux 50 ans de L’Ecole des loisirs, avant de poursuivre la discussion avec Louis Delas, directeur général des éditions. Propos retranscrits en encadré.






Retour sur une aventure éditoriale

Article paru dans Le Temps, le samedi 25 avril 2015.


En 1965, deux Français, Jean Fabre et Jean Delas, et un Suisse, Arthur Hubschmid, fondaient une maison pour souffler un vent d’innovation sur une édition jeunesse encore bien grise. Louis Delas, fils de Jean, a succédé à son père en 2013. Il raconte une aventure qui demeure collective. Par Sylvie Neeman

L’Ecole des loisirs, au beau nom oxymorique, est née il y a un demi-siècle, prenant le relais d’une maison plus ancienne encore, L’Ecole, qui publiait des livres scolaires, clairement didactiques.
Car les années 1960 voient refleurir « l’éducation nouvelle », et en particulier les idées pédagogiques de Steiner, Freinet ou Montessori. Dans le savoureux ouvrage qu’il consacre, en collaboration avec Philippe Dumas, à l’histoire de L’Ecole des loisirs*, Boris Moissard n’hésite pas à comparer les manuels d’apprentissage en vigueur dans les années d’après-guerre aux mouvements de brasse effectués, à plat ventre sur un tabouret, par un aspirant nageur : certes utiles, mais d’une portée limitée ! Or, dit-il, « les vrais bienfaits de la lecture ne s’offrent qu’à l’audacieux qui prend le risque de se plonger dans les livres et d’y affronter couramment les flots du conte, du récit, du roman. »
C’est ainsi que L’Ecole devient L’Ecole des loisirs et que ces figures tutélaires que sont Jean Fabre, Jean Delas et le Suisse Arthur Hubschmid, ses créateurs, ne vont avoir de cesse d’innover, d’oser, de voyager et de rapporter de leurs pérégrinations ce qui se fait de mieux ailleurs, avant de faire mieux encore à Paris !

Une véritable institution
Cette maison a un statut à part dans le paysage éditorial francophone ; loin d’être une « petite maison » – car exclusivement jeunesse – qui peinerait à trouver sa place, elle est aujourd’hui une institution ; libraires, enseignants, médiateurs, bibliothécaires, avec lesquels elle entretient des relations suivies, connaissent et apprécient autant son fonds (environ 5'000 ouvrages), que ses nouveautés (il s’en publie 250 chaque année).






Si, dans un premier temps, ce sont des albums qui paraissent, au fil de ce demi-siècle d’existence toutes les tranches d’âge seront peu à peu touchées : avec les romans, dont s’occupe depuis 1989 Geneviève Brisac, qu’il s’agisse des premières lectures très illustrées de la collection « Mouche », des « Neuf » pour les 9 à 12 ans, ou des « Médium » pour les 13 à 16 ans environ ; avec la collection « Loulou & Cie », des cartonnés pour les tout-petits, que dirige un des auteurs phare de la maison, Grégoire Solotareff ; avec des albums en très petits formats, ou en poche souple ; avec du théâtre et plus récemment de la bande dessinée.
Et puisque aujourd’hui les directeurs de la maison se nomment Louis Delas (fils de Jean) et Jean-Louis Fabre (cousin germain de Louis), et que tous les projets, tous les livres, passent encore et toujours entre les mains d’Arthur Hubschmid, on peut aisément affirmer que cette belle histoire est aussi une histoire de famille et d’amitié.

« J’ai été une sorte de cobaye »
Après 25 années à bourlinguer en France et ailleurs, à emmagasiner quantité d’expériences, souvent mais pas uniquement dans le monde de l’édition, Louis Delas succède à son père, en janvier 2013. Or en lisant On ne s’en fait pas à Paris, on comprend à quel point le mécanisme secret des premières décennies de L’Ecole des loisirs, ce sont avant tout des rencontres, des passions partagées, des synergies presque miraculeuses entre des personnalités remarquables. N’est-ce pas, pour lui, une pression immense ? « C’est une responsabilité, concède-t-il, mais il me semble être mûr, aujourd’hui, pour assumer cette tâche. Et il y a aussi quelque chose de très naturel, pour moi, à m’inscrire dans cette lignée. Je suis vraiment tombé dedans quand j’étais petit. J’avais 4 ans quand L’Ecole des loisirs est née et je suis le premier lecteur français de Sendak, de Leo Lionni, de Tomi Ungerer ! J’ai été une sorte de cobaye, mon père testait sur moi ces livres. »
En matière d’édition, les hardiesses d’hier sont souvent les classiques d’aujourd’hui. Aussi Louis Delas, tout comme ses prédécesseurs, souhaite-t-il avoir toujours « un coup d’avance ; pas deux, mais un. » Et lorsqu’on lui fait remarquer que dans la débauche d’innovation, d’audace iconographique ou textuelle qui caractérise une belle part de la création jeunesse actuelle, L’Ecole des loisirs semble garder une ligne plus classique, moins « rebelle », il affirme d’une part ne pas rechercher l’originalité à tout prix, et surtout, surtout faire des livres pour les enfants ; à ses yeux, bien des ouvrages contemporains semblent conçus plus pour contenter des responsables d’édition que pour captiver de jeunes lecteurs.

La bande dessinée, les jeux, le numérique
Peu après son arrivée, cet ancien directeur général de Casterman lance Rue de Sèvres, une collection de bandes dessinées pour enfants, un peu, mais surtout pour ados et adultes. Il y a là certes une volonté d’aller de l’avant, mais aussi de se diversifier, dans une même logique de continuité : le monde de la BD est proche du monde de l’album, ce sont deux univers qui communiquent ; autre création dans le même esprit : des jeux de société, tout récemment parus et où l’on retrouve les personnages de Soledad Bravi, les poussins de Claude Ponti ou le lapin de Stephanie Blake ; et dès l’année prochaine, des nouveautés dans le domaine de l’audiovisuel et du numérique.
Si bien des questions se posent sur l’avenir du livre, de la lecture chez les jeunes, Louis Delas ne s’en fait pas à Paris : sa maison est « suffisamment grande pour rester dans une situation viable, et suffisamment petite pour garder son indépendance et sa liberté de mouvement et de pensée ».
Continuer à faire des livres grand public, mais sans jamais transiger sur la qualité ; mener encore et toujours une politique d’auteur, portée par un travail éditorial rigoureux ; s’inscrire dans un souci de transmission et de pérennité : tel est son programme pour les 50 années à venir.






* Boris Moissard et Philippe Dumas. On ne s’en fait pas à Paris : un demi-siècle d’édition à L’Ecole des loisirs. L’Ecole des loisirs, 2015, 160 p.






Genève prend part à la fête
Par Claude-Anne Choffat


Une importante programmation d’activités culturelles a été établie pour célébrer, tout au long de l’année 2015, l’anniversaire de L’Ecole des loisirs. Parmi ces rendez-vous, différentes foires et manifestations consacrées au livre de jeunesse présentent, au fil des mois et dans différents pays, des expositions spécialement conçues pour l’événement. Ce fut le cas du dernier Salon du livre et de la presse de Genève, où les jeunes visiteurs purent apprécier l’ambiance festive d’un stand vivant et coloré. Du 29 avril au 3 mai 2015, des ateliers s’y tinrent, animés par Dorothée de Monfreid dans un espace dédié au travail de cette créatrice phare de l’institution.






Plus loin, une exposition à double accroche, intitulée « Nos héros préférés », permit à chacun de se remémorer les personnages emblématiques de ce demi-siècle d’édition à travers 20 albums d’exception :







Enfin, les panneaux « De la création à la fabrication d’un livre » dévoilèrent, autour d’Yvan Pommaux, les étapes et les secrets de cet exigeant parcours.





 

Un D. G. dans les allées du Salon

Louis Delas, rencontré durant la manifestation, revint avec insistance sur l’importance de l’indépendance de sa maison d’édition. S’il applique – « sans même le savoir »  jusqu’à l’an dernier – les consignes dictées par Raymond Fabry (fondateur de l’Ecole) dans un cahier manuscrit intitulé « Testament moral à l’attention des futurs dirigeants de l’Ecole » et retrouvé en 2014 seulement, il se réjouit de la saine autonomie de sa société. Il apparaît effectivement primordial au directeur général de jouir d’une marge de manœuvre – et de sérénité – lui permettant d’octroyer à ses auteurs le temps de s’épanouir : « un créateur nous fait parfois perdre de l’argent pendant dix ans, avant de sortir ce que j’aime appeler un « long-seller » qui marquera plus d’une génération d’enfants. Personne ne nous impose un nombre annuel de publications, ne nous dicte un rythme à tenir. Nous seuls définissons le tempo de cette spirale vertueuse : ce n’est que lorsqu’un livre est « prêt », qu’il peut être « bon » et bien se vendre ; et s’il se vend bien, nous bénéficierons d’une nouvelle latitude d’action. »



Louis Delas © Isabelle Franciosa


Veillant à préserver un constant équilibre entre politique éditoriale, gestion d’entreprise et réussite commerciale, Louis Delas place l’enfant au centre de ses préoccupations : le livre qu’il tient à lui offrir participe à sa construction, lui donne les clés essentielles pour s’épanouir et forger sa future personnalité. Et le capitaine du navire est confiant : les jeunes d’aujourd’hui ne s’y trompent pas, tous les thèmes peuvent leur être adressés, à condition d’être traités avec talent.
 

 


Pour aller plus loin :

Site dédié aux 50 ans de l'Ecole des loisirs

Dans une vidéo publiée sur Youtube, Louis Delas, directeur général, partage sa vision du métier d'éditeur et revient sur l'histoire de cette maison, dont il fut, enfant, l'un des tout premiers lecteurs :





Mis en ligne le 23.6.2015
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