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« En littérature jeunesse, on peut parler de tout »

Par
Dominique Petre
Et s’il y a bien un auteur qui ne s’en prive pas, c’est lui : rencontre avec Christophe Léon lors de sa récente tournée en Allemagne
 
Les auteurs jeunesse seraient-ils les nouveaux nomades ? C’est ce que donnerait à penser l’agenda de l’écrivain Christophe Léon. Après l’Italie et Reims, avant la Sardaigne et la Chine, l’auteur, invité par l’Institut français de Mayence, vient d’effectuer une tournée en Allemagne. L’occasion rêvée de brosser le portrait d’un écrivain au parcours inattendu et aux opinions bien tranchées.
 
Ses métiers : sportif, peintre, appareilleur et père au foyer
Né en 1959 à Alger, Christophe Léon grandit à Saint-Tropez dans une famille de pieds-noirs rapatriés, « et pleine de ressentiments ». Il écrira d’ailleurs deux romans pour ados sur l’Algérie : La guerre est au bout du couloir (Thierry Magnier, 2008) et Mi-figue, mi-raisin (La Joie de lire, 2009). Enfant unique, il a pour père un tapissier-décorateur populaire auprès des stars. Il inscrit son fils au tennis parce que Christophe Léon, petit, est grassouillet – une expérience qui lui inspirera une nouvelle sur un enfant pesant 69 kilos à 6 ans et 69 kilos : Un beau bébé, dans le recueil « Gros malheurs » (Le Somnambule équivoque, 2011). Plutôt doué sur les courts, Christophe Léon ne se contente pas de perdre ses bourrelets mais devient joueur professionnel, en France puis aux Etats-Unis. Quand il arrête le sport, il devient tour à tour artiste-peintre et appareilleur en orthopédie, mais le métier qu’il préfère, c’est celui qu’il exerce entre 1995 et 2001 : père au foyer.
Des maux de dos lui font découvrir la littérature sur le tard : « je ne lisais pas et je ne viens pas d’une famille de littéraires ». Le journal d’André Gide l’interpelle : « incroyable que l’on puisse faire une description d’un pouf tellement passionnante ! ». Cloué au lit à cause de ses problèmes de santé, il rattrape son retard littéraire et entame son premier livre, « un ovni, sans aucune ponctuation, écrit en partie sous l’effet de la morphine ». Encouragé  par un premier éditeur qui trouve le texte « intéressant malgré les nombreuses fautes d’orthographe », Christophe Léon persévère et publie, en 2002, Tu t’appelles Amandine Keddha aux éditions du Rouergue. Les critiques adorent ou détestent, mais sont d’accord sur un point : on ne sort pas indemne de ce texte extrêmement violent. Six romans de littérature générale et deux recueils de nouvelles vont suivre chez différents éditeurs.





Entré en 2005 dans la littérature de jeunesse, il y reste et est très prolifique.
En 2005, sa quatrième fille, âgée de neuf ans, lui demande de lui écrire un livre. Mieux encore, elle aimerait qu’il soit édité et qu’il lui soit dédicacé. C’est ainsi que, malgré quelques préjugés, Christophe Léon entre dans la  littérature jeunesse avec Longtemps, édité à L’École des Loisirs (2006). Quand on lui demande pourquoi il a persisté dans ce genre – il a, depuis, écrit près d’une quarantaine de livres pour les jeunes et n’est jamais retourné à la « littérature vieillesse », comme il l’appelle sur son site –, Christophe Léon évoque deux raisons. La première : « en jeunesse, on peut parler de tout ». Jugez plutôt : dans Hoax (Oskar jeunesse, 2016), un professeur s’immole après une rumeur ; dans Embardée (La Joie de lire, 2015), les homosexuels doivent porter un losange rose sur leurs vêtements ; dans La vie est belle (La Joie de lire, 2013), un père de famille se jette par la fenêtre de son bureau ; et dans Silence, on irradie (Thierry Magnier, 2009), Christophe Léon  dit à sa manière : « nucléaire, non merci ». Le second avantage de la littérature pour ados a, lui aussi, à voir avec la liberté, mais cette fois matérielle : « en jeunesse, il est plus facile d’arriver à vivre de son écriture, explique-t-il. De 2002 à 2009, c’est ma femme qui m’a nourri ».
On l’aura remarqué, les événements historiques et l’actualité, le réel donc, l’inspirent, et on le croit quand il affirme : « je ne manque pas de sujets, je manque de temps ». Sa dernière parution, Les mangues resteront vertes aux éditions Talents hauts (2016), un livre soutenu par Amnesty International, raconte l’histoire peu connue des enfants volés sur l’île de la Réunion. Si le réel le nourrit, il pratique l’écriture presqu’automatique et travaille volontiers avec les techniques de l’OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle), surtout lors des ateliers : « elles permettent de faire écrire des ados  qui n’en ont pas l’habitude ».



 
 
Il n’aime pas les « fins Bisounours ».
Il aime les fins ouvertes et, surtout, déteste les happy ends : « je sais que je perds des ventes à cause de cela, dans notre époque avide de légèreté ». Estimant coller « assez à la réalité dans laquelle la vie mène à la mort », il laisse à d’autres le soin de faire des « fins Bisounours ». N’empêche : c’est son titre le plus « soft » qui marche le mieux (ce qui l’étonne d’ailleurs) : Délit de fuite (La Joie de Lire, 2011) a été traduit dans de nombreuses langues (dont le farsi et le chinois !), et adapté en téléfilm avec Eric Cantona.
Depuis peu, Christophe Léon est devenu directeur de la collection « Rester vivant » chez l’éditeur Le Muscadier. Désormais, il lit des manuscrits et se retrouve de l’autre côté de la barrière. Un comble pour celui qui n’accepte jamais de négocier le fond d’un roman avec un éditeur. « La forme, je veux bien. D’ailleurs, un titre sur trois n’est pas de moi », explique-t-il, exemples à l’appui : Mi-fugue, mi raison est devenu Mi-figue mi-raisin, Hommot est devenu Embardée, et Commando est devenu Désobéis ! Son commentaire : « là, on voit l’influence du succès de Indignez-vous ! de Stéphane Hessel ».
Christophe Léon s’indigne d’ailleurs régulièrement. Du sport professionnel, il a gardé la compétition en horreur. Quand il parle du système scolaire français, il ne mâche pas ses mots : « le collège en France, c’est une prison qui n’aime ni les mauvais élèves ni ceux qui sont dans les cimes ». Persuadé que les Allemands font beaucoup mieux, il explique ainsi aux professeurs de français langue étrangère venus l’écouter à Francfort (1) que « chez nous, l’école, c’est passe le bac et tais-toi. On déresponsabilise les adolescents ». S’est-il donné la mission de les responsabiliser à travers ses livres ? Les thématiques sociétales sont en tout cas omniprésentes, ses livres forcent le jeune lecteur à réfléchir, voire à participer, ne fût-ce que  pour imaginer ce qui ce passe au-delà de la fin ouverte par la dernière page.
Christophe Léon vit comme il écrit, sans concession, et avec beaucoup de convictions : il est végétarien, ne boit pas d’alcool, n’a pas la télévision. Il s’étonne presque quand on lui demande s’il se considère comme un auteur engagé. Sa réponse fuse : « Forcément. J’écris sur des réalités ». 




 
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(1) Invité en septembre 2016 par l’Institut français de Mayence en Allemagne, Christophe Léon a rencontré ses jeunes lecteurs dans des écoles et une librairie. À Francfort, il a lu devant des professeurs de français dans le cadre d’un « comité de lecture » pour enseignants organisé par le groupe « LESartEN » et par la bibliothèque francophone Au plaisir de lire.  
 
Photos : Dominique Petre
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