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Emma Seguès: «L’important est d’écrire ce qui nous fait vibrer»

Emma Seguès est la lauréate de la première édition du «Concours du Premier Roman», organisé par les éditions Auzou. Son roman La cage commence par un huis clos fort angoissant: plusieurs jeunes filles sont enfermées dans un lieu inconnu. Pourquoi? Où? Comment en sortir? Le suspense est au rendez-vous!

Déborah Mirabel
4 novembre 2022
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Emma Seguès, lauréate du «Concours du Premier Roman» d'Auzou a publié «La cage», un huis clos plein de suspense! (© Auzou)

Déborah Mirabel: Bonjour Emma, pouvez-vous vous présenter et nous dire qui est Emma Seguès?
Emma Seguès: Je travaille à la DGCCRF, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Mon métier consiste notamment à traquer les arnaques sur Internet. J’ai aussi deux enfants. En dehors de mon activité professionnelle et de ma vie de famille, j’aime lire et écrire.

Quel est votre parcours, votre rapport à l’écriture et la lecture?
J’ai toujours aimé inventer des histoires: petite, avant même de savoir lire ou écrire, je racontais beaucoup d’histoires à mon entourage (souvent avec une tortue!). Quant à la lecture, je trouve qu’elle permet de grandes découvertes et de s’ouvrir à plusieurs mondes. Enfant, je m’ennuyais beaucoup et la lecture me permettait de m’évader. Ensuite, à l’école, la rédaction était mon exercice favori. C’est donc naturellement que, adolescente, je me suis mise à écrire des nouvelles et que, jeune adulte, j’ai essayé d’écrire un roman. Puis, j’ai fait une longue pause et, en 2018, j’ai recommencé à écrire plusieurs romans, dont La cage.

Pourquoi le roman pour adolescents?
Je n’ai pas de public de prédilection, je peux écrire pour la jeunesse ou les adultes. C’est davantage l’idée qui va me guider. Pour La cage, l’idée est venue à moi et je me suis dit qu’elle pourrait faire une bonne histoire pour les adolescents. J’aime beaucoup la fiction young adult en général, que ce soit en série ou en livre. Je trouve que l’adolescence est intéressante à explorer, puisqu’il s’agit d’une période charnière, où l’on décide de qui on veut être, de ses valeurs et où toutes les émotions sont très fortes. Je trouve aussi que la fiction young adult est souvent plus fun que la fiction adulte. Et puis, peut-être aussi que j’ai toujours quinze ans dans ma tête!

Quels sont les auteurs de la littérature (pour adolescents ou pour adultes) qui vous ont inspirée ou donné envie d’écrire?
Je lis beaucoup de dystopies, comme Hunger Games, Divergente ou Partials, des romans avec beaucoup d’actions. Mon premier livre d’adulte et qui a été un choc pour moi, tellement je l’ai aimé, c’est La nuit des temps, de René Barjavel; dans La cage, le prénom de mon héroïne, Eléa, est d’ailleurs inspiré par ce roman. J’apprécie aussi les lectures plus réalistes, comme les romans d’Émilie Chazerand. Plus jeune, je lisais aussi des romans de Stephen King et des policiers comme ceux de Maxime Chattam ou Franck Thilliez. Je pense que c’est l’ensemble de mes lectures qui m’a inspirée.

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Littérature dystopique, classique ou réaliste: Emma Seguès a des sources d'inspiration variées («Hunger Games», © Pocket Jeunesse; «La nuit des temps» dans une version ado, © Pocket Jeunesse; «La fourmi rouge», © Sarbacane)

Comment vous est venue cette idée de huis clos, développée dans La cage?
L’idée est venue d’un cauchemar dans lequel je me réveillais, apeurée, comme l’héroïne du roman, dans un lieu inconnu, entourée d’autres filles. C’était assez réaliste, je ressentais vraiment cette impression d’incompréhension, de peur. J’avais un binôme, une fille qui ressemblait au personnage d’Alice. En revanche, mon cauchemar présentait beaucoup de différences avec l’histoire d’Eléa puisqu’il se déroulait au milieu d’un désert dans un lieu entièrement grillagé. La fin n’avait rien à voir: une grosse explosion projetait une énorme boule de feu sur moi et je me réveillais en sursaut. Je n’ai jamais oublié ce cauchemar, y compris les sensations éprouvées, il me restait en tête de manière presque obsessionnelle.
Cette idée m’a semblé être un bon point de départ, à partir duquel j’ai ensuite déroulé le fil de l’histoire. J’ai alors échafaudé des théories pouvant expliquer une telle situation.

Vous avez une écriture que l’on peut qualifier de page turner, savez-vous comment vous parvenez à créer cet effet?
Juste avant de créer le plan de mon roman, j’ai lu L’anatomie du scénario de John Truby, que j’ai trouvé passionnant. Ce livre a été une révélation pour moi: j’avais une méthode pour construire un plan. Je me suis inspirée de sa théorie, j’ai suivi ses recommandations pour rédiger le plan du roman qui était construit de A à Z avant de me lancer dans l’écriture.
Le but était de créer cet effet de page turner. J’ai suivi les conseils de John Truby qui préconise d’insérer des rebondissements en commençant par le plus faible pour aller vers le plus impactant. Aussi, le suspense est généré dès le départ par la situation de base: je voulais piquer la curiosité des lecteur·rice·s pour qu’ils et elles veuillent comprendre ce qui arrive à ces filles. J’avais envie de créer des rebondissements et des fins de chapitres avec du suspense, qui donnent envie de lire la suite. L’écriture est ensuite assez instinctive et je suis ravie si j’ai réussi à obtenir cet effet.

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«L'anatomie du scénario» de John Truby ou comment disséquer efficacement une histoire (© Michel Lafon)

La cage est votre premier roman, pouvez-vous nous parler du processus d’édition? Aviez-vous déjà tenté d’être éditée auparavant?
En 2018, j’ai commencé à écrire et, en 2019, j’ai soumis deux manuscrits à des maisons d’édition, sans succès. Avec La cage, j’ai senti quelque chose de différent, j’ai reçu des retours encourageants de différentes maisons d’édition comme Rageot ou Gallimard. Puis est arrivé le fameux concours Auzou!

Le parcours d’un lauréat de concours n’est pas exactement identique à celui d’une publication ordinaire. Pouvez-vous nous en présenter les spécificités?
J’ai d’abord été choisie parmi cinq finalistes, puis j’ai été la lauréate, ce qui m’a paru miraculeux! La particularité de ce concours était les délais très serrés: la remise du prix a eu lieu en avril et la publication était prévue pour septembre. Il fallait donc que les fichiers soient prêts pour l’imprimeur au début de l’été. Le temps pour les corrections a donc été très court et le travail intense! Pendant deux mois, j’ai eu plusieurs week-ends et soirées de corrections intensives ainsi que des échanges réguliers avec trois éditrices de chez Auzou qui m’ont donné de précieux conseils. J’ai ainsi pu avoir un très bon accompagnement éditorial qui a vraiment amélioré le manuscrit. Ensuite, j’ai participé à la rentrée littéraire de Auzou, où mon roman a été présenté avec deux autres romans et un recueil de nouvelles. La cage est paru en septembre.

Auriez-vous un conseil pour les auteurs qui débutent et souhaitent être édités?
Je peux vous dire ce qui fonctionne pour moi: c’est avant tout de beaucoup lire. Personnellement, cela me permet d’enrichir mon écriture et ma technique. Lorsqu’un passage me plaît ou me touche, je le relis plusieurs fois pour en étudier le style, l’écriture, comprendre ce qui arrive à provoquer une émotion. Pour écrire, j’établis un plan précis, mais je sais qu’il existe d’autres méthodes. L’important est d’écrire ce qui nous fait vibrer et de rester soi-même.
Aussi, je conseillerais de faire appel à des bêta-lecteurs. J’en ai eu plusieurs sur La cage et cela m’a permis de voir certaines incohérences ou oublis, de reformuler certains passages, car on n’a pas forcément le recul nécessaire sur son propre texte. Sans mes bêta-lecteurs, mon texte serait juste un brouillon. Je les remercie encore une fois!
Ensuite, il faut essayer de persister dans sa recherche éditoriale, ne jamais lâcher: ce n’est pas toujours évident de garder la foi, car c’est très compliqué de se faire repérer. Évidemment, je conseille de tenter les concours «premier roman» qui restent une fabuleuse opportunité!

La question que l’on se pose au dénouement: avez-vous des idées pour un futur titre? Une suite ou tout autre chose?
J’ai d’autres manuscrits déjà écrits, pour adultes ou pour la jeunesse, et j’ai aussi de très nombreuses idées! Pour La cage, je voulais un texte auto-conclusif, mais j’ai laissé une petite porte ouverte pour une éventuelle suite. Pour l’instant, cette porte n’est donc pas fermée…

Merci à Emma Seguès pour ces confidences sur son premier roman. N’hésitez pas à vous plonger au cœur de La cage, vous n’en ressortirez pas indemnes!

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