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Date de publication
Age-cible

La médaille

Sélection des rédacteurs
Conte
à partir de 9 ans
: 9782889640782
21.50
euros

L'avis de Ricochet

La médaille est à l’origine une pièce de théâtre[1] qui a valu à Marie-Thérèse Picard le prix ETC Caraïbe/Beaumarchais du meilleur texte francophone. Cette réécriture graphique de Débora Beuret-Strambini aboutit à un livre salvateur puisqu’en abordant frontalement la question de la violence, il facilite l’identification, la compréhension et on l’espère, la parole. L’ensemble m’évoque les dessins d’enfants pris dans la tourmente des guerres, il en a l’intensité dramatique.

Un enfant se promène dans une forêt, et trouve une médaille par terre. En poursuivant son chemin, il arrive près d’une rivière, et il voit une autre enfant qui l’appelle à l’aide. Est-ce une feinte ? Est-ce un jeu ? L’enfant dans l’eau craint un monstre-serpent qui risque de l’entraîner pour la noyer. L’autre va-t-il intervenir ? 

L’ouvrage est singulier, et s’organise en tableaux successifs comme au théâtre ; l’action suit à leur rythme un cours dramatique qui s’intensifie, s’apaise, ou se déchaîne. L’expression graphique est définitivement plus artistique qu’illustrative : la violence, dont l’attitude et l’expression sont fortement marquées péjorativement, trouve une forme de rédemption par l’appropriation artistique. Son statut valorisant autorise la transgression, et par là-même détricote ici le processus de la violence. 

Celle-ci, ici née de l’humiliation, va dégénérer en une première crise de rage incontrôlable, et emporter les enfants dans son tourbillon. Sont-ils vivants ? Sont-ils morts ? Peu à peu, dans cet entredeux, ils se livrent, s’affranchissant des obligations, des contraintes, des pressions, de la soumission que leur imposent les adultes. Ensemble, ils affronteront le monstre symbolique qui les terrifie. 

L’interprétation graphique à l’encre de Chine de Débora Beuret-Strambini donne une force spectaculaire au récit. Inspiré par les dialogues d’enfants, l'artiste l'intègre dans la composition et l'inscrit sur la page en lettres capitales un peu hirsutes, un peu bancales, le discours habitant l’espace comme un personnage supplémentaire. Les protagonistes ont une tête de loup, comme une cagoule qui les masque ; estampés suspendus sur le vide, ils sont comme des petits pantins, malmenés par un environnement agité par le geste rageur d’une artiste qui peint la colère, la souffrance et l’incompréhension jusqu’à la démesure. L’usage de la couleur est minimaliste mais les jaune, orange ou bleu sont acides, percutants. 

L’ensemble est surprenant, à la fois terrifiant et hypnotisant, presqu’un ouvrage thérapeutique. Grâce à l’appropriation artistique, le lecteur est emporté par cette histoire qui appelle la relecture, l’interprétation et inévitablement, la discussion. Un très beau livre. 

[1] Éditions Lansman, 2014.

Présentation par l'éditeur

Au bord d’une rivière, dans une forêt étrange hors du temps, deux enfants se rencontrent, se confrontent et se révèlent dans un conte poignant de Marie-Thérèse Picard. Échoués sur cette rive du monde et se croyant morts, ils s’apprivoisent peu à peu au gré des histoires qu’ils s’inventent à propos de monstres qu’ils vont devoir affronter. Ils retournent vers leur famille en ayant découvert qu