Marion Monnier: «Dessiner pour protéger»
Après des études à l’ECAL à Lausanne en Media & Interaction Design, Marion Monnier se dirige vers le web design, puis travaille en tant que chargée de communication. Cependant, son amour pour le dessin, la photo et la création ne la quitte pas. Montant sa petite entreprise d’illustrations, ses mandats et cette passion prennent plus d’ampleur jusqu’à en arriver à la publication de ces deux premiers ouvrages. Seras-tu reconnaître les animaux de la forêt et Sauras-tu reconnaître les animaux du jardin, parus aux éditions Quanto en ce début d’année, apprennent aux enfants à découvrir et nommer les animaux qui les entourent. Rencontre avec une amoureuse de la nature et retour sur la création de ses deux premiers livres, vrais petits bijoux pour toutes celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la nature. À dévorer les yeux grands ouverts pour les petits comme pour les plus grands.
Après des études à l’ECAL à Lausanne en Media & Interaction Design, Marion Monnier se dirige vers le web design, puis travaille en tant que chargée de communication. Cependant, son amour pour le dessin, la photo et la création ne la quitte pas. Montant sa petite entreprise d’illustrations, ses mandats et cette passion prennent plus d’ampleur jusqu’à en arriver à la publication de ces deux premiers ouvrages. Seras-tu reconnaître les animaux de la forêt et Sauras-tu reconnaître les animaux du jardin, parus aux éditions Quanto en ce début d’année, apprennent aux enfants à découvrir et nommer les animaux qui les entourent. Rencontre avec une amoureuse de la nature et retour sur la création de ses deux premiers livres, vrais petits bijoux pour toutes celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la nature. À dévorer les yeux grands ouverts pour les petits comme pour les plus grands.
Claire Schnurr: Vous avez commencé par le dessin, puis est venue l’écriture, ou comment cela s’est-il passé?
Marion Monnier: Oui, en fait c’est surtout que j’ai commencé le dessin pour ces livres-là. C’est parti d’une balade avec mon fils – qui avait six ans à l’époque – et on a vu un animal bondissant traverser devant nous. «Maman qu’est-ce que c’est? Bah… un lapin…». Mais est-ce que j’étais bien sûre que c’était un lapin? Est-ce qu’il y a des lapins ici? Du coup je me suis renseignée. Et puis, pour lui montrer qu’en fait ce n’était pas un lapin mais un lièvre, je lui ai fait des petits dessins pour qu’il voit la différence et qu’il apprenne aussi (et que moi j’apprenne également). Et je me suis dit ces petits parallèles pourraient intéresser d’autres personnes que mon fils. Donc j’ai mis ça sur internet sur mes réseaux sociaux. Mais le dessin ça ne suffit pas. On voit, mais il a fallu que j’écrive aussi pour guider le regard sur les oreilles, sur les pattes, etc. Et c’est là où j’ai commencé un peu à écrire. Et quand j’ai été repérée par May, des éditions Quanto [May Yang, directrice éditoriale et commerciale pour les éditions Quanto, NDLR], elle m’a dit: «on veut en faire des livres, est-ce que tu veux bien aussi faire le texte?» Donc j’ai fait aussi le texte, qui est bien sûr relu par mon éditeur et par des scientifiques pour que notamment, cela soit bien écrit pour des enfants – parce que ce n’est pas mon métier à la base – et aussi pour vérifier les informations que l’on donne.
Vous avez donc fait à la fois les illustrations et l’histoire. Était-ce un défi de faire les deux?
Je ne m’en suis pas rendue compte parce que le texte je l’avais déjà sur les quelques posts que j’ai fait sur Instagram, donc je savais déjà comment j’allais articuler les informations. Je ne suis pas écrivaine, donc le défi était plus de faire des jolies phrases et puis aussi de savoir où mettre l’accent pour que ce soit bien compréhensible pour les enfants. Mais elle m’a tout de suite dit de ne pas me brider sur les mots que je voulais utiliser au niveau scientifique, les mots qui peuvent paraître compliqués, parce qu’on s’est dit qu’on ne voulait pas prendre les enfants pour des idiots. Donc on s’est autorisées à y aller à fond, tout en expliquant bien sûr les termes que l’on donne. C’était plus ça – qui n’est pas compliqué en soit – mais sur quoi on voulait vraiment faire attention. Maintenant avec le recul, je pense que c’était un défi pour moi de faire tout ça, mais je dirais que le plus gros challenge ça a été de trouver de quels animaux on allait parler. De faire la liste au début. On a voulu faire par thèmes: donc le premier tome c’est la forêt, le second tome c’est les animaux du jardin, et là va sortir les animaux de la mer. L’idée était de partir sur environ dix duos d’animaux. Mais par exemple les insectes je ne vais pas faire tel et tel coléoptère. C’est trop compliqué. Il faut que ça reste à hauteur d’enfant. Et c’est ça qui a été le plus compliqué. Donc j’ai demandé à plein de monde autour de moi (à plein de mamans, à plein d’enfants): «Dis donc est-ce que tu te poses des questions? Est-ce que tu sais ce que c’est ça?». Une fois que la liste a été faite, ça a déroulé parce que j’ai fait mes recherches, dessiné et écrit ce que je voyais, et après ça a coulé de source.
Donc on peut dire que le défi principal était d’adapter le discours aux enfants…
Oui complétement. Même si pour le faire je me suis dit que je m’adresse à mon fils et j’essaie d’écrire comme je lui expliquerais. Après, mes éditeurs sont repassés sur certaines phrases, sur comment je les articulais – forcément parce qu’ils ont plus l’habitude que moi. Mais oui complétement, c’était s’adresser aux enfants tout en intéressant les parents. Je ne l’avais pas forcément pensé comme ça à la base, mais maintenant que c’est sorti et que je vois les réactions, je me dis qu’on s’adresse bien aux enfants. Comme je le disais, on ne les prend pas pour des idiots, et c’est vraiment du texte qui peut s’adresser à tout le monde et que les parents prennent du plaisir à lire à leurs enfants quand ils n’ont pas encore la capacité de le faire tout seul.
Et comment vous décririez-vous en trois mots?
Oh moi?! Ah c’est compliqué ça. J’aurais dû préparer. Eh bien, créative. Je pense que ça me représente bien, parce que je fais des livres et il ne se passe pas une journée sans que je dessine quelque chose, sans que je fasse quelque chose avec mes mains. Et je ne sais pas si on peut trouver un mot pour cela mais j’ai aussi l’envie de transmettre. Je dis souvent que je dessine pour apprendre. Je ne suis pas du tout une pro des animaux, par contre je les adore depuis toujours donc je connais certains éléments, mais il y a également plein de choses que je ne sais pas. Typiquement, si je reviens au lièvre et au lapin, j’ai appris et j’ai dessiné ce que je voulais représenter. Donc je veux transmettre. Je ne sais pas quel terme l’on pourrait utiliser pour cela, il faudrait y réfléchir. Et en troisième mot: curieuse je dirais. Parce que justement, curieuse peut-être à hauteur d’enfant. Donc curieuse comme une enfant.Quand on a fait les paquets qu’on a envoyé au service presse des livres, on a fait une petite carte où j’ai illustré un blaireau qui sort de son terrier et la phrase qu’on a ajouté c’est: «La curiosité est un super pouvoir». On dit souvent que la curiosité est un vilain défaut, mais pour moi il faut continuer à nourrir ça chez les enfants et ces livres s’y prêtent vraiment, parce que quelqu’un aurait pu dire: «bah c’est un lapin», mais non, il faut aller voir plus loin et nommer les choses comme elles sont. Si on veut les protéger, si on veut que cette nature perdure et bien il faut pouvoir la nommer comme il faut. Et c’est grâce à toute cette curiosité que j’en suis arrivée là.
Je me demandais également quelles sont vos techniques de dessins. Si vous avez par exemple des supports préférés, si vous préférez travailler sur tablette ou papier?
Pour tout ce qui est recherche de mot j’ai mon carnet. Je dis que c’est ma petite bible où sur chaque page j’ai noté chaque duo. Toutes les informations que j’ai glanées, je les ai notées rapidement à travers des mots mais aussi des petits croquis. Puis ensuite je fais tout sur un IPad, sur une tablette. Donc je recherche toutes mes photos sur internet, dans des livres etc., je constitue ma petite bibliothèque et ensuite je réalise tous mes croquis sur tablette. Puis je fais ma mise en page, déjà avec les croquis et le texte. Et une fois que je suis contente du tout je fais mes illustrations définitives avec les couleurs. Mais oui, c’est vraiment numérique, même si personnellement je dessine dans plein de carnets aussi, mais pour ce projet là j’ai vraiment fait numérique. C’est beaucoup plus simple. Rien que pour les couleurs je sais que ça va rendre comme je le souhaite au niveau de l’édition.
Si on revient maintenant plus en détail sur vos deux ouvrages. Vous avez aussi différents projets riches et variés – je pense par exemple à l’affiche pour le trail du Mont d’or, des cartes de vœux, des illustrations personnalisées, … . D’où vous est venu cette envie de faire des livres? C’est par votre fils en vous disant: «je vais transmettre ça»?
Oui complétement. La base c’est la petite histoire que je racontais sur le lapin et sur plein d’autres animaux. Quand j’ai vu que ça l’intéressait et que sur mes réseaux aussi ça cartonnait, c’est vraiment là où ça a commencé à me rapporter beaucoup d’abonné⸱e⸱s et de gens qui réagissaient à mon contenu en disant: «ah mais je ne savais pas». Par exemple, si on prend l’abeille et la guêpe, c’est quand même fou de se dire qu’il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas la différence. C’est uniquement: c’est rayé, ça bourdonne, j’ai peur, je la tue. Non, il faut aller plus loin, il faut pouvoir nommer. Donc oui, c’est vraiment l’idée de transmettre aux enfants mais aussi aux adultes et en vrai à la base je ne pensais pas en faire des livres. C’est vraiment May qui est tombée sur mon compte et qui a dit: «Il y a un potentiel pour faire quelque chose pour les enfants, viens on t’embarque.»
Pouvez-vous revenir un peu plus en détail justement sur cette rencontre avec l’éditeur et comment s’est passé le processus?
Oui. À la base je pense que j’avais une dizaine de duos sur les réseaux sociaux et c’est May, qui en se renseignant sur les chamois au retour d'une sortie en montagne est tombée sur mon compte et mes posts. Et du coup c’est comme ça qu’elle m’a contactée en me disant que c’était génial et qu’il fallait qu’on en fasse quelque chose. Donc a discuté du projet. À la base on s’est dit qu’on allait faire les animaux qui se ressemblent, puis on a réalisé qu’il y avait beaucoup d’animaux, donc que ça serait bien de faire par thème. Donc on est parti par lieu de vie des animaux. Le défi comme je le disais ça a été de trouver assez de couples, donc on en a discuté ensemble. Et puis on a parlé aussi du format. Je ne sais pas si vous avez déjà vu les posts que je fais sur les réseaux sociaux; en fait ce sont des carrousels et ils sont face à face, donc on a la première page, par exemple sur la tête de la poule d’eau, et puis on swipe et on a la queue etc. Le défi ça a été de transmettre ça dans un livre. Du coup j’ai fait des propositions, on a eu quelques échanges et puis ça a été super fluide parce qu’on était depuis le début sur la même longueur d’onde sur ce qu’on voulait faire et ils me laissent une grande liberté. Tous les animaux c’est moi qui les ai choisis, ce sont mes arguments, donc ça a vraiment été super fluide et je suis vraiment contente d’être tombée sur cette maison d’édition qui me laisse aussi libre dans mon travail.
Vous écrivez sur la nature et cherchez à sensibiliser sur la biodiversité. J’ai vu que vous évoquiez vous-même le terme de «dessiner pour protéger». Est-ce qu’il est important pour vous que votre art serve une cause?
Oui. Complètement. Je pense que c’est ce qui manquait à mon travail jusque-là. Mais je pense que ça vient aussi avec la maternité de se rendre compte que, oui on veut travailler, bien sûr il nous faut de l’argent pour vivre, mais on veut aussi compter. On veut pouvoir transmettre des choses qui servent vraiment. Et puis à l’époque où l’on vit je pense que c’est important de servir la biodiversité, de l’aider. Quand on voit tout ce qui s’effondre autour de nous, eh bien c’est un peu ma petite pierre à l’édifice pour éveiller les enfants, les générations futures, à prendre soin de la biodiversité. Donc oui clairement. Et ce livre c’est un peu… je ne vais pas dire le but ultime car il y a plein d’autres choses qui seraient à faire, mais je me sens bien en faisant ça en tout cas.
Vous avez évoqué un prochain tome qui portera sur les animaux de la mer. Il est alors prévu que cette série se développe?
Oui. A la base on s’est dit qu’on ferait cinq tomes. Donc pareil, c’était la grande surprise pour moi. On me contacte pour faire un livre; non pour en faire cinq! On s’est dit qu’il y avait de quoi faire sur cinq livres et si ça fonctionne comme on le veut, comme l’éditeur veut, pourquoi pas continuer après? On a énormément d’idées. Le prochain tome ce sont les animaux de la mer. Je vais en vacances à la mer mais je n’étais pas du tout familière de ces animaux là et du coup c’était encore une autre étape dans mes recherches, dans comment appréhender les livres. J’ai vraiment dû faire des recherches plus poussées. C’était plus compliqué parce que je n’avais aucune base à part ce qu’on apprend quand on est enfant. C’était plus compliqué mais d’autant plus passionnant parce que ça a encore plus élargi mon regard sur la faune.
Quels sont les ouvrages ou les artistes qui vous inspirent?
Oh alors ça c’est une bonne question. Comme je le disais, je regarde énormément de livres par exemple ornitho, c’est ma bible. J’adore les oiseaux. Dès que je vois un oiseau il faut que je trouve ce que c’était. Donc je regarde énormément de choses comme ça. Au niveau des artistes, ceux que j’aime font un travail qui ne ressemble pas forcément au mien. Je pense à Oliver Jeffers. C’est un artiste qui a fait plusieurs albums pour les enfants, par exemple Nous sommes là, et depuis que je suis maman je m’intéresse à la littérature jeunesse et je crois que j’ai plus envie d’acheter des livres dans cette idée que mon fils. Donc j’en achète plein plein plein; je les lui lis. J’adore les illustrations pour les enfants – dont celles d’Oliver Jeffers – qui arrivent à transmettre des messages aux enfants qui sont ultra importants, sur la guerre, sur la paix, sur la vie etc. Mon dessin n’a rien à voir mais c’est ce que j’ai essayé de faire aussi. De mettre l’accent sur les éléments qui peuvent être retenus. Et avec son travail je trouve qu’il fait ça bien. Sinon j’ai une autre artiste que j’aime beaucoup, elle fait des dessins d’animaux qui sont merveilleux, et pour le coup elle je crois qu’elle ne travaille que sur papier. Gabriella Barouch. Magnifique. C’est merveilleux. Elle c’est plus le côté poétique et les dessins d’animaux qui sont magnifiques.
Et quels aspects appréciez-vous le plus dans votre métier?
J’aime beaucoup mettre en images mes idées. J’ai fait une illustration que j’adore. C’était pour un défi. Parfois sur les réseaux sociaux vous avez des défis – tous les deux jours faire un dessin par rapport à un thème. Et le thème c’était «See the wild» (voir le sauvage) donc c’était très large. Et j’ai décidé d’en faire un dessin d’une voiture qui est dans la forêt la nuit, et ses phares illuminent juste les animaux qui sont là et qu’on ne voit pas. Je ne suis pas une grande oratrice, je déteste m’exprimer en public mais par contre avec le dessin je peux transmettre ce que je veux. Et c’est ce que j’adore avec mon travail. Et on en revient un peu à ce que l’on disait tout à l’heure mais l’idée de faire connaître la nature, de sensibiliser à la biodiversité, je pense qu’avec le dessin on peut faire ça. Il y a des photographes naturalistes qui montrent des images d’animaux qu’on ne voit pas souvent mais nous on peut aller un peu plus loin je trouve en faisant passer des messages grâce au dessin. Et je crois que c’est ça ce que je préfère, et cette illustration représente le mieux cela. Et c’est ce que je continue avec les livres.
Et ma dernière question: prochain défi ou projets à venir pour la suite?
Aller au bout de cette collection, parce que du coup la mer c’est presque validé donc ça devrait sortir dans l’été. Ensuite on en a encore deux à terminer qui sont des gros projets aussi. Si l’on peut continuer avec les éditions Quanto ça serait merveilleux. Je me sens tellement bien dans ça alors que je ne m’attendais absolument pas à le faire un jour. C’est trop bien. Et si je pouvais avoir plus de projets pour défendre – défendre c’est peut-être un grand mot – mais aider à la protection de la nature ça serait génial. Travailler pour des associations de protection de la nature, c’est vraiment ce que j’aimerais faire. Si je peux servir à ça, ce serait génial.
Et vous avez déjà la thématique pour les deux prochains après le tome de la mer?
Le quatre ça sera lac et rivière. Donc pareil, c’était un beau défi de trouver dix duos pour cette thématique, mais on a réussi. Et après c’est la montagne. On revient un peu par ici. Et après on a plein d’idées pour la suite.