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Après le Sénégal, l’Allemagne: rencontre avec la jeune autrice de BD Núria Tamarit

Elle fait partie de la délégation du pays à l’honneur de la Foire de Francfort, l’Espagne. Et comme la «Frankfurter Buchmesse» ouvre ses portes aujourd’hui, Ricochet vous invite à la rencontrer.

Nuria Tamarit vignette
Dominique Petre
19 octobre 2022

La plus grande foire du livre et probablement «la plus grande foire culturelle» du monde selon son directeur Jürgen Boos ouvre aujourd’hui ses portes à Francfort-sur-le-Main. Pour fêter cet événement, d’autant plus réjouissant après deux éditions de «Frankfurter Buchmesse» marquées par la pandémie, Ricochet se penche sur le pays mis à l’honneur en 2022, l’Espagne.

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¡Holà!: le directeur de la Foire de Francfort Jürgen Boos se réjouit de dérouler le tapis rouge pour l’Espagne, l’entrée de la Foire de aux couleurs de l’Espagne et des livres jeunesse dans le pavillon espagnol (© Dominique Petre)

Connaissez-vous des livres jeunesse espagnols? Un exemple actuel d’un album à succès est constitué par La couleur des émotions, un livre écrit par l’art-thérapeute spécialisée en éducation émotionnelle Anna Llenas. L’album pop-up a été traduit dans 25 langues, dont le français (aux éditions Glénat Jeunesse). Le monstre des couleurs imaginé par Anna Llenas peut être joyeux comme un soleil d’or, triste et comme un lac bleu ou rouge de colère. Avec lui, les enfants apprennent à connaître leurs émotions, à les exprimer et donc (idéalement) à les contrôler. Est-ce cela qui explique la popularité internationale du titre?

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 Deux albums espagnols qui comptent: «La couleur des émotions» d’Anna Llenas et«Toubab» de Núria Tamarit (© Glénat Jeunesse, © Les Aventuriers de l’Étrange)

L’Espagne ayant plus d’un album dans son sac, Ricochet a choisi de vous faire mieux connaître un jeune talent BD déjà maintes fois récompensé: l’autrice-dessinatrice Núria Tamarit. Inutile dans ce cas de contrôler ses émotions, soit un grand enthousiasme pour une artiste pleine de talent qui n’a pas encore trente ans.
Núria Tamarit revient à Francfort – elle fait partie de la délégation officielle du pays à l’honneur à la Foire du livre. En mars dernier, elle avait déjà présenté sa BD Toubab à l’Institut Cervantes de Francfort et Dominique Petre était, pour Ricochet, assise au premier rang.

Toubab, une autofiction en BD
En langue wolof, «Toubab» désigne une personne à la peau blanche – parfois aussi une personne à la peau noire qui vit à la mode occidentale. Núria Tamarit qualifie sa BD d’«autofiction»: comme l’héroïne du livre, elle est partie au Sénégal après avoir terminé l’école. Núria Tamarit a participé à un projet humanitaire de reconstruction d’une bibliothèque et d’animation d’une station radio. «À ce moment-là, je n’avais pas encore l’idée de faire une BD», raconte-t-elle, «mais sur place j’ai réalisé beaucoup de dessins et même un fanzine». «Quand on est la seule blanche», poursuit Núria Tamarit, «on n’a pas envie de se promener avec un appareil de photo ou un smartphone de grande valeur. Je préférais dessiner plutôt que photographier ce que je voyais». Le carnet de dessin qu’elle emporte partout attire l’attention et facilite la communication: «Les gens demandent ce que l’on fait, ils veulent voir les croquis et ils donnent leur avis», raconte Núria Tamarit. «Mon bloc passait d’une personne à l’autre et devenait un objet collectif», poursuit-elle avant de conclure: «en comparaison, une photo que l’on fait juste pour soi paraît presque égoïste». Certains dessins réalisés à l’époque en Afrique, comme ceux qui décrivent la nourriture, ont été directement repris dans la BD. Mais comment a-t-elle choisi ce qu’elle dessinait? «Comme quand on photographie», répond la jeune autrice, «on sélectionne ce à quoi on s’intéresse ou ce que l’on trouve beau».

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L’autrice Núria Tamarit présente à Francfort sa BD «Toubab». Deux vignettes issues de l’album: trois mois sans wifi, mais de délicieuses mangues (© Dominique Petre, © Les Aventuriers de l’Étrange, © Les Aventuriers de l’Étrange)

Prix du roman graphique de Valence en 2018
De retour en Espagne, elle transforme ses croquis en projet de BD et candidate pour le Prix du roman graphique de la ville de Valence, qu’elle obtient en 2018. Dos Monedas (le titre espagnol original) est publié un an plus tard et en 2021 dans une traduction française de Marc-Antoine Fleuret, responsable de la maison d’édition Les Aventuriers de l’Étrange. La structure éditoriale basé en Charente-Maritime entend faire découvrir des albums étrangers pas encore publiés en France. «Núria est une jeune femme formidable», assure l’éditeur Marc-Antoine Fleuret. «Nous avons collaboré pour Toubab, mais aussi pour Et le village s’endort… et pour Le conte du genévrier des frères Grimm. Notre quatrième collaboration, la BD Des éclats de diamant, est sortie fin mai 2022». La jeune autrice espagnole a également publié Géante aux éditions Delcourt et La louve boréale chez Sarbacane.

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Les filles et le sport au programme de la BD «Des éclats de diamant» (© Les Aventuriers de l’Étrange)

Dans Toubab, le Sénégal n’est pas explicitement nommé: «Je voulais raconter une histoire la plus universelle possible», explique Núria Tamarit, «mais avec la langue wolof on reconnaît rapidement de quel pays il s’agit». L’album a été traduit dans de nombreuses langues comme l’italien, l’allemand ou le japonais, ce qui montre que l’histoire fonctionne au-delà des frontières.

L’histoire d’un choc culturel
La BD raconte une histoire plus qu’intéressante, celle d’un choc culturel vécu par une grande adolescente: «On mange autrement et les toilettes ne sont pas comme en Espagne. Le rythme de la vie quotidienne, le rôle des femmes, le rapport à la religion ou à la propriété privée sont également très différents». Núria Tamarit souligne: «Je ne voulais pas faire de la politique, mais raconter les choses comme je les avais ressenties». Entre stéréotypes et appréhensions, préjugés et ignorance, l’autrice dans la vraie vie et son héroïne de BD, Mar, découvrent une culture sensuelle, des paysages d'une beauté fabuleuse et une société aux problèmes très particuliers.

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Le succès international de «Toubab», l’autrice avec le directeur de l’Institut Cervantes de Francfort Ferran Ferrando Melià et Núria au Sénégal avec un carnet de croquis qui attire l’attention (© Núria Tamarit privé, © Dominique Petre, © Núriat Tamarit privé)

«Enfant je lisais mais pas des BD. Et maintenant elles sont toute ma vie», sourit Núria Tamarit, qui profite pleinement de sa profession d’autrice: «C’est un luxe incroyable de pouvoir payer ses factures grâce à ses dessins».
Est-elle heureuse d’être catégorisée littérature jeunesse? «Quand je suis arrivée au Sénégal j’avais 17 ans», répond-elle, «et c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me poser des questions. Je ne demande pas mieux que d’être mise dans le rayon jeunesse si cela signifie que des tas de lycéen·ne·s vont lire mes BD».

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